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« La photographie, c’est la vérité, et le cinéma, c’est vingt fois la vérité par seconde. » Jean-Luc Godard 6 octobre, 2011

Classé dans : Non classé — elsalauravietnam @ 14:47

Une seule règle : je ne raconte jamais la fin. Bonne lecture!

 

 

Wadjda, de Haifaa al-Mansour, 2013 6 août, 2017

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 11:15

Wadjda

 

Wadjda est le premier film réalisé par une femme en Arabie Saoudite. Dans un pays où s’applique la charia, Wadjda aurait presque du mérite d’exister tout simplement.

Malgré tout, la force du long-métrage d’Haifaa al-Mansour, réside dans le fait qu’il ne se contente pas d’exister : il est en lui-même un très bon film.

L’intrigue de Wadjda nous plonge au cœur des grandes avenues vides et poussiéreuses de la banlieue de Riyad. Wadjda, douze ans, aime écouter du rock et porter des jeans et des Converse sous son abaya. Tous les jours, elle va à l’école à pieds sous une chaleur écrasante. Chaque matin son ami Abdallah passe à côté d’elle à vélo. Un jour, elle lui lance : « Quand j’aurai un vélo, on fera la course et je te battrai. »

Abdallah rit. Car dans son pays, les femmes n’ont pas le droit de faire du vélo. Wadjda, déterminée, est bien décidée à mener à bien son projet, en participant au concours de récitation coranique de son école. Si elle gagne, elle pourra s’acheter une bicyclette avec l’argent de la récompense.

Au lieu d’adopter un ton plombant, Haifaa al-Mansour a préféré jouer la carte de la finesse et de traiter son sujet du point de vue de l’enfance. Elle n’omet pourtant pas d’évoquer bon nombre de questions particulièrement dramatiques relatives à la condition des femmes en Arabie Saoudite. Mais les inégalités flagrantes ne sont jamais directement filmées. Elles imprègnent le film par touches distillées  entre deux scènes : des ouvriers qui observent des étudiantes du haut de leur échafaudage, un flacon de vernis à ongle qu’il faut vite dissimuler… Le parti pris de laisser transparaître les injustices et les violences en filigranes est judicieux car s’attaquer à un sujet aussi vaste dans un long film « procès » nécessairement constitué un ouvrage superficiel. Car en Arabie Saoudite, il est plus simple de dresser la liste de ce que les femmes ont le droit de faire plutôt que de ce qui leur est interdit.

Dans Wadjda, aucun personnage ne tombe dans la caricature. A l’inverse du remarquable film de Hana Makhmalbaf Le Cahier (2007)*le sentiment de révolte ne provient pas de l’humiliation (souvent difficile à traiter au cinéma). Il découle de l’injustice, contre laquelle Wadjda se dresse, pour faire sauter les verrous, reculer les archaïsmes et obtenir les mêmes droits que les garçons. Le parallèle établi avec l’histoire de sa mère, qui se bat pour convaincre son père de ne pas se marier avec une autre femme est bien ficelé.

La jeune Waad Mohammed incarne Wadjda avec humour et gravité, et surtout spontanéité. Pétillante, elle interprète naturellement cette petite héroïne au courage et à la volonté sans failles. Le scénario est ponctué de moments de grâce, comme lorsque le petit Abdallah affiche un grand sourire en regardant son amie pédaler comme lui sur un vélo. Haifaa al-Mansour réalise un premier film brillant, d’une grande simplicité, faisant l’effet d’une bouffée d’espoir. Elle prouve qu’un plan bien filmé de quelques secondes sur des baskets mal lacées au milieu de petites chaussures vernies peut être aussi efficace que les images d’une manifestation hérissée de banderoles.

 

 

Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, 2013 30 janvier, 2013

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 11:32

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Kathryn Bigelow est à ce jour la seule femme à avoir obtenu l’Oscar du meilleur metteur en scène, pour son film Démineur, sorti en 2008. Et en tant que telle, elle a réussi à s’imposer à Hollywood non pas en faisant du cinéma comme un homme, pour les hommes, car Kathryn Bigelow n’est pas Ridley Scott en femme, mais en faisant du cinéma mieux que quiconque. Depuis Point Break et Strange Days, du chemin a été parcouru. Son nouveau long-métrage est certainement le meilleur.

