Page ciné d’Elsa

Bienvenue sur mon blog

 

Wadjda, de Haifaa al-Mansour, 2013 6 août, 2017

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 11:15

Wadjda

 

Wadjda est le premier film réalisé par une femme en Arabie Saoudite. Dans un pays où s’applique la charia, Wadjda aurait presque du mérite d’exister tout simplement.

Malgré tout, la force du long-métrage d’Haifaa al-Mansour, réside dans le fait qu’il ne se contente pas d’exister : il est en lui-même un très bon film.

L’intrigue de Wadjda nous plonge au cœur des grandes avenues vides et poussiéreuses de la banlieue de Riyad. Wadjda, douze ans, aime écouter du rock et porter des jeans et des Converse sous son abaya. Tous les jours, elle va à l’école à pieds sous une chaleur écrasante. Chaque matin son ami Abdallah passe à côté d’elle à vélo. Un jour, elle lui lance : « Quand j’aurai un vélo, on fera la course et je te battrai. »

Abdallah rit. Car dans son pays, les femmes n’ont pas le droit de faire du vélo. Wadjda, déterminée, est bien décidée à mener à bien son projet, en participant au concours de récitation coranique de son école. Si elle gagne, elle pourra s’acheter une bicyclette avec l’argent de la récompense.

Au lieu d’adopter un ton plombant, Haifaa al-Mansour a préféré jouer la carte de la finesse et de traiter son sujet du point de vue de l’enfance. Elle n’omet pourtant pas d’évoquer bon nombre de questions particulièrement dramatiques relatives à la condition des femmes en Arabie Saoudite. Mais les inégalités flagrantes ne sont jamais directement filmées. Elles imprègnent le film par touches distillées  entre deux scènes : des ouvriers qui observent des étudiantes du haut de leur échafaudage, un flacon de vernis à ongle qu’il faut vite dissimuler… Le parti pris de laisser transparaître les injustices et les violences en filigranes est judicieux car s’attaquer à un sujet aussi vaste dans un long film « procès » nécessairement constitué un ouvrage superficiel. Car en Arabie Saoudite, il est plus simple de dresser la liste de ce que les femmes ont le droit de faire plutôt que de ce qui leur est interdit.

Dans Wadjda, aucun personnage ne tombe dans la caricature. A l’inverse du remarquable film de Hana Makhmalbaf Le Cahier (2007)*le sentiment de révolte ne provient pas de l’humiliation (souvent difficile à traiter au cinéma). Il découle de l’injustice, contre laquelle Wadjda se dresse, pour faire sauter les verrous, reculer les archaïsmes et obtenir les mêmes droits que les garçons. Le parallèle établi avec l’histoire de sa mère, qui se bat pour convaincre son père de ne pas se marier avec une autre femme est bien ficelé.

La jeune Waad Mohammed incarne Wadjda avec humour et gravité, et surtout spontanéité. Pétillante, elle interprète naturellement cette petite héroïne au courage et à la volonté sans failles. Le scénario est ponctué de moments de grâce, comme lorsque le petit Abdallah affiche un grand sourire en regardant son amie pédaler comme lui sur un vélo. Haifaa al-Mansour réalise un premier film brillant, d’une grande simplicité, faisant l’effet d’une bouffée d’espoir. Elle prouve qu’un plan bien filmé de quelques secondes sur des baskets mal lacées au milieu de petites chaussures vernies peut être aussi efficace que les images d’une manifestation hérissée de banderoles.

 

 

Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, 2013 30 janvier, 2013

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 11:32

Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, 2013 dans Films coups de coeur 20365978.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Kathryn Bigelow est à ce jour la seule femme à avoir obtenu l’Oscar du meilleur metteur en scène, pour son film Démineur, sorti en 2008. Et en tant que telle, elle a réussi à s’imposer à Hollywood non pas en faisant du cinéma comme un homme, pour les hommes, car Kathryn Bigelow n’est pas Ridley Scott en femme, mais en faisant du cinéma mieux que quiconque. Depuis Point Break et Strange Days, du chemin a été parcouru. Son nouveau long-métrage est certainement le meilleur.

