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Wadjda, de Haifaa al-Mansour, 2013 6 août, 2017

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 11:15

Wadjda

 

Wadjda est le premier film réalisé par une femme en Arabie Saoudite. Dans un pays où s’applique la charia, Wadjda aurait presque du mérite d’exister tout simplement.

Malgré tout, la force du long-métrage d’Haifaa al-Mansour, réside dans le fait qu’il ne se contente pas d’exister : il est en lui-même un très bon film.

L’intrigue de Wadjda nous plonge au cœur des grandes avenues vides et poussiéreuses de la banlieue de Riyad. Wadjda, douze ans, aime écouter du rock et porter des jeans et des Converse sous son abaya. Tous les jours, elle va à l’école à pieds sous une chaleur écrasante. Chaque matin son ami Abdallah passe à côté d’elle à vélo. Un jour, elle lui lance : « Quand j’aurai un vélo, on fera la course et je te battrai. »

Abdallah rit. Car dans son pays, les femmes n’ont pas le droit de faire du vélo. Wadjda, déterminée, est bien décidée à mener à bien son projet, en participant au concours de récitation coranique de son école. Si elle gagne, elle pourra s’acheter une bicyclette avec l’argent de la récompense.

Au lieu d’adopter un ton plombant, Haifaa al-Mansour a préféré jouer la carte de la finesse et de traiter son sujet du point de vue de l’enfance. Elle n’omet pourtant pas d’évoquer bon nombre de questions particulièrement dramatiques relatives à la condition des femmes en Arabie Saoudite. Mais les inégalités flagrantes ne sont jamais directement filmées. Elles imprègnent le film par touches distillées  entre deux scènes : des ouvriers qui observent des étudiantes du haut de leur échafaudage, un flacon de vernis à ongle qu’il faut vite dissimuler… Le parti pris de laisser transparaître les injustices et les violences en filigranes est judicieux car s’attaquer à un sujet aussi vaste dans un long film « procès » nécessairement constitué un ouvrage superficiel. Car en Arabie Saoudite, il est plus simple de dresser la liste de ce que les femmes ont le droit de faire plutôt que de ce qui leur est interdit.

Dans Wadjda, aucun personnage ne tombe dans la caricature. A l’inverse du remarquable film de Hana Makhmalbaf Le Cahier (2007)*le sentiment de révolte ne provient pas de l’humiliation (souvent difficile à traiter au cinéma). Il découle de l’injustice, contre laquelle Wadjda se dresse, pour faire sauter les verrous, reculer les archaïsmes et obtenir les mêmes droits que les garçons. Le parallèle établi avec l’histoire de sa mère, qui se bat pour convaincre son père de ne pas se marier avec une autre femme est bien ficelé.

La jeune Waad Mohammed incarne Wadjda avec humour et gravité, et surtout spontanéité. Pétillante, elle interprète naturellement cette petite héroïne au courage et à la volonté sans failles. Le scénario est ponctué de moments de grâce, comme lorsque le petit Abdallah affiche un grand sourire en regardant son amie pédaler comme lui sur un vélo. Haifaa al-Mansour réalise un premier film brillant, d’une grande simplicité, faisant l’effet d’une bouffée d’espoir. Elle prouve qu’un plan bien filmé de quelques secondes sur des baskets mal lacées au milieu de petites chaussures vernies peut être aussi efficace que les images d’une manifestation hérissée de banderoles.

 

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