Zero Dark Thirty raconte la traque d’Oussama Ben Laden, du 11 septembre 2001 jusqu’à sa mort le 2 mai 2011. Il nous immerge au cœur de la cellule antiterroriste qui l’a recherché pendant plus de dix ans. La clé de voûte de cette cellule, c’est Maya, analyste de la CIA, qui s’est obstinée à suivre pendant dix ans la piste qui la mènerait au chef d’Al-Qaida, et n’a jamais renoncé, quand toute sa hiérarchie tentait de la dissuader. On l’observe donc mener d’une main de fer son enquête sur Ahmed Al-Kuwaiti, une cible qui serait le principal allié de Ben Laden, son unique lien avec le monde extérieur, celui qui fait passer les messages. Elle continue de le pourchasser même lorsque plusieurs sources concordantes affirment qu’il est mort.  Maya traque des fantômes : après 2001, tous les poids lourd d’Al-Qaida ont disparu des écrans de contrôle. Pas un coup de téléphone, aucune connexion internet, le néant. Même après les attentats de Londres en 2005, et la tentative déjouée de Times Square en 2010, Maya ne se décourage pas. Elle sait pourtant pertinemment que le terrorisme international n’est plus incarné par une seule organisation ni un seul homme, et revêt une multitude de facettes. C’est un réseau nébuleux, incarné (ou plutôt désincarné) par des individus impossible à identifier, des ombres. Seule contre tous, elle passe des jours, des nuits, des mois, des années à écouter des bribes de conversation téléphoniques, à s’abîmer les yeux sur des photos floues, des films de caméras de vidéosurveillance, des parcours sur des cartes, des itinéraires satellites qui démultiplient les pistes à l’infini.

Zero Dark Thiry s’appuie sur la théorie selon laquelle le succès de la capture de Ben Laden revient essentiellement à une femme. On ignore si elle existe réellement, ou si son personnage recoupe les parcours de trois agents de la CIA qui existent bel et bien (Barbara Sude, Jennifer Matthews et Gina Bennett). On sait seulement qu’un militaire, dans son livre intitulé No Easy Day, fait précisément référence à une femme qu’il dénomme Jen. Pour interpréter le rôle de la cérébrale Maya, K. Bigelow a fait appel à Jessica Chastain, qui livre une belle performance. Évanescente, elle est néanmoins habitée par une détermination et une force immenses. Elle incarne le personnage de Maya avec un savant mélange de froideur et d’intensité, si bien qu’on ne peut imaginer aucune autre actrice le faire à sa place.

Kathryn Bigelow refuse d’attribuer la réussite des recherches sur Ben Laden au fait que les femmes auraient quelque chose en plus (ou en moins) que les hommes pour mener ce type d’investigations. Elle énonce simplement que cette femme là, Maya, est la meilleure. Notons de belles scènes qui se passent de dialogues, en particulier celle où Maya observe les deux hélicoptères décoller pour Abbottabad. Tout son travail, toute sa vie, repose sur ce groupe de soldats d’élites chargés de dénicher Ben Laden. Elle ne les connaît même pas. « Si ça n’avait tenu qu’à mois, j’aurais fait bombarder la résidence. Mais personne ne croit assez en cette piste pour le faire », précise-t-elle. Les scènes finales de l’opération sont haletantes et sans aucun héroïsme déplacé. Elles instaurent un véritable suspense alors que le spectateur en connait l’issue.

Peu importent les polémiques, Zero Dark Thirty est un film magistral, et Kathryn Bigelow est une grande cinéaste. Elle prouve qu’il serait temps de féminiser l’expression « metteur en scène ».

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Django Unchained, de Quentin Tarantino, 2013

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 11:24

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Voilà la nouvelle livraison de Quentin Tarantino, quatre ans après Inglorious Basterds, pour notre plus grand plaisir. Avec Django, il créé une sorte de « super Inglorious Basterds », plus long, plus fort, plus grand. Oui, Django Unchained appelle forcément la comparaison avec son grand frère Inglorious. Le style, le sujet, la mise en scène, les personnages se répondent dans un écho permanent.