Zero Dark Thirty raconte la traque d’Oussama Ben Laden, du 11 septembre 2001 jusqu’à sa mort le 2 mai 2011. Il nous immerge au cœur de la cellule antiterroriste qui l’a recherché pendant plus de dix ans. La clé de voûte de cette cellule, c’est Maya, analyste de la CIA, qui s’est obstinée à suivre pendant dix ans la piste qui la mènerait au chef d’Al-Qaida, et n’a jamais renoncé, quand toute sa hiérarchie tentait de la dissuader. On l’observe donc mener d’une main de fer son enquête sur Ahmed Al-Kuwaiti, une cible qui serait le principal allié de Ben Laden, son unique lien avec le monde extérieur, celui qui fait passer les messages. Elle continue de le pourchasser même lorsque plusieurs sources concordantes affirment qu’il est mort.  Maya traque des fantômes : après 2001, tous les poids lourd d’Al-Qaida ont disparu des écrans de contrôle. Pas un coup de téléphone, aucune connexion internet, le néant. Même après les attentats de Londres en 2005, et la tentative déjouée de Times Square en 2010, Maya ne se décourage pas. Elle sait pourtant pertinemment que le terrorisme international n’est plus incarné par une seule organisation ni un seul homme, et revêt une multitude de facettes. C’est un réseau nébuleux, incarné (ou plutôt désincarné) par des individus impossible à identifier, des ombres. Seule contre tous, elle passe des jours, des nuits, des mois, des années à écouter des bribes de conversation téléphoniques, à s’abîmer les yeux sur des photos floues, des films de caméras de vidéosurveillance, des parcours sur des cartes, des itinéraires satellites qui démultiplient les pistes à l’infini.

Zero Dark Thiry s’appuie sur la théorie selon laquelle le succès de la capture de Ben Laden revient essentiellement à une femme. On ignore si elle existe réellement, ou si son personnage recoupe les parcours de trois agents de la CIA qui existent bel et bien (Barbara Sude, Jennifer Matthews et Gina Bennett). On sait seulement qu’un militaire, dans son livre intitulé No Easy Day, fait précisément référence à une femme qu’il dénomme Jen. Pour interpréter le rôle de la cérébrale Maya, K. Bigelow a fait appel à Jessica Chastain, qui livre une belle performance. Évanescente, elle est néanmoins habitée par une détermination et une force immenses. Elle incarne le personnage de Maya avec un savant mélange de froideur et d’intensité, si bien qu’on ne peut imaginer aucune autre actrice le faire à sa place.

Kathryn Bigelow refuse d’attribuer la réussite des recherches sur Ben Laden au fait que les femmes auraient quelque chose en plus (ou en moins) que les hommes pour mener ce type d’investigations. Elle énonce simplement que cette femme là, Maya, est la meilleure. Notons de belles scènes qui se passent de dialogues, en particulier celle où Maya observe les deux hélicoptères décoller pour Abbottabad. Tout son travail, toute sa vie, repose sur ce groupe de soldats d’élites chargés de dénicher Ben Laden. Elle ne les connaît même pas. « Si ça n’avait tenu qu’à mois, j’aurais fait bombarder la résidence. Mais personne ne croit assez en cette piste pour le faire », précise-t-elle. Les scènes finales de l’opération sont haletantes et sans aucun héroïsme déplacé. Elles instaurent un véritable suspense alors que le spectateur en connait l’issue.

Peu importent les polémiques, Zero Dark Thirty est un film magistral, et Kathryn Bigelow est une grande cinéaste. Elle prouve qu’il serait temps de féminiser l’expression « metteur en scène ».

zerodarkthirty1 dans Recemment vus en salle

 

 

Django Unchained, de Quentin Tarantino, 2013

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 11:24

Django Unchained, de Quentin Tarantino, 2013 dans Films coups de coeur 20366454.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Voilà la nouvelle livraison de Quentin Tarantino, quatre ans après Inglorious Basterds, pour notre plus grand plaisir. Avec Django, il créé une sorte de « super Inglorious Basterds », plus long, plus fort, plus grand. Oui, Django Unchained appelle forcément la comparaison avec son grand frère Inglorious. Le style, le sujet, la mise en scène, les personnages se répondent dans un écho permanent.

