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« Les vies privées de Pippa Lee », de Rebecca Miller, 2009. 6 octobre, 2011

Classé dans : Critiques diverses,Placard à archives — elsalauravietnam @ 15:20

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Résumé: Dans une banlieue pavillonnaire comme l’Amérique en compte des milliers, la quarantenaire Pippa Lee (Robin Wright Penn) apporte réconforts et sourires serviables à son mari éditeur. Homme beaucoup plus âgé que sa femme, Herb Lee (Alan Arkin) est un père de famille chaleureux doublé d’un intellectuel apprécié par ses proches mais apeuré face à la mort.
Dans cet univers que rien ne semble troubler, Pippa Lee est une femme dévouée (sans non plus être servante), généreuse mais somme toute effacée. Or, le masque de bonté qu’arbore notre protagoniste cache des failles et un trouble passif qui vont nous être révélés au fil de mystérieux événements.

C’est un pur moment de douceur et d’émotion que nous livre Rebecca Miller pour son nouveau film, Les vies privées de Pippa Lee, adapté de son propre roman. C’est un film savoureux, bien dosé, touchant mais jamais larmoyant, équilibré, drôle et plein de sensibilité, qui nous fait prendre le large tel un voilier poussé par un vent de large, vers les différents horizons que constitue la vie de Pippa Lee. Les paysages d’une vie riche en rebondissements, tantôt abruptes, tantôt accueillants. Le propos intelligent et l’humour discret saupoudrent cette histoire riche et vivante.
Bien sûr, Robin Wright Penn, (Pippa Lee) est exquise, comme à son habitude. Beauté fragile, élégante et déterminée, douce, sensible, à fleur de peau, mais jamais dans l’excès, elle est une figure de don de soi et d’abnégation qui renferme cependant un passé lourd et obscur. Il suffit d’un seul de ses regards bleu glacier pour basculer de l’aisance d’une vie rangée d’américaine aisée à l’enfer adolescent de la drogue et autres démons d’une jeunesse à vif. Tout cela autour d’un montage affuté qui nous promène dans le temps au travers de flash back très fluides. Robin Wright Penn est (à l’instar de son mari Sean), une figure de réserve, de classe, de charme et d’humilité qui illumine l’écran avec ces multiples facettes.
Et pourtant elle n’empiète nullement sur la pléiade d’excellents acteurs qui constitue un casting immense : Blake Lively est parfaite, un ange déchu et déçue par une mère qui n’arrive pas à coller au rôle de femme de maison conventionnelle. Une mère (Maria Bello) perdue dans l’ivresse des drogues et de l’amour déraisonné pour sa fille, et entretenant une relation trop fusionnelle avec elle. Winona Rider est hilarante en névrosée mal mariée et délirante, tout comme Monica Bellucci, riche épouse éperdue et excessive. Julianne Moore aurait mérité d’apparaître plus longtemps à l’écran. Comme à son habitude, elle repousse les limites d’un personnage borderline mais tellement plus touchante et authentique que n’importe qui d’autre. Elle joue comme elle est : tout en finesse. Quand au mâle de l’histoire, interprété par Keanu Reeves, c’est un post adolescent improbable, lui aussi fatigué par la pression sociale, les conventions familiales et le moule inconfortable de la bonne société, légèrement misanthrope, et complètement brisé…
Poétique, surréaliste, coloré, modeste, mélancolique, drôle, léger et profond, sensuel, ce film passe en douceur comme une ballade folk de Joan Baez. Il ne donne jamais dans la leçon de morale, et rien ne vient alourdir cette psychanalyse du doute existentiel. A voir et à déguster.

 

 

« This is it », de Kenny Ortega, 2009.

Classé dans : Critiques diverses — elsalauravietnam @ 15:14

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« This is it, Here I Stand, I’m the light of the world, I feel grand. »
Voici comment débute la nouvelle chanson de Michael Jackson, résumant bien le film dont elle est tirée. Il est là, et dans toute sa lumière, immanant de sa personne, éblouissante presque ;
On aurait pû au contraire trouver là un film obscur, voir glauque, comme la plupart des documentaires jusqu’alors réalisés à propos du Roi de la Pop, des scènes de tragédie, les danseurs apprenant la nouvelle quelques jours avant le premier concert…Et pourtant : le film ne tombe pas une seule seconde dans le mélodrame ou le pathos. This is it nous propulse juste sur scène avec lui. Pas de déblatérations inutiles sur un personnage que l’on connaît à la fois trop et pas assez : c’est au génie musical que l’on rend hommage, et c’est juste ce qu’il fallait faire : ni trop, ni pas assez. N’étant pourtant pas une fan de MJ à la base, je pensais m’ennuyer rapidement. Mais au contraire, le parti pris du réalisateur Kenny Ortega est de démocratiser l’approche du chanteur, en filmant les répétitions de ses plus grands morceaux, de quoi faire vibrer toutes les salles de cinéma du monde. This is it, c’est de l’Art, qui nous révèle l’Artiste, ce que MJ est avant toute chose, et ça crève les yeux. Un artiste qui a du génie dans son corps, précis, intransigeant, ouvert et très doux à la fois. Bien sûr, on ne voit que ce qu’on veut bien nous montrer. 2 heures de son, de lumières, de danseurs extraordinaires qui survolent la scène : on se croirait dans le Cirque du Soleil. Une interprétation extraordinaire de They don’t really care about us… et tous les autres grands titres originaux. Seul bémol : une reprise loufoque de Thriller version parodie de Tim Burton : peut être y a-t-il des choses auxquelles on ne peut pas toucher… Bref, This is it, c’est du son, du son, du son, et ça tombe bien, c’est la seule chose qu’on attendait du film, et de son Héro, et cela depuis toujours.

