Page ciné d’Elsa

Bienvenue sur mon blog

 

« La photographie, c’est la vérité, et le cinéma, c’est vingt fois la vérité par seconde. » Jean-Luc Godard 6 octobre, 2011

Classé dans : Non classé — elsalauravietnam @ 14:47

Bienvenue sur mon blog, sur lequel j’écris des critiques tantôt dithyrambiques (parce que j’ai souvent tendance à m’emporter), tantôt méchantes (parce que c’est encore plus marrant).  Un seul mot d’ordre: je ne raconte jamais la fin. Bonne lecture!

 

 

Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, 2013 30 janvier, 2013

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 11:32

Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, 2013 dans Films coups de coeur 20365978.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Kathryn Bigelow est à ce jour la seule femme à avoir obtenu l’Oscar du meilleur metteur en scène, pour son film Démineur, sorti en 2008. Le plus intéressant, c’est qu’elle ne s’est pas imposée à Hollywood parce qu’elle fait des films comme un homme, pour les hommes. Non, Kathryn Bigelow n’est pas Ridley Scott en femme. Kathryn Bigelow est Kathryn Bigelow. Elle fait du cinéma comme personne, et avec Zero Dark Thirty, elle montre même qu’elle est un cran au dessus de tout le monde, femmes et hommes confondus. J’apprécie ses films depuis Point Break et Strange Days, et du chemin a été parcouru. Son nouveau long-métrage est certainement le meilleur.

Zero Dark Thirty raconte la traque d’Oussama Ben Laden, du 11 septembre 2001 à sa mort le 2 mai 2011. Il nous immerge au cœur de la cellule antiterroriste qui l’a recherché pendant plus de dix ans. La clé de voûte de cette cellule, c’est Maya, une experte de la CIA qui s’est obstinée à suivre pendant cinq ans la piste qui la mènerait au chef d’Al-Qaida, et n’a jamais lâché jamais le morceau alors que toute sa hiérarchie tentait de la faire renoncer. Dans le film, on l’observe mener son enquête sur Ahmed Al-Kuwaiti. Il serait le principal allié de Ben Laden, son unique lien avec le monde extérieur, celui qui fait passer les messages. Elle continue de le pourchasser même lorsque tout le monde le croit mort.  Elle traque des fantômes, car tous les poids lourd d’Al-Qaida ont « disparu » des écrans de contrôle, de la civilisation. Pas un coup de téléphone, aucune connexion internet, rien. Le néant. Mais même après les attentats de Londres en 2005, et la tentative déjouée de Times Square en 2010, Maya ne se décourage pas. Elle sait, pourtant, que le terrorisme international n’est plus incarné par un seul mouvement ni par un seul homme, qu’il revêt une multitude de facettes. C’est un réseau nébuleux, incarné (ou plutôt désincarné) par des individus impossible à identifier, des ombres. Seule contre tous, elle passe des jours, des nuits, des mois, des années à écouter des bribes de conversation téléphoniques, à s’abîmer les yeux sur des photos floues, des films de caméras de vidéosurveillance, des parcours sur des cartes, des itinéraires satellites qui démultiplient les pistes à l’infini.

Ainsi, Zero Dark Thiry révèle au grand public que le succès de la capture de Ben Laden revient essentiellement à une femme. Bien sûr, on ignore si elle existe réellement, ou si son personnage est une sorte de mélange de trois agents de la CIA qui existent bel et bien (Barbara Sude, Jennifer Matthews et Gina Bennett). On sait seulement qu’un militaire, dans son livre intitulé No Easy Day, fait précisément référence à une femme qu’il dénomme Jen. Pour interpréter le rôle de la cérébrale Maya, K. Bigelow a fait appel à Jessica Chastain, qui livre une magnifique performance. Évanescente, diaphane, sa silhouette vacillante comme une flamme dans la tempête  contraste avec la détermination et la force qui l’habitent. Elle incarne le personnage de Maya avec un savant mélange de froideur et d’intensité. Si bien qu’on ne peut imaginer aucune autre actrice le faire à sa place.