Le principe est simple : une histoire de vengeance. L’action se déroule dans le Sud des États-Unis, à la veille de la guerre de Sécession. Django (Jamie Foxx), un esclave, rencontre un jour le docteur Shultz, un dentiste devenu chasseur de primes (Christoph Waltz). Ce dernier ayant besoin de lui pour débusquer ses nouvelles cibles, il le libère, puis décide de l’aider à retrouver et venger sa femme Broomildha (Kerry Washington), esclave dans la plantation du puissant Calvin Candie (Leonardo DiCaprio). Un pitch simplissime, pour un casting quatre étoiles.

Certes, Django Unchained ne s’encombre pas de véracité du propos historique. Quentin Tarantino balaie immédiatement cela d’un revers de la main, en usant d’un ton décalé et anachronique (première scène : une grosse molaire en carton pâte montée sur un ressort se dandine sur la diligence de Waltz). A partir de là, place au pur entertainment. Tarantino peut se permettre d’être manichéen à outrance, cela ne choquera jamais personne. C’est même là toute l’essence comique de ses films. Ainsi, les méchants sont toujours plus méchants, et se font toujours éliminer par les gentils toujours plus gentils. Il étanche la soif de vengeance qui sommeille dans chaque spectateur. Dans Inglorious, on jubilait devant la facilité avec laquelle la bande des basterds, menée par Brad Pitt, scalpait du nazi à tour de bras. Dans Django Unchained, chacun se délecte de l’aisance avec laquelle Christoph Waltz et Jamie Foxx éclatent les cervelles de tous les blancs esclavagistes. On retiendra particulièrement le long affrontement verbal entre DiCaprio et Waltz pendant la scène du dîner (semblable à la scène de la taverne dans Inglorious Basterd, durant laquelle l’officier allemand découvre la supercherie). Les deux acteurs crèvent l’écran. Il est d’ailleurs intéressant d’avoir inversé les rôles (schématiquement, Dicaprio incarne généralement le good guy et Waltz le bad guy).

Bourré de second degré, rythmé, intense, Django Unchained est un film exaltant.

 

 

Skyfall, de Sam Mendes, 2012 6 novembre, 2012

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:30
Skyfall, de Sam Mendes, 2012 dans Films coups de coeur 20264211.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

© Sony Pictures Releasing France

Le revoilà, enfin. Quatre ans après l’aride Quantum of Solace, six ans après le palpitant Casino Royale, et 50 ans après le premier, James Bond contre Dr No, le plus célèbre des agents secrets britanniques est de retour.

Changement de style, dans Skyfall, le nouvel ennemi c’est Internet. James Bond 2.0 a effectué ses mises à jour. Terminées les intrigues archaïques post-Guerre Froide contre les Russes ou la Corée du Nord, la franchise adapte son scénario au nouvel ordre mondial : celui dans lequel les puissances occidentales n’arrivent plus à identifier l’ennemi, et font face à une menace diffuse et endémique, où le facteur risque ne provient pas d’une arme nucléaire mais d’un virus informatique.

Et puis c’est la crise. La boutique est en liquidation. Fini le déballage de gadgets et de haute technologie. Le nouveau Q (un jeune génie de l’informatique, interprété par le très pince-sans-rire Ben Whishaw) n’est plus le Père Noël. Pour tout cadeau, 007 reçoit un revolver codé à ses empreintes digitales et une radio. Côté voiture, on est bien loin de Casino Royale ou Meurs un autre jour, sortes d’annexes du Mondial de l’auto, avec leurs défilés de Lamborghini et de Porsche. Dans Skyfall, on revient à l’essentiel : la sublime et mythique Aston Martin DB5 (qui fête elle aussi ses cinquante ans), reprend du service.

L’artillerie lourde, on s’en passe aussi. Coincé dans les Highlands écossaises, 007 se retrouve armé d’un seul fusil de chasse, et M (oui oui) fabrique des bombes avec un peu de dynamite, des clous et des ampoules cassées. On supprime le kitsch et l’exotisme lourdingues, qu’on remplace par le charme gris et pluvieux de Londres et de l’Ecosse.

Daniel Craig, subtil et brutal à la fois,, a le costume de 007 désormais soudé à la peau. Javier Bardem, le méchant, est redoutable. Décalé, névrosé, manipulateur comme le Chiffre et terrifiant comme Jaws, il parvient à s’imposer comme un personnage majeur de la franchise. L’humour, qui manquait un peu au personnage depuis que Daniel Craig en a revêtu le costume, est à nouveau au rendez-vous et conduit à cette conclusion : les anglais sont définitivement les rois du rire. Et peut-être aussi de la chanson. Le générique, gothique et crépusculaire, est bien servi par la magnifique interprétation d’Adèle.