 

 

« Mr Nobody », de Jaco Van Dormael, 2009.

Classé dans : Critiques diverses,Placard à archives — elsalauravietnam @ 15:11

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‘’Choisir c’est renoncer…mais si l’on avait la possibilité de le vivre ?’’

Voici la phrase qui résume le mieux le nouveau film long et ultra-complexe de Jaco Van Dormael. A l’approche de ses 120 ans, Némo Nobody revient sur le récit de toute sa vie, ou plutôt de toutes ses vies, dont l’élément crucial se situe sur le quai d’une gare : Némo, 8ans, face à la séparation de ses parents, est confronté à un choix impossible : partir vivre avec sa mère aux Etats Unis, ou rester vivre avec son père en Angleterre. « Alors, Némo ? As-tu fait ton choix ?, lui demande t elle. »

C’est à partir de là que se dessine toute la trame de ce film : autour des questions que nous nous posons tous : combien de vies différentes aurions nous mené si nous avions fait des choix différents ? Et ce désir mordant, ce rêve impossible de remonter le temps pour revenir sur une décision. De la même façon que la fumée de la cigarette de papa sort pour toujours et ne re-rentrera jamais, prendre la décision de laisser partir la personne de sa vie c’est le risque de ne plus jamais la revoir. Personne n’avait jusqu’alors poussé aussi loin la réflexion sur ces questions, sur l’écoulement du temps, l’irréversibilité des phénomènes, le destin, l’origine du monde et son aboutissement.

Alors oui ce film est un ovni philosophique, impossible à expliquer, à décrire, et il est très difficile d’en faire la critique. Oui, le film est très long, et met nos nerfs à rude épreuve à cause d’un chassé croisé permanent de vies, sans aucune logique chronologique. Oui, Némo se réveille, s’endort, toutes les 5 minutes, et au final, tel Descartes dans ses Méditations Métaphysiques, « Il n’y a aucune preuve au monde qui nous permette de distingue la veille du sommeil. » L’existence devient un énorme doute, et la seule chose qui est certaine concernant ce film, c’est qu’il faut absolument laisser sa foutue rationalité de côté pour commencer à l’apprécier. Cesser de tout vouloir contrôler, car ce film est hors de contrôle. Et ceux qui n’y arrivent pas sortent rapidement de la salle.

Il faut accepter de se laisser bercer et malmener à la fois, et, comme dans un film de Lynch, accepter qu’il n’y a aucune solution, aucune vérité, bref, qu’il n’y a rien à comprendre de logique.
Mais Mr. Nobody est avant tout un film poétique, touchant, visuellement superbe et onirique (à ne pas confondre avec une esthétique publicitaire comme certains ont pu le dire). Si vous aimez l’univers de Gondry, vous aimerez celui de Mr. Nobody. C’est un réel exercice cérébral, qui mélange de science fiction, émotion, idéologie, et histoires d’amour. La B.O est extra. Jared Leto illumine l’écran, comme d’habitude. Ses yeux bleus glacier suffisent à montrer le courage, l’humilité, la persévérance et l’intelligence de son personnage, tout comme Toby Regbo, qui interprète Némo à 16 ans, et qui lui ressemble tant qu’il pourrait être son frère. Quant à Diane Kruger, le personnage féminin principal, ni maquillée ni habillée, elle irradie le film par sa beauté diaphane en interprétant un personnage grave et brisé, mais qui croit encore à toutes les possibilités.

Quoi qu’il en soit le message du film, tel que je l’ai compris, c’est que parmi toutes les vies possibles, il n’est pas la peine d’être rongé par le regret, car toutes valent le coup d’être vécues.
Et tant qu’on ne fait pas de choix, tout reste possible.

 

 

« Le Concert », de Radu Mihaileanu. 2009.