Kathryn Bigelow adopte un point de vue très intéressant sur cette traque. La véritable équipe était en grande majorité féminine. Mais elle refuse d’attribuer la réussite des recherches sur Ben Laden au fait que les femmes auraient quelque chose en plus (ou en moins) que les hommes pour mener ce type d’investigations. Elle montre simplement que cette femme là, Maya, est la meilleure, point barre. La scène où elle observe, impuissante, les deux hélicoptères décoller pour Abbottabad, est extraordinaire. Tout son travail, sa vie, repose sur ce groupe de soldats qu’elle ne connaît même pas. Elle est l’origine, le cerveau et la fin de cette mission. Les scènes finales de l’opération sont haletantes et sans aucun héroïsme déplacé. Filmées en mode minium de fusillades/maximum d’effet,  elles instaurent un climat de forte tension alors que l’on en connait parfaitement l’issue.

Peu importe les polémiques, Zero Dark Thirty est un film magistral, et Kathryn Bigelow est une grande cinéaste. Elle prouve à son tour qu’il serait aujourd’hui grand temps de féminiser l’expression « metteur en scène ».

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Django Unchained, de Quentin Tarantino, 2013

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 11:24

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Voilà la nouvelle livraison de Monsieur Tarantino. Quatre ans après Inglorious Basterds, il en remet une couche pour notre plus grand plaisir. Car il nous avait laissé un peu sur notre sur notre faim, avec son avant dernier film, tant il était jubilatoire. L’idée est peut être sacrilège, mais on aurait aimé qu’il dure une heure de plus, ou qu’il en fasse une suite. Mais Quentin Tarantino a fait mieux que ça : il a créé une sorte de « super Inglorious Basterds », plus long, plus fort, plus grand. Il n’est pas forcément de meilleure qualité, mais on en a en plus grande quantité. Oui, Django Unchained appelle forcément la comparaison avec son grand frère Inglorious. Le style, le sujet, la mise en scène, les personnages se répondent dans un écho permanent mais jamais assourdissant.

Le principe de base est le même : c’est une histoire de vengeance. L’action se déroule dans le Sud des États-Unis, à la veille de la guerre de Sécession. Django (Jamie Foxx), un esclave, rencontre un jour le docteur Shultz, un dentiste en reconversion professionnelle devenu chasseur de primes (Christoph Waltz). Ce dernier ayant besoin de lui pour débusquer ses nouvelles cibles, le libère, puis décide de l’aider à retrouver et venger sa femme Broomildha (Kerry Washington), esclave dans la plantation du puissant Calvin Candie (Leonardo DiCaprio).

Voilà pour le pitch, et le casting quatre étoiles.

Si ces deux films sont si plaisants à regarder, c’est qu’ils ne s’appesantissent pas sur la véracité du propos historique. Tarantino balaie immédiatement cette « entrave » d’un revers de la main, en usant d’un ton décalé et anachronique (première scène : la grosse molaire en carton pâte montée sur un ressort sur la carriole de Waltz). A partir de là, place au pur entertainment. Tarantino est tellement doué qu’il peut se permettre d’être manichéen à outrance, et ça ne choquera jamais personne. C’est même là toute l’essence comique de ses films. Ainsi, les méchants sont toujours plus méchants, et se font toujours dégommer par les gentils toujours plus gentils. Il étanche la soif de vengeance qui sommeille dans chaque spectateur. Dans Inglorious, tout le monde jubilait devant la facilité avec laquelle la bande des basterds, menée par Brad Pitt, scalpait du nazi à tour de bras. Dans Django Unchained, chacun se délecte de l’aisance avec laquelle Christoph Waltz et Jamie Foxx éclatent les cervelles de tous les blancs esclavagistes grâce à leur gâchette supersonique. On retiendra tout particulièrement le long affrontement verbal entre DiCaprio et Waltz pendant la scène du dîner (semblable à la scène de la taverne dans Inglorious Basterd, durant laquelle l’officier allemand découvre la supercherie). Les deux acteurs crèvent l’écran. Il est d’ailleurs intéressant d’avoir inversé les rôles (schématiquement, Dicaprio incarne généralement le gentil et Waltz le méchant).

Il n’y a aucune recherche de réalisme, dans le cinéma délirant de Tarantino, et ça soulage, ça fait du bien. La polémique sur sa vision de l’esclavage est donc par définition complètement caduque.

Bourré de second degré, rythmé, intense, Django Unchained est un film totalement exaltant. Tarantino, lui-même drogué au cinéma, nous rend à chaque film un peu plus addicts. Tout ce qu’on veut, c’est une autre dose.