Le principe est simple : une histoire de vengeance. L’action se déroule dans le Sud des États-Unis, à la veille de la guerre de Sécession. Django (Jamie Foxx), un esclave, rencontre un jour le docteur Shultz, un dentiste devenu chasseur de primes (Christoph Waltz). Ce dernier ayant besoin de lui pour débusquer ses nouvelles cibles, il le libère, puis décide de l’aider à retrouver et venger sa femme Broomildha (Kerry Washington), esclave dans la plantation du puissant Calvin Candie (Leonardo DiCaprio). Un pitch simplissime, pour un casting quatre étoiles.

Certes, Django Unchained ne s’encombre pas de véracité du propos historique. Quentin Tarantino balaie immédiatement cela d’un revers de la main, en usant d’un ton décalé et anachronique (première scène : une grosse molaire en carton pâte montée sur un ressort se dandine sur la diligence de Waltz). A partir de là, place au pur entertainment. Tarantino peut se permettre d’être manichéen à outrance, cela ne choquera jamais personne. C’est même là toute l’essence comique de ses films. Ainsi, les méchants sont toujours plus méchants, et se font toujours éliminer par les gentils toujours plus gentils. Il étanche la soif de vengeance qui sommeille dans chaque spectateur. Dans Inglorious, on jubilait devant la facilité avec laquelle la bande des basterds, menée par Brad Pitt, scalpait du nazi à tour de bras. Dans Django Unchained, chacun se délecte de l’aisance avec laquelle Christoph Waltz et Jamie Foxx éclatent les cervelles de tous les blancs esclavagistes. On retiendra particulièrement le long affrontement verbal entre DiCaprio et Waltz pendant la scène du dîner (semblable à la scène de la taverne dans Inglorious Basterd, durant laquelle l’officier allemand découvre la supercherie). Les deux acteurs crèvent l’écran. Il est d’ailleurs intéressant d’avoir inversé les rôles (schématiquement, Dicaprio incarne généralement le good guy et Waltz le bad guy).

Bourré de second degré, rythmé, intense, Django Unchained est un film exaltant.

 

 

Foxfire, de Laurent Cantet, 2013

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 11:22

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Après le succès d’Entre les Murs, Laurent Cantet pose le décor de son nouveau film dans l’Amérique rurale  des années 1950. L’action se déroule dans une petite ville où des lycéennes créent un groupe qui se transforme peu à peu en gang. Toutes en ont assez de la domination masculine, de ce professeur sexiste qui prend un malin plaisir à humilier les filles qui passent au tableau, de cet oncle pervers, de ces grands frères violents. Elles décident de leur faire payer les insultes, les humiliations et le harcèlement subis.

Foxfire dépeint la vie de ce groupe de jeunes femmes qui se situent à des années lumières du cliché des héroïnes habituelles, de la housewife des fifties, tirée à quatre épingle, docile et attentionnée. Certes, d’autres héroïnes de cinéma ont essayé de rompre avec ce cliché, mais en enrobant toujours leur rébellion d’un voile de glamour hollywoodien (Julianne Moore étant peut être la figure de proue de ce mouvement, avec entre autres The Hours ou Loin du Paradis).

Laurent Cantet, fait fondre le glaçage et montre l’Amérique profonde sous un autre jour. Les filles, animées d’un courage sans faille, la rage au ventre, s’engagent dans une course folle pour renverser ce monde.

Bien écrit, le film est malheureusement lesté par une heure de trop. Dès lors que les héroïnes se mettent en tête de vivre en vase clos, pour former une micro-société bercée d’utopie, il perd de son intérêt. On s’éloigne progressivement de l’essence de leur lutte, et la folie retombe en même temps que leur rêve s’écroule. 