Mais le plus grand intérêt consiste à recentrer l’intrigue sur la relation passionnante entre M et Bond. 007, c’est l’homme insaisissable, qu’aucune femme ne parvient à contrôle, exceptée M. Face à elle, James ressemble plus que jamais à un  garçon buté mais un peu contrit qui vient de faire des bêtises. La formidable Judi Dench crée à nouveau cet alliage savoureux d’indifférence, de froideur et de cruauté, mais dissimule au fond de son cœur un attachement fort pour son agent. Dans Skyfall, on la sent toujours plus déchirée entre son objectif de perfection et de loyauté dans l’accomplissement de sa mission, et la mise en danger permanente de celui qui l’exécute, 007.

Austère, artisanal, dense et visuellement bluffant, Skyfall allie modernisme et retour aux sources : le mélange est décapant. Un cran au dessus, c’est certainement l’un des meilleurs films de toute la franchise.

 

 

De Rouille et d’Os, de Jacques Audiard. 20 mai, 2012

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 15:32

De Rouille et d'Os, de Jacques Audiard. dans Films coups de coeur 20087993.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120423_115854-225x300

De rouille et d’os évoque la rencontre entre deux écorchés. Ali, père de famille à la rue, tente de survivre avec son fils à sa charge, et débarque sur la Côte d’Azur. Il est embauché comme videur dans une boîte où il rencontre Stéphanie, dresseuse d’orques dans un parc aquatique. Lors d’une représentation, un accident survient, elle tombe à l’eau et se réveille plus tard à l’hôpital amputée des deux jambes. Tous deux lient une relation diptyque, entre reconstruction et autodestruction. Ali, pour gagner de l’argent, se bat à main nue lors de combats clandestins, et Stéphanie se débat pour faire avancer sa rééducation.

Audiard, parvient à transformer un film potentiellement atroce et laborieux en une œuvre d’une magnifique fluidité. Le miracle tient à la mise en scène, qui atteint par moments des sommets de grâce (la scène de l’accident, les scènes de combat…). La caméra d’Audiard est un prisme qui transforme l’obscurité en lumière.

Matthias Schoenaerts est une grande révélation : il interprète son personnage avec animalité et sensibilité. Marion Cotillard a bien fait de revenir en France après quelques errements hollywoodiens, elle est époustouflante. L’ensemble est bien servi par des seconds rôles inspirés et une BO aérienne, grave et incantatoire (Wash de Bon Iver, State Trooper, extrait du sublime album de Springsteen, Nebraska, ainsi que Firewater par Django Django pour le générique final).

De Rouille et d’Os, c’est du cinéma brut, sauvage, brûlant, organique et gracieux, du cinéma puissant.

20081339.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120413_054138-300x200 dans Recemment vus en salle

 

 

Une vie meilleure, de Cédric Kahn. 28 janvier, 2012

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 11:41

Une vie meilleure, de Cédric Kahn. dans Films coups de coeur 198655152.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20111209_0545252-225x300

Yann est cuisinier dans une cantine, Nadia serveuse dans un grand restaurant parisien et mère célibataire. Ils tombent un jour très amoureux, et lors d’une promenade à la campagne, ont un coup de cœur pour un vieux restaurant en ruine près d’un lac. Leur rêve prend immédiatement forme: acheter la vieille bâtisse, faire des travaux et lancer leur entreprise de restauration. Ils contractent un prêt immobilier, et, sans apport personnel, se lancent dans une manœuvre périlleuse pour glaner la somme qui leur manque : cumuler plusieurs crédits revolving, des prêts à la consommation. Les travaux commencent, le rêve devient réalité.  Mais peu avant l’ouverture, un problème de mise-aux-normes survient. Peu à peu, tout s’écroule. Yann et Nadia plongent dans la spirale infernale du surendettement, une proposition de travail au Canada les sépare,  et Yann se retrouve seul avec l’enfant sur les bras. A partir de là, il perd pied et glisse dans une terrible descente aux enfers. Guillaume Canet interprète sans hésitation et sans fioritures un personnage qui se débat au quotidien, avec acharnement et dignité, prenant peu à peu conscience qu’il est pris au piège. Une vie meilleure est un vrai film social, qui raconte la vie de tous ceux qui ont tenté de s’extraire de leur condition sociale pour s’élever, mais qui se sont fait rattraper par la dure loi d’un système qui ne donne pas sa chance aux plus fragiles. Très bien mis en scène, Une vie meilleure est un film noir, rude, tendu, un drame social particulièrement bien mené par Cédric Kahn, qui pourrait bien devenir le Ken Loach de chez nous.