 

 

Foxfire, de Laurent Cantet, 2013

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 11:22

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Après le succès de Entre les Murs, Laurent Cantet pose le décor de son nouveau film dans l’Amérique des années 1950. L’action se déroule dans une petite ville tranquille, où des lycéennes créent un groupe secret qui se transforme peu à peu en gang. Toutes en ont assez de la domination masculine, de ce professeur machiste qui prend un malin plaisir à humilier les filles qui passent au tableau, de cet oncle pervers, de ces grands frères violents. Elles décident de leur faire payer toutes les insultes, les humiliations et le harcèlement subis.

Foxfire dépeint la vie d’un groupe de jeunes femmes à des années lumières du cliché de la housewife des fifties, tirée à quatre épingle, docile et attentionnée. Certes, d’autres héroïnes de cinéma ont essayé de faire éclater cette image, mais en enrobant toujours la rébellion d’un voile de glamour hollywoodien (Julianne Moore étant peut être la figure de proue de ce mouvement, avec entre autres The Hours ou Loin du Paradis).

Chez Laurent Cantet, on fait fondre le glaçage, et on montre l’Amérique profonde sous un autre jour. Les filles, animées par un courage sans faille, ont la rage au ventre, la tête remplie de convictions et le cœur qui bat au rythme de leur course folle pour renverser ce monde. Les dialogues, bien écrits, sont d’une remarquable intelligence.

Le problème, c’est que le film est alourdi par une heure de trop.  Dès lors que les héroïnes se mettent en tête de vivre en vase clos, pour former une micro-société bercée d’utopie, il perd de son intérêt. On s’éloigne progressivement de l’essence de leur lutte, et la folie retombe en même temps que leur rêve s’écroule. Car on se doute bien que ça ne peut pas marcher. Pas la peine de s’attarder sur leur désillusion pendant 2h45.

Et c’est bien dommage, car malgré ces longueurs, on est grisé par le vent de liberté qui souffle dans ce petit groupe d’actrices (toutes brillantes, bien que non-professionnelles). Malgré des maladresses, Laurent Cantet raconte de façon authentique l’histoire de ces pionnières du féminisme qui, telles des alpinistes, se sont attaquées pour la première fois à l’ascension d’une montagne d’inégalités dans le froid et le brouillard, avec pour seule arme le lien qui les unissait. Contestataire, modeste, intelligent, et bien que relatant des faits qui se sont déroulés il y a soixante ans, Foxfire est finalement assez actuel. Et c’est peut être ça, le plus inquiétant.

 

 

The Master, de Paul Thomas Anderson, 2013

Classé dans : Films vraiment pas... obligatoires! — elsalauravietnam @ 11:20

The Master, de Paul Thomas Anderson, 2013 dans Films vraiment pas... obligatoires! 20408688.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Quelle déception, pour moi qui apprécie Paul Thomas-Anderson depuis Magnolia.

The Master se déroule peu après la Seconde Guerre mondiale. Freddie s’est battu dans le Pacifique, et en est revenu complètement traumatisé. Victime de graves troubles psychologiques, il sombre dans l’alcool et la folie. Un jour, il rencontre Lancaster Dodd, qu’on appelle aussi « Le Maître », une sorte de gourou psychanalyste qui le prend sous son aile au sein de son mouvement dénommé La Cause.

Le problème, c’est qu’après le percutant There will be blood, on attendait beaucoup du nouveau long-métrage de Paul Thomas Anderson. Le résultat, c’est un film interminable (2h20, mais qui en paraissent quatre) et totalement obscur. On tourne en rond autour des obsessions d’un gourou assoiffé de pouvoir, et des névroses d’un soldat traumatisé, sans aller plus loin dans l’écriture ou dans l’émotion. On assiste, perplexe, à la manipulation d’un maître sur son esclave, sous forme d’une répétition exaspérante d’exercices « thérapeutiques ». Ça confine au ridicule, dès lors qu’on a abandonné l’idée d’y déceler quoi que ce soit d’intéressant.

Pourtant, associer le brillant Joaquin Pheonix et le non moins talentueux Philip Seymour Hoffman était une idée lumineuse. Mais le premier est réduit à une sorte de monstre pulsionnel abruti par la gnôle qu’il engloutit à longueur de journée et le deuxième s’en sort très bien mais ne peut supporter tout le poids du film sur ses épaules. The Master prouve qu’il ne suffit pas de deux acteurs de génie pour faire un film de génie. Il a été réalisé par et surtout pour Paul Thomas Anderson, qui, pris dans un délire d’autosatisfaction, a voulu faire une grande œuvre, et doit certainement se la regarder deux fois par jour pour se faire plaisir.