Dommage, car malgré ces longueurs, on est grisé par le vent de liberté qui souffle dans ce petit groupe d’actrices (toutes brillantes, bien que non-professionnelles). Malgré des maladresses, Laurent Cantet raconte de façon authentique l’histoire de ces pionnières du féminisme qui, telles des alpinistes, se sont attaquées pour la première fois à l’ascension d’une montagne d’inégalités dans le froid et le brouillard, avec pour seule arme le lien qui les unissait. Contestataire, modeste, intelligent, et bien que relatant des faits qui se sont déroulés il y a soixante ans, Foxfire est finalement assez actuel. Et c’est peut être ça, le plus inquiétant.

 

 

The Master, de Paul Thomas Anderson, 2013

Classé dans : Films vraiment pas... obligatoires! — elsalauravietnam @ 11:20

The Master, de Paul Thomas Anderson, 2013 dans Films vraiment pas... obligatoires! 20408688.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Quelle déception, lorsque l’on se rappelle du Paul Thomas-Anderson de Magnolia.

The Master se déroule peu après la Seconde Guerre mondiale. Freddie s’est battu dans le Pacifique, et en est revenu complètement traumatisé. Victime de graves troubles psychologiques, il sombre dans l’alcool et les troubles psychiatriques. Un jour, il rencontre Lancaster Dodd, qu’on appelle aussi « Le Maître », une sorte de gourou psychanalyste qui le prend sous son aile au sein de son mouvement dénommé « La Cause ».

Après le percutant There will be blood, on attendait beaucoup du nouveau long-métrage de Paul Thomas Anderson. Le résultat, c’est un film interminable (2h20, mais qui en paraissent quatre) et totalement obscur. On tourne en rond autour des obsessions d’un gourou assoiffé de pouvoir, et des névroses d’un soldat traumatisé, sans aller plus avant dans l’écriture ou l’émotion. On assiste, perplexe, à la manipulation d’un maître sur son esclave, sous la forme d’une exaspérante répétition d’exercices « thérapeutiques ». 

Pourtant, associer le brillant Joaquin Pheonix et le non moins talentueux Philip Seymour Hoffman constituait sur le papier une idée lumineuse. Mais le premier est réduit à une sorte de monstre pulsionnel abruti par la gnôle qu’il engloutit à longueur de journée et le deuxième s’en sort très bien mais ne peut supporter tout le poids du film sur ses épaules. The Master prouve qu’il ne suffit pas de deux acteurs de génie pour créer un film de génie. Il a été réalisé par et surtout pour Paul Thomas Anderson, qui, pris dans un délire d’autosatisfaction, a voulu commettre une grande œuvre, et doit certainement se la regarder deux fois par jour pour se faire plaisir.

Finalement, The Master est un film prétentieux, verbeux, qui sonne creux, et d’un académisme ennuyant à mourir. On est ravi quand les lumières de la salle se rallument.

 

 

Le Monde de Charlie, de Stephen Chbosky, 2013 4 janvier, 2013

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 15:47

Le Monde de Charlie, de Stephen Chbosky, 2013 dans Recemment vus en salle 20261429.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Voici le nouveau bijou du cinéma indépendant américain, adaptation du best-seller Pas raccord. Certes, il faut un certain degré de motivation pour aller voir un film dans lequel la moyenne d’âge des acteurs ne dépasse pas 18 ans. Mais Le Monde de Charlie ne ressemble en aucun cas aux teenage movies mièvres et vulgaires que les Américains commettent régulièrement. Il raconte une année de la vie de Charlie, de sa rentrée scolaire en classe de seconde au dernier jour de classe avant les vacances. L’idée de départ est somme toute assez classique : un ado impopulaire et mal dans sa peau, qui vient de perdre son meilleur ami, essaye de tirer son épingle du jeu dans l’environnement le plus cruel qui soit : le lycée. Il rencontre alors un binôme de choc, Patrick et sa sœur Sam, qui vont le prendre sous leurs ailes et lui faire découvrir leur monde à eux, bien loin des pom-pom girls et de l’équipe de foot du lycée.