 

 

Le Cahier, de Hana Makhmalbaf. 2008. 25 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur,Placard à archives — elsalauravietnam @ 15:51

lecahier.jpg

Quelques mots sur ce bijou du cinéma iranien, sorti il y a deux ans de cela.

Le conte que livre la réalisatrice Hana Makhmalbaf s’appuie sur l’histoire de Bakhtay, une jeune afghane âgée de 7 ans qui vit dans un village isolé des montagnes d’Afghanistan. Le site en lui même, sublime, est tragiquement connu pour ses statues gigantesques de Bouddhas qui avaient été dynamitées par les Talibans en 2001. Bakhtay garde tous les jours son petit frère à la maison, jusqu’au jour où elle entend son petit voisin lire un livre. Fascinée par l’histoire, elle se met en tête d’aller elle aussi à l’école pour apprendre à lire. Mais pour cela, elle doit trouver le moyen de s’acheter un cahier car l’école ne donne pas de matériel. Par delà cette quête enfantine, elle devra surmonter les obstacles dus à sa condition non pas d’enfant, mais de femme, dans une région dirigée par un néo-fondamentalisme islamiste ultra-répressif.

La réalisatrice transcrit ici un magnifique conte, mettant en scène des enfants (non-acteurs), qui créent des instants de pureté aussi bien que de cruauté terrible. Tout est une parabole dans ce film. Le petit univers des enfants est un modèle réduit de l’état dans lequel se trouve la région. Les jeux des gamins sont les reflets des séquelles causés par les Américains et par les Talibans. Le film livre une analyse fine et émouvante qui ne s’encombre pas d’une morale superflue ou de détails inutiles. Bref, le Cahier (Buddha collapsed out of Shame, en anglais), est une vraie réussite.

 

buddhamainstd.jpg

 

 

 

Polisse, de Maiwenn. 21 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 20:13

 

polisse.jpg

 

Polisse immerge le spectateur dans le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs de Paris-nord. Pas vraiment de fil conducteur, hormis l’arrivée dans la brigade du personnage de Maïwenn, photographe, mandatée par le ministère de l’Intérieur pour la publication d’un livre de photographies. Polisse, c’est tout d’abord un film d’acteurs mais c’est aussi aussi un film au rythme effréné, avec un montage saccadé qui ne laisse aucune place aux temps morts, parce que dans ce métier, l’attente, c’est la mort justement (d’un enfant disparu qu’on ne pourra pas retrouver, d’un autre qui se fait agresser en attendant que quelqu’un vienne le secourir…). Une strucutre binaire forme l’architecture de l’histoire, passant sans transition de la sphère du travail à la sphère privée, et très souvent des larmes aux rires. Parfois, les deux s’inversent habilement. Certes, Polisse un peu trop manichéen, et tire de grosses ficelles car Maïwenn ne fait jamais dans la dentelle.

19759455r760xfjpgqx20110614114308.jpg

 

Certes, il n’est pas difficile de tirer les larmes en filmant une mère célibataire sans papiers qui décide de céder son enfant aux services sociaux, ou l’extraction de mineurs que l’on arrache à leurs parents accusés de proxénétisme dans un camp de roms. Mais le film enchaîne des scènes sans misérabilisme. Il ne brosse pas le portrait de flics super-héros ici, mais de policiers qui exercent sans moyens un travail extrêmement difficile. Pour les incarner, la réalisatrice a fait appel à une des acteurs remarquables. La clé de voûte est constitué par le binôme Karin Viard – Marina Foïs. L’une se bat encore pour sa vie personnelle, et semble pourtant perdue, quand l’autre semble tenir le cap mais a déjà abandonné. La scène de leur dispute est d’une violence rare. Karin Viard donne tout, sort de ses gonds, alors que Marina Foïs subit la déflagration de plein fouet. Le moment qui suit cette scène, lorsque tout le monde s’active pour passer l’éponge et remettre de l’ordre en plaisantant, montre une performance d’actrice hallucinante. La bande son est coupée pendant quelques secondes, et on observe Marina s’assoir lentement, décomposée, comme si elle venait de se prendre un balle en plein cœur.