Finalement, The Master est un film prétentieux, verbeux mais qui sonne creux, et d’un académisme ennuyant à mourir. On est ravi quand les lumières de la salle se rallument.

 

 

Le Monde de Charlie, de Stephen Chbosky, 2013 4 janvier, 2013

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 15:47

Le Monde de Charlie, de Stephen Chbosky, 2013 dans Recemment vus en salle 20261429.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Voici le nouveau bijou du ciné indé américain, adaptation du best-seller Pas raccord. Certes, il faut se motiver pour aller voir un film dans lequel la moyenne d’âge des acteurs ne dépasse pas 18 ans. Mais Le Monde de Charlie ne ressemble en aucun cas aux teenage films mièvres et vulgaires que les Américains nous servent habituellement. Il raconte une année de la vie de Charlie, de sa rentrée scolaire en classe de seconde au dernier jour de classe avant les vacances. L’idée de départ est assez classique : un ado impopulaire et mal dans sa peau, qui vient de perdre son meilleur ami, essaye de tirer son épingle du jeu dans l’environnement le plus cruel qu’il soit : le lycée. Il rencontre alors un binôme de choc, Patrick et sa sœur Sam, qui vont le prendre sous leurs ailes et lui faire découvrir leur monde à eux, bien loin des pom-pom girls et de l’équipe de foot du lycée.

Stephen Chbosky réussit à réaliser un très joli film à partir de ce sujet un peu usé sans tomber dans les éternels clichés et lieux communs sur l’adolescence. Et pour réussir son coup, il a réuni un casting brillant : Ezra Miller, le fascinant Kevin de We need to talk about Kevin, crève l’écran. Emma Watson choisit décidément ses films de façon très judicieuse. Elle campe le personnage de Sam, tourmentée et à fleur de peau, avec justesse et subtilité. Quant au jeune Logan Lerman, il interprète de façon sincère et touchante un Charlie paralysé par de profondes blessures. L’idée de mélanger de jeunes égéries du cinéma US indépendant et des acteurs de série doués mais pas encore assez bankable pour se voir offrir des premiers rôles au cinéma (Paul Rudd et Kate Walsh) explique en grande partie la réussite du film. Porté par son style très 90’s et par le son mythique de David Bowie, Heroes, Le Monde de Charlie est un film bien ajusté, à la fois doux et un peu amer, plein de sensibilité et sans sentimentalisme. Même si l’on peut déplorer un petit manque de piment et quelques passages qui s’essoufflent un peu, un vrai charme opère. La mise en scène sobre et le ton mélancolique donnent quelques scènes savoureuses et touchantes. Enfin un film sur les ados qui n’est pas destiné aux ados. Ça commençait à manquer, depuis Juno.

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Main dans la main, de Valérie Donzelli, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 15:39

Main dans la main, de Valérie Donzelli, 2012 dans Recemment vus en salle 20349906.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Pour son troisième film, c’est dans une aventure à trois que Valérie Donzelli nous embarque. Après La Reine des pommes, et le remarquable La Guerre est déclarée, Main dans la main est le nouveau-né du couple (enfin, ex) Donzelli-Elkaïm. Mais pour sortir d’un duo qui risquait de devenir routinier, ils ont fait appel à Valérie Lemercier. Deux Valérie, un Jérémie, qui forment ce qu’ils appellent un trouple (et le néologisme est mignon).

Hélène est la directrice de l’Opéra Garnier. Un jour, Joachim, un artisan qui vit en province, vient prendre les mesures des miroirs. Leur rencontre n’est pas un coup de foudre, mais comme s’ils étaient ensorcelés, Hélène et Joachim deviennent complètement inséparables. Ils ne s’entendent pas, mais comme aimantés, ils reproduisent chacun les mêmes gestes que l’autre, et se suivent partout. Ils vont alors essayer, si ce n’est de répondre au pourquoi de cette situation rocambolesque, au moins de comprendre l’autre et de l’accepter avec ses travers et ses défauts.