Stephen Chbosky réussit à réaliser un joli film à partir d’un sujet un peu usé sans tomber dans les éternels clichés et lieux communs sur l’adolescence. Pour cela, il a réuni un casting brillant : Ezra Miller, le fascinant Kevin de We need to talk about Kevin, crève l’écran. Emma Watson choisit décidément ses films de façon très judicieuse. Elle campe le personnage de Sam, tourmentée et à fleur de peau, avec justesse et subtilité. Quant au jeune Logan Lerman, il interprète de façon sincère et touchante un Charlie paralysé par de profondes blessures. L’idée de rassembler de jeunes égéries du cinéma US indépendant et des acteurs de série doués mais pas encore assez bankable pour se voir offrir des premiers rôles au cinéma (Paul Rudd et Kate Walsh) explique en grande partie la réussite du film. Porté par son esthétique très 90’s et par le son mythique de David Bowie, Heroes, Le Monde de Charlie est un film bien ajusté, à la fois doux et un peu amer, plein de sensibilité et sans sentimentalisme. Même si l’on peut déplorer un petit manque de piment et quelques séquences qui s’essoufflent un peu, le charme opère. La mise en scène sobre et le ton mélancolique rendent quelques scènes savoureuses et touchantes. Enfin un film sur les ados qui n’est pas destiné aux ados. Ça commençait à manquer, depuis Juno.

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Main dans la main, de Valérie Donzelli, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 15:39

Main dans la main, de Valérie Donzelli, 2012 dans Recemment vus en salle 20349906.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Pour son troisième film, c’est dans une aventure à trois que Valérie Donzelli embarque les spectateurs. Après La Reine des pommes, et le remarquable La Guerre est déclarée, Main dans la main est le nouveau-né du couple (cinématographique) Donzelli-Elkaïm. Pour s’échapper d’un duo qui risquait de devenir routinier, ils ont fait appel à Valérie Lemercier. 

Hélène est la directrice de l’Opéra Garnier. Un jour, Joachim, un artisan qui vit en province, vient prendre les mesures des miroirs. Aucun coup de foudre, mais comme s’ils étaient ensorcelés, Hélène et Joachim deviennent complètement inséparables. Ils ne s’entendent pas, mais aimantés, ils reproduisent chacun les mêmes gestes que l’autre, et se suivent partout. Ils vont alors essayer, si ce n’est de trouver l’origine de cette situation rocambolesque, de comprendre l’autre et de l’accepter avec ses travers.

Valérie Donzelli  narre un très joli conte. Réalisatrice, elle interprète également la sœur, ou plutôt l’âme sœur de Joachim, avec qui elle entretient une relation fusionnelle. Elle doit accepter la situation et se détacher de son double. Difficile de ne pas comprendre que Valérie D a beaucoup de difficultés à laisser son Jérémie aux mains de Valérie L, ou de toute autre femme, au point de se créer un rôle sympathique et drôle, mais pas indispensable au scénario. Cette pseudo rivalité est néanmoins attendrissante. Le film pose bon nombre de questions intéressantes, sur la véritable signification de l’expression « âme sœur », utilisée à tort et à travers. Le grand intérêt de Main dans la main, c’est qu’il n’est pas (ou peu) charnel. La relation platonique entre Hélène et Joachim exclut la sensualité qui pourrait embrumer le jugement et devenir un obstacle à la réflexion

Jérémie Elkaïm est comme à son habitude fascinant. Charmeur, drôle et ridicule, il parvient une fois encore à créer un savant alliage de douceur et de fermeté. Visage d’ange et timbre grave, gracieux et maniéré, il navigue entre post-adolescence insouciante glissant sur son skateboard et âge adulte. Plein d’autodérision, cabotin, c’est pour sûr un acteur unique.

Valérie Lemercier lui fait face. Drôle sans le côté clownesque, et d’une spontanéité rare,  elle est fragile sans minauder, et explore un registre inconnu en dévoilant une gamme de jeu passionnante.

Bref, Valérie Donzelli construit un univers très personnel, élaboré selon ses propres codes et ses angoisses existentielles (il suffit de l’avoir écoutée, en larmes dans l’émission de Pascale Clark sur France Inter en promo pour son film…). Bien qu’un peu narcissique, et parfois maladroit, Main dans la main est un film touchant qui fonctionne bien. Esthétique, romantique, pop et plein de folie, il est tout aussi étonnant que l’histoire du trio qui le compose. 

