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Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, 2013 30 janvier, 2013

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Kathryn Bigelow est à ce jour la seule femme à avoir obtenu l’Oscar du meilleur metteur en scène, pour son film Démineur, sorti en 2008. Le plus intéressant, c’est qu’elle ne s’est pas imposée à Hollywood parce qu’elle fait des films comme un homme, pour les hommes. Non, Kathryn Bigelow n’est pas Ridley Scott en femme. Kathryn Bigelow est Kathryn Bigelow. Elle fait du cinéma comme personne, et avec Zero Dark Thirty, elle montre même qu’elle est un cran au dessus de tout le monde, femmes et hommes confondus. J’apprécie ses films depuis Point Break et Strange Days, et du chemin a été parcouru. Son nouveau long-métrage est certainement le meilleur.

Zero Dark Thirty raconte la traque d’Oussama Ben Laden, du 11 septembre 2001 à sa mort le 2 mai 2011. Il nous immerge au cœur de la cellule antiterroriste qui l’a recherché pendant plus de dix ans. La clé de voûte de cette cellule, c’est Maya, une experte de la CIA qui s’est obstinée à suivre pendant cinq ans la piste qui la mènerait au chef d’Al-Qaida, et n’a jamais lâché jamais le morceau alors que toute sa hiérarchie tentait de la faire renoncer. Dans le film, on l’observe mener son enquête sur Ahmed Al-Kuwaiti. Il serait le principal allié de Ben Laden, son unique lien avec le monde extérieur, celui qui fait passer les messages. Elle continue de le pourchasser même lorsque tout le monde le croit mort.  Elle traque des fantômes, car tous les poids lourd d’Al-Qaida ont « disparu » des écrans de contrôle, de la civilisation. Pas un coup de téléphone, aucune connexion internet, rien. Le néant. Mais même après les attentats de Londres en 2005, et la tentative déjouée de Times Square en 2010, Maya ne se décourage pas. Elle sait