Valérie Donzelli  nous narre ici un très joli conte. Réalisatrice, elle joue également la sœur, ou plutôt l’âme sœur de Joachim, avec qui elle entretient une relation totalement fusionnelle. Elle doit accepter la situation et se détacher de son double. On peut sentir que Valérie D a beaucoup de mal à laisser son Jérémie aux mains de Valérie L, ou de toute autre femme, au point de se créer un rôle sympathique et drôle, mais pas indispensable au scénario. Cette pseudo rivalité est attendrissante. Le film pose donc tout un tas de questions intéressantes, sur la véritable signification du terme âme sœur, utilisé à tort et à travers. Le grand intérêt de Main dans la main, c’est qu’il n’est pas (ou peu) charnel. La relation platonique entre Hélène et Joachim exclut la sensualité qui pourrait embrumer le jugement et devenir un obstacle à la réflexion

Jérémie Elkaïm est complètement fascinant. Séducteur, il est drôle et ridicule, surtout en collant de danseur, et parvient une fois encore à créer son savant alliage de douceur et de virilité. Avec son visage d’ange et sa voix grave, il a tantôt l’air d’un dandy gracieux et maniéré, tantôt d’un post-adolescent insouciant glissant sur son skateboard. Plein d’autodérision, charmeur, cabotin, c’est pour sûr un acteur unique.

Valérie Lemercier lui fait face. Drôle sans le côté clownesque, et d’une spontanéité rare,  elle est fragile sans minauder, et explore un registre inconnu en dévoilant une gamme de jeu passionnante.

Bref, Valérie Donzelli construit un univers très personnel, élaboré selon ses propres codes et ses angoisses existentielles (il suffit de l’avoir écoutée, en larmes dans l’émission de Pascale Clark sur France Inter après avoir entendu un medley de ses films). Bien qu’un peu narcissique, et parfois maladroit, Main dans la main est un film touchant, qui fonctionne bien. Esthétique, romantique, pop, hors des clous et plein de folie, il est tout aussi fascinant que l’histoire du trio qui le compose. On attend la suite.

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Les Bêtes du sud sauvage, de Benh Zeitlin, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 15:34

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Hushpuppy n’est qu’une petite fille. On lui donne à peine six ou sept ans. Elle vit avec son père dans une sorte de bidonville flottant posé sur les eaux vaseuses du bayou louisianais. Elle passe ses journées les pieds dans la boue à se construire un univers fantastique où sa mère disparue serait encore là. Elle aime pêcher le poisson-chat à la main avec son père, naviguer à bord d’une plateforme de pick-up reconvertie en radeau, attraper les animaux pour vérifier que leur cœur bat encore et philosopher sur l’avenir du monde.

Car justement, la fin du monde approche. Un ouragan gronde à l’horizon. Les icebergs se décrochent au Pôle Nord, menaçant d’engloutir sous les eaux les cabanes de tôle, et libérant de l’étau des glaces des bêtes préhistoriques féroces, les aurochs, qui foncent droit sur eux pour les avaler tout crus. De l’autre côté du bassin, derrière la digue de béton, le monde moderne avec ses usines et ses fumées toxiques, grignote centimètre par centimètre leur jungle, et les menace d’expulsion. Et puis surtout, son père est malade, très malade. Tous les jours, il essaye de préparer sa fille à la mort qui approche.

En cette période où l’apocalypse est archi-tendance et surmédiatisée, Les Bêtes du sud sauvage n’est pas un énième film barbant qui traite de ce sujet glissant et rabâché. Avec en toile de fond les grandes préoccupations climatiques actuelles, il raconte l’histoire d’une communauté d’âmes en peine qui survivent en s’accrochant à leurs racines. Ils ont chevillée au corps la volonté de vivre dans un camp fait de bric, de broc et d’individus animés  d’un immense sentiment de solidarité, plutôt que dans un village-global aseptisé et rempli d’ombres anonymes.

Porté par l’interprétation de la fabuleuse Quvenzhané Wallis (Husphpuppy) qui dégage une force de vivre  extraordinaire, c’est un film poétique, pictural et flamboyant. Le réalisateur nous embarque  dans un voyage éprouvant mais exaltant. Il use et abuse de la métaphore baudelairienne de La Charogne, en transformant la laideur en beauté, l’atroce en sublime, et la cruauté en amour. A force de gros plans travaillés sur la boue, la pourriture, les carcasses d’animaux crevés et la vermine grouillante, ça en devient légèrement écœurant, mais jamais  malsain.

A la manière d’un conte pour enfant un peu trash,  Les Bêtes du sud sauvage construit un récit naïf et enchanteur, sans y greffer une morale didactique et vaine. Une vraie purge en cette période de fêtes de fin d’année où débarquent sur nos écrans une multitude de films d’animation dégoulinants de bons sentiments.