 

19716630r760xfjpgqx20110414034442.jpg

 

Les autres comédiens apportent chacun une touche personnelle au film. L’une vit un divorce douloureux, l’autre n’arrive pas à tomber enceinte et sombre dans l’anorexie, une autre se bat avec l’alcool, les couples battent de l’aile, d’autres n’arrivent pas à se créer. Joey Starr crève l’écran, même dans un rôle stéréotypé de gros dur au cœur tendre. La séquence où il assiste à la séparation d’une mère et de son enfant révèle toute sa puissance de jeu. Nicolas Duvauchelle, blafard, est perpétuellement au bord de l’implosion, notamment lorsqu’il interroge un père de famille proche du pouvoir accusé de viol sur son enfant, qui passe aux aveux avec une fierté infecte en sachant qu’il passera entre les filets de la justice. La courte apparition de Sandrine Kimberlain qui joue sa femme est bouleversante. Sans maquillage, avec une lumière crue, les traits tirés, les acteurs dévoilent toute leur puissance de jeu. C’est le parti pris d’un film à l’ambiance de documentaire, filmé sans voyeurisme.  La seule chose que l’on peut reprocher à Maïwenn c’est de ne pas arriver à lâcher son rôle d’actrice. Son histoire d’amour avec le personnage de Joey Starr n’apporte rien au scénariio, et donne l’impression (puisqu’elle se mettait en scène avec lui également dans Le Bal des actrices) qu’elle profite de ses films pour créer une relation fictive avec lui.

La fin du film est un choc intense. Polisse n’est pas parfait, loin de là, mais c’est un film coup de poing.

 

19759464r760xfjpgqx20110614114337.jpg

 

 

 

Benda Bilili!

Classé dans : Films coups de coeur,Placard à archives — elsalauravietnam @ 20:02

bendabilili.jpg

Comme l’indique le titre de leur premier album, le film Banda Bilili est Très Très Fort.

Il commence dans la poussière des rues défoncées et fumantes de Kinshasa, la chaotique capitale de la République Démocratique du Congo. Un groupe de musiciens handicapés y traînent leur misère et leurs rêves sur leurs vélos triporteurs rouillés ou des vieux chariots, qu’ils font avancer à la force de leurs bras.

Une introduction qui se situe à des années lumières des smokings impeccables qu’ils portaient il y a quelques semaines alors qu’ils enflammaient la foule sur le plateau de Michel Denisot au Festival de Cannes.

Effectivement, c’est un gouffre qui sépare ces deux scènes. Un gouffre dans lequel nous plonge le documentaire de Renaud Barret et Florent de la Tullaye qui les ont suivis pendant cinq ans, des dortoirs miteux en Afrique à leur grande tournée européenne.

19442472r760xfjpgqx20100504101551.jpg

Au début, il y a Ricky, un sexagénaire paraplégique fou de musique, qui joue comme il peut avec quelques uns de ses amis d’un dispensaire pour handicapés. Avec une seule pauvre guitare acoustique qui ressemble plus à une cagette de mandarines qu’à une guitare, ils jouent toute la journée, ils se fabriquent des instruments avec les déchets qui jonchent le sol. A partir de cet amas d’objets abandonnés, ils créent des rythmes de rumba afro endiablée. Le fil conducteur de l’histoire, c’est Roger, douze ans, qui dort à même le sol dans les rues. Roger ne parle presque pas et ne sourit jamais. Il est tout seul, et serre très fort contre lui son satongé, une boîte de conserve sur laquelle sont accrochés un morceau de bois et un fil, avec lequel il construit des centaines de mélodies différentes. C’est le son qui manquait au groupe de Ricky pour sortir du lot, et ce dernier le prend sous son aile. Ils répètent à longueur de journée sur leur coin de trottoir, et le soir, ils retournent dormir dans leurs cartons. Leurs seules armes pour survivre : leur talent et leur optimisme sans faille.