Classé dans : Critiques diverses,Placard à archives — elsalauravietnam @ 15:08

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Sous Brejnev, Andrei Fillipov était le plus grand chef d’orchestre d’Union Soviétique, à la tête du célèbre et prestigieux Orchestre du Bolchoï. Mais lorsque qu’il refuse de se séparer de ses musiciens juifs, on brise sa baguette en plein concert. Sa carrière est anéantie, et on referme le Rideau.

30 ans plus tard, Andrei travaille toujours au Bolchoï, mais en tant qu’homme de ménage. Jusqu’à ce qu’il intercepte une invitation venant du Théâtre du Chatelet, à Paris, pour que l’orchestre du Bolchoï vienne jouer à la place du philharmonique de Los Angeles. Un projet fou lui vient alors… il décide de subtiliser l’invitation et de faire appel à tous ces anciens musiciens, aujourd’hui ruinés et errant entre de multiples petits boulots, pour reformer l’ancien orchestre, et retourner sur le devant de la scène pour un ultime concert dans un voyage riche en rebondissements.

Quatre ans après Vas, Vis et Deviens, récompensé à Cannes, Radu Mihaileanu revient en beauté avec ce nouveau bijou du cinéma. Le concert est une comédie dotée d’un arrière plan dramatique, et rares sont les réalisateurs qui peuvent manier les deux genres avec autant de dextérité sans s’emmêler les pinceaux ni frôler le ridicule. Car malgré les critiques, ce film en est loin. Alors oui, le film est énorme, voire burlesque, mais jamais vulgaire ou grossier…

Bien au contraire. Caricature du Communisme et du Parti déchu aujourd’hui, des juifs aussi pingres que malins, de la mafia à la gâchette facile, de la Vodka qui coule à flot, des gitans exubérants… Tout y est. Mais ce que les détracteurs n’ont pas saisi, c’est que les clichés, aussi énormes soient ils, sont totalement assumés. Et c’est ce qui les rend particulièrement irrésistibles. Il fait le choix de manier l’humour comme une arme ludique, comme une réponse à la douleur, à la barbarie et à la mort, et comme moyen de conserver la dignité, ou de la remettre sur pieds…. Rien n’est si grave, seule compte la musique.

C’est donc un sujet en or que le réalisateur tient dans sa caméra. Basé sur des faits réels, derrière des gags tous aussi drôles les uns que les autres, c’est une toile de fond sombre et intense qui se dessine. La censure à l’époque de Brejnev, le bâillonnement des intellectuels et des juifs, qui parlaient trop fort, ou des gitans, les insoumis, la peur que le point de vue des artistes ne se répande dans les masses populaires, les camps… Le sujet est traité avec une acuité rare. C’est cette chasse contre les musiciens du Bolchoï qui est illustrée ici, et qui se retrouve à travers l’histoire de Fillipov, qui a vu fuir ses deux meilleurs amis, dont sa soliste, aussi éperdument amoureuse de la musique et de Tchaïkovski que lui.

Car voici ce que transmet le film… La supériorité ultime et majestueuse d’un concerto pour violon, la recherche de l’harmonie ultime, au-delà des genres, des clivages, des conflits, des différences entre les peuples. Musiciens de tous les peuples, unissez vous… L’unité suprême, que le Communisme ne parvint pas à atteindre, et qui assemble l’humanité toute entière dans quelques cordes et un archet.

Et quel archet… celui de Anne Marie Jacquet, alias Mélanie Laurent, la célèbre soliste. Sublime et brisée, apeurée, déstabilisée, mais toujours d’une élégance et d’une pureté majestueuse, et qui cherche dans son violon les réponses à sa vie. Car il manque des notes sur la portée de son existence, dont elle n’a pas la clé… Celle qui concerne ses parents disparus. Comme Andrei, interprété par Aleksei Guskov, extraordinaire de justesse et de sincérité, qui cherche à surmonter le traumatisme d’un destin déchiré en essayant de façon démentielle de trouver la touche de perfection à apporter à la musique.

Guidant de ses mains tout l’orchestre et sa soliste, tout cela nous amène à l’instant de grâce, la fin du film, qui a mis tout le monde d’accord, public et critiques : la fin lors de laquelle, sans la dévoiler, on peut dire que la musique est transcendée : 20 minutes du concerto pour violon de Tchaikovski Op.35, où les instruments, la baguette du Maestro, et les yeux bleus glacés de Mélanie Laurent déversent un flot de joie, de tristesse, de vérité, de compassion et de terreur.

Ce film est un bouleversement, et ce n’est pas pour rien qu’il est encore projeté dans les salles art et essai 4 mois après sa sortie… Discrètement, sans aucun battage médiatique, il a conquis le public par bouche à oreille. Je le conseille vivement. Car il n’y a aucune fausse note, dans ce Concert.

 

 
 

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