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Au-delà des collines, de Cristian Mungiu, 2012

Classé dans : Films vraiment pas... obligatoires! — elsalauravietnam @ 15:30

Au-delà des collines, de Cristian Mungiu, 2012 dans Films vraiment pas... obligatoires! au-dela-des-colines-225x300

Voici le nouveau film du plus cannois des réalisateurs roumains, Chritian Mungiu. Après le palmé 4 mois, 3 semaines et 2 jours, il revient avec un nouveau lo(oooooooo)ng-métrage, Au-delà des collines (prix du scénario et double prix d’interprétation féminine).

L’action se déroule dans un couvent situé au fin fond de la campagne roumaine, sur un haut plateau où l’on n’a pas vu le soleil depuis environ 1912. Alina débarque pour revoir Voichita, avec qui elle a grandi à l’orphelinat du village. Elle décide de la ramener avec elle en Allemagne, où des perspectives de travail les attendent. Mais Voichita refuse de s’éloigner du couvent et du chemin qui la mène à Dieu. Alina, par amour, décide donc de rester auprès d’elle et se retrouve peu à peu prise au piège de la communauté religieuse.

Si l’idée du film est brillante, et la volonté de dénoncer les dérives extrémistes louable, le résultat est assez insupportable. Une fois que l’on a cessé d’admirer la qualité de l’image, on entame un vrai chemin de croix, à la manière d’Alina qui vit une descente aux enfers, séquestrée dans le couvent (et oui, c’est ça le grand truc du film !). Une chose est sûre, c’est qu’il ne faut surtout pas aller voir Au-delà des collines en espérant admirer un travail de dentelle comme dans le Ruban Blanc de Michael Haneke… Car si la première demi-heure du film est regardable, voire intéressante, Mungiu tente ensuite de faire passer son message en nous tapant sur la tête avec une barre en fonte. Outre la noirceur de la mise en scène (passe encore), il ne cesse de tirer pendant les deux heures suivantes un tas de grosses ficelles, dans lequel on finit par se prendre les pieds. La symbolique est peu subtile, voire lourdingue (le brancard auquel Alina est attachée est en forme de croix…entre autres). La métaphore de l’amour-démon que le pope et les nonnes essayent d’exorciser est tellement filée et refilée qu’un enfant de trois ans pourrait la déceler. Le principe de faire comprendre la souffrance du personnage en insérant des scènes de torture interminables pour s’identifier à sa douleur donne un résultat laborieux et outrancier. Un peu comme si on jetait de l’alcool à 90 degrés sur une fracture ouverte : c’est douloureux, mais ça ne résout rien. Dans son refus de tomber dans le caricatural ou le nihilisme, le metteur en scène finit par tout mélanger. Alina, personnage profane et lumineux, est réduite à son hystérie, et le pope-tyran-geôlier passe presque pour un moine bouddhiste en affichant une sérénité quasi stoïque.  Au lieu d’un appel à la tolérance, Au-delà des collines est si consternant qu’il est une incitation à l’agressivité.  Si bien que la seule et unique conclusion qu’on en tire devant la dernière scène exaspérante (un zoom interminable sur un pare-brise boueux), c’est qu’il n’y a rien à sauver, rien à espérer. Et finalement rien à voir non plus : circulez.

 

 

La Chasse, Thomas Vinterberg, 2012 23 novembre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 18:19

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Quatorze ans après Festen, prix du Jury au festival de Cannes, le réalisateur danois Thomas Vinterberg revient avec son nouveau long-métrage, La Chasse. Si le premier se plaçait du côté des enfants victimes d’abus sexuels, le second adopte le point de vue d’un adulte accusé à tord par un enfant. Festen et La Chasse sont donc pile et face d’une même pièce.

L’action se déroule dans une petite ville danoise. Lucas, un quarantenaire qui mène tant bien que mal une vie paisible malgré son divorce, travaille dans un jardin d’enfant. Un jour, la petite Klara (qui se trouve être la fille de son meilleur ami), sous le coup d’une colère enfantine, confie à la directrice de l’établissement que Lucas aurait abusé d’elle. Lorsque la rumeur se propage, il glisse sur une pente qui se transforme rapidement en descente aux enfers. Malgré les incohérences flagrantes révélées par l’enquête policière, la communauté fait de Lucas une proie, un bouc-émissaire, un pushing-ball et un paria.