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Les Bêtes du sud sauvage, de Benh Zeitlin, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 15:34

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Hushpuppy n’est qu’une petite fille. On lui donne à peine six ou sept ans. Elle vit avec son père dans une sorte de bidonville flottant posé sur les eaux vaseuses du bayou louisianais. Elle passe ses journées les pieds dans la boue à se construire un univers fantastique où sa mère disparue serait encore là. Elle aime pêcher le poisson-chat à la main avec son père, naviguer à bord d’une plateforme de pick-up reconvertie en radeau, attraper les animaux pour vérifier que leur cœur bat et philosopher sur l’avenir de la planète.

Et la fin du monde approche. Un ouragan gronde à l’horizon. Les icebergs se décrochent au Pôle Nord, menaçant d’engloutir sous les eaux les cabanes de tôle, et libérant de l’étau des glaces des bêtes préhistoriques féroces, les aurochs, qui foncent droit sur eux pour les avaler. De l’autre côté du bassin, derrière la digue de béton, le monde moderne avec ses usines et ses fumées toxiques, grignote centimètre par centimètre leur jungle, et les menace d’expulsion. Et surtout, son père est malade. Tous les jours, il essaye de préparer sa fille à la mort qui approche.

En cette période de 2012 où l’apocalypse est tendance et surmédiatisée, Les Bêtes du sud sauvage n’est pourtant pas un énième film qui traite de ce sujet glissant et rabâché. Avec en toile de fond les grandes préoccupations climatiques actuelles, il raconte l’histoire d’une communauté d’âmes en peine qui survivent en s’accrochant à leurs racines. Ils ont chevillée au corps la volonté de vivre dans un camp fait de bric, de broc et d’individus animés d’un immense sentiment de solidarité, plutôt que dans un village-global aseptisé et rempli d’ombres anonymes.

Porté par l’interprétation de la fabuleuse Quvenzhané Wallis (Husphpuppy) qui dégage une force de vivre  extraordinaire, c’est un film poétique, pictural et flamboyant. Le réalisateur nous embarque  dans un voyage éprouvant mais exaltant. Il use et abuse de la métaphore baudelairienne de La Charogne, en transformant la laideur en beauté, l’atroce en sublime, et la cruauté en amour. A force de gros plans travaillés sur la boue, la pourriture, les carcasses d’animaux et la vermine grouillante, l’image devient légèrement écœurante, mais jamais malsaine.

A la manière d’un conte pour enfant un peu trash,  Les Bêtes du sud sauvage construit un récit naïf et enchanteur, sans y greffer une morale didactique et vaine. Bienvenu en cette période de fêtes de fin d’année où débarquent sur nos écrans une multitude de films d’animation dégoulinants de bons sentiments.

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Au-delà des collines, de Cristian Mungiu, 2012

Classé dans : Films vraiment pas... obligatoires! — elsalauravietnam @ 15:30

Au-delà des collines, de Cristian Mungiu, 2012 dans Films vraiment pas... obligatoires! au-dela-des-colines-225x300

Voici le nouveau film du plus cannois des réalisateurs roumains, Chritian Mungiu. Après le palmé 4 mois, 3 semaines et 2 jours, il revient avec un nouveau lo(oooooooo)ng-métrage, Au-delà des collines (prix du scénario et double prix d’interprétation féminine).

L’action se déroule dans un couvent perdu dans la campagne roumaine, sur un haut plateau où l’on n’a pas vu le soleil depuis trop longtemps. Alina débarque pour revoir Voichita, avec qui elle a grandi à l’orphelinat du village. Elle décide de la ramener avec elle en Allemagne, où des perspectives de travail les attendent. Mais Voichita refuse de s’éloigner du couvent et du chemin qui la mène à Dieu. Alina, décide donc de rester auprès d’elle et se retrouve peu à peu prise au piège de la communauté religieuse.