19442475r760xfjpgqx20100504101552.jpg

Puis, Renaud et Florent leur arrangent une rencontre avec une maison de disque de Kinshasa. Il s’en suit la réalisation du rêve qui les habite tous, le défi de leur vie : aller en Europe pour donner des concerts. Il en résulte une des scènes les plus fortes : les Benda Bilili débarquent en plein après midi sur la scène des Eurockéennes. Devant eux : un immense terrain vague, et deux ou trois « lève-tôt » égarés. Ils s’installent, avec leurs « meules » tordues et leurs instruments rafistolés, dans la bonne humeur, en riant, comme au pays, comme si de rien était. « Tu vas voir, lance Ricky, avec son fort accent congolais : après le concert, tu vas chopper plein de chéries ! » Ce qui suit est incroyable. En trente secondes, le bouche à oreille circule, et des centaines de  personnes arrivent pour se transformer en une foule en délire.

Violent, intense, magique, sans compassion, Benda Bilili! c’est le courage et la force à l’état pur. Comme le dit l’un des enfants âgé d’une dizaine d’année qui traîne dans le groupe à son copain, après que leur dispensaire ait brûlé: « Tu sais, un homme n’est jamais vraiment fini avant la fin ».

19442471r760xfjpgqx20100504101551.jpg

 

 

La Vida Loca, de Christian Poveda. 15 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 17:48

lavidaloca.jpg

 

« On vit pour tuer, on tue pour vivre ». C’est ce qu’explique dans le documentaire La vida loca, un adolescent gringalet, même pas âgé de dix-huit ans. Et pourtant, des 18 il en a à la pelle. 18 sur le torse, 18 sur les joues, 18 sur le front, il est couvert de tatouages. C’est le signe de son appartenance, ou plutôt de sa soumission aux Maras 18, un des deux gangs les plus violents du Salvador. Dans ce petit pays d’Amérique centrale, oublié du reste du monde en moyenne 10 jeunes sont tués par jour dans les quartiers sensibles de sa capitale San Salvador. Après un regard de travers, une conversation qui dérape, on tue.

Le film de Christian Poveda dépeint le quotidien de ces jeunes combattants des rues. Depuis 20 ans, ils se livrent une guerre sans merci, une guerre née dans les rues de Los Angeles au début des années 1990, et qui a été importée au Salvador lorsque les hommes sont rentrés au pays, ramenant avec eux toute leur rancœur. Les Maras, comme on les appelle, sont divisés entre deux gangs rivaux, les Maras Salvatrucha et les Maras 18. Ce sont ces derniers que le réalisateur de ce documentaire a réussi, avec l’accord du chef du gang, à filmer pendant un an. Le film repose sur l’imbrication de plusieurs histoires, le parcours de jeunes salvadoriens qui ont tous un point commun : ils meurent avant la fin du film. L’histoire est ponctuée par de très violents fondus au noir agrémentés à chaque fois du nombre de coup de feu qui ont emporté la victime. Puis, l’image réapparait, souvent la même : un corps dans un caniveau, que l’on emballe dans un sac. On s’attache à chaque fois à suivre ces jeunes abandonnés par l’Etat, avant qu’ils soient arrachés à la vie, et que l’on n’entende plus jamais parler d’eux. Parcourant les rues de la ville, le réalisateur les suit, de la fête d’un copain à l’enterrement d’un autre, rendant visite au juge pour mineur, se faisant tatouer, s’investissant dans un commerce de boulangerie avec ONG, vacant à différents trafics d’armes ou de drogue.

Une odeur de désespoir plane, derrière la musique entêtante et envoûtante des Tres Coronas. La vision d’une impasse lugubre située au fin fond d’une zone de non droit, abandonnée par les pouvoirs publics, dont le rôle est purement punitif. Reste cette question du juge, qui s’adresse à un délinquant sur le fil du rasoir : « comment voulez-vous que les autorités fassent respecter les droits humains si vous-même ne le faites pas ? »

La Vida Loca constitue un témoignage de la misère,  une oeuvre qui va au-delà de l’engagement et du courage, jusque dans la mort, puisqu’il a coûté la vie à Christian Poveda, son réalisateur. Pris pour un indic, il a été tué par balles quelques jours avant la sortie en salle du film.

19159113r760xfjpgqx20090825055711.jpg 

 

christianpoveda.jpg

 

12
 
 

ICOLLYWOOD |
le cinéma |
belangel |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | megavod
| apollonide
| cinemafan