L’univers de Thomas Vinterberg est assez particulier. Il mélange des ambiances chaleureuses et glaciales, des moments d’humour (peu) et des scènes d’une cruauté terrifiante (beaucoup). Une mise-en-scène tout en contrastes donc, dans laquelle le cadre très « merry christmas » d’une charmante petite bourgade nordique enneigée renferme les pires penchants de l’être humain. Mads Mikelsen, auréolé pour ce rôle du prix d’interprétation masculine sur la Croisette, est fascinant. Alliant dignité, courage et subtilité, il est à des années lumières du personnage du Chiffre de Casino Royale. Qu’il interprète le gentil ou le méchant, il affiche toujours un charisme troublant. Thomas de Vinterberg traite d’un sujet éprouvant mais réussit à réaliser un  film qui ne l’est pas. Il analyse, sans porter de jugement, les conséquences dévastatrices d’une société où les individus se font justice eux-mêmes. Il étudie comment la pression sociale et l’intériorisation des émotions, caractéristiques des pays du Nord, sont à l’origine d’explosions de haine (le cas Anders Behring Breivik à Oslo, la tuerie de Kauhajoki en Finlande). Dans le film, Klara (interprétée par la convaincante Annika Wedderkopp) est manipulée par les adultes qui veulent croire à son mensonge pour se défouler sur un innocent. Son jugement est embrumé par les souvenirs implantés dans son esprit à force de bourrage de crâne.  La Chasse explore donc cette possibilité qui rebute tout le monde : oui, les enfants peuvent mentir, et pose cette redoutable question : est-il possible de découvrir la vérité ?

 

 

Le Capital, Costa-Gavras, 2012

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Le Capital, Costa-Gavras, 2012 dans Recemment vus en salle 20229019.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Costa-Gavras s’attaque dans son nouveau film à la haute finance. Il raconte l’ascension fulgurante de Marc Tourneuil (Gad Elmaleh), propulsé au sommet d’une grosse banque française sur le point d’être avalée par un groupe américain. Entre montages financiers tordus, OPA sauvages, plans sociaux ravageurs et guérillas internes sanguinaires, Tourneuil est très vite confronté au choix classique qui oppose l’intégrité à l’argent.

Le film suit le schéma conventionnel de la mutation d’un individu dont l’âme est gangrenée par l’appât du gain. Gad Elmaleh interprète au premier degré un golden boy glacial et désabusé, peut-être un peu trop figé. Sa volonté d’effacer son personnage de one-man show le pousse à faire preuve d’un excès de rigidité.

Costa Gavras fait déballer aux acteurs tout un jargon d’économiste difficilement intelligible pour les non-initiés, qui peut causer de réactions opposées : soit on se laisse bercer par ce flot continu de chiffres, de pourcentages et de statistiques en renonçant à y déceler une quelconque poésie, soit on décroche.

Truffé de phrases à l’emporte-pièce et de lapalissades qui sonnent creux (« l’argent est le maître, mieux tu le sers, mieux il te traite… »), le film est un coup d’épée dans l’eau. On y assiste, impuissants, à l’éternel triomphe du capitalisme roi, des marchés incontrôlables, des banquiers et des traders.

La meute de loups affamés est cependant bien interprétée par un casting trois étoiles : Gabriel Byrne, trop rare au cinéma, joue génialement le requin sans scrupules made in Wall-Street. Il s’oppose au personnage d’Hippolyte Girardot (que j’aime beaucoup) qui joue très finement le dernier héraut d’un système où l’Etat aurait encore son mot à dire. Pour le reste, Bernard Le Coq, Daniel Mesguish et Philippe Duclos composent un organigramme à la fois lâche et féroce. Les femmes sont peu représentées, mais convaincantes (la délicate Natacha Régnier et la vénéneuse Liya Kebede).

Finalement, Costa-Gavras crée un film rythmé, mais surtout balisé et conventionnel. On finit par s’ennuyer un peu dans les couloirs feutrés des hôtels particuliers parisiens et on s’assoupit sur les sofas en cuir des yachts floridiens. En sortant de la séance, on se dit que « c’est surement pas comme ça qu’on va moraliser le capitalisme ». Le Capital se prend un peu au sérieux, manque beaucoup d’ironie, et on repense à Chabrol avec une certaine nostalgie.

 

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