Si l’idée du film est intéressante, et la volonté de dénoncer les dérives extrémistes louable, le résultat est assez insupportable. Une fois que l’on a cessé d’admirer la qualité de l’image, on entame un vrai chemin de croix, à la manière d’Alina qui vit une descente aux enfers, séquestrée dans le couvent. Il ne faut surtout pas aller voir Au-delà des collines en espérant admirer un travail de dentelle comme dans le Ruban Blanc de Michael Haneke… Car si la première demi-heure du film est regardable, voire intéressante, le réalisateur fait ensuite passer son message en tapant sur la tête du spectateur avec une barre en fonte. Outre la noirceur de la mise en scène, il ne cesse de tirer pendant les deux heures suivantes un tas de grosses ficelles, dans lequel on finit par se prendre les pieds. La symbolique est peu subtile, voire lourde (le brancard auquel Alina est attachée est en forme de croix…entre autres). La métaphore de l’amour-démon que le pope et les nonnes essayent d’exorciser est tellement filée et refilée qu’un enfant de trois ans pourrait la déceler. Le principe de faire comprendre la souffrance du personnage en insérant des scènes de torture interminables pour s’identifier à sa douleur rend un résultat laborieux et outrancier. Dans son refus de tomber dans le caricatural ou le nihilisme, le metteur en scène finit par tout mélanger. Alina, personnage profane et lumineux, est réduite à son hystérie, et le pope-tyran-geôlier passe presque pour un bienfaiteur en affichant une sérénité étonnante.  Au lieu d’un appel à la tolérance, Au-delà des collines est si consternant qu’il est une incitation à l’agressivité.  Si bien que la seule et unique conclusion que l’on en tire devant la dernière scène exaspérante (un zoom interminable sur un pare-brise boueux), c’est qu’il n’y a rien à sauver, rien à espérer. Et rien à voir non plus : circulez.

 

 

La Chasse, Thomas Vinterberg, 2012 23 novembre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 18:19

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Quatorze ans après Festen, prix du Jury au festival de Cannes, le réalisateur danois Thomas Vinterberg revient avec son nouveau long-métrage, La Chasse. Si le premier se plaçait du côté des enfants victimes d’abus sexuels, le second adopte le point de vue d’un adulte accusé à tord par un enfant de l’avoir abusé. Festen et La Chasse sont donc pile et face d’une même pièce.

L’action se déroule dans une petite ville danoise. Lucas, un quarantenaire qui mène tant bien que mal une vie paisible malgré son divorce, travaille dans un jardin d’enfant. Un jour, la petite Klara (qui se trouve être la fille de son meilleur ami), sous le coup d’une colère enfantine, confie à la directrice de l’établissement que Lucas aurait abusé d’elle. La rumeur se propage, entraînant Lucas dans une descente aux enfers. Malgré les incohérences flagrantes révélées par l’enquête policière, la communauté fait de lui une proie, un bouc-émissaire et un paria.

L’univers de Thomas Vinterberg est assez particulier. Il mélange des ambiances chaleureuses et glaciales, des moments d’humour (peu) et des scènes d’une cruauté terrifiante (beaucoup). Une mise-en-scène tout en contrastes donc, dans laquelle le cadre « merry christmas » d’une charmante petite bourgade nordique enneigée renferme les pires penchants de l’être humain. Mads Mikelsen, auréolé pour ce rôle du prix d’interprétation masculine sur la Croisette, est fascinant. Alliant dignité, courage et subtilité, il est à des années lumières du personnage du Chiffre de Casino Royale qui l’a révélé au grand public. Qu’il interprète le gentil ou le méchant, il affiche toujours un charisme troublant. Thomas de Vinterberg traite d’un sujet éprouvant mais réussit à réaliser un  film qui ne l’est pas. Il analyse, sans porter de jugement, les conséquences dévastatrices d’une société où les individus se font justice eux-mêmes. Il étudie comment la pression sociale et l’intériorisation des émotions, peuvent être à l’origine d’explosions de haine (dans ce contexte, le cas Anders Behring Breivik à Oslo, la tuerie de Kauhajoki en Finlande). Dans le film, Klara (interprétée par la convaincante Annika Wedderkopp) est manipulée par les adultes qui veulent croire à son mensonge pour se défouler sur un innocent. Effrayant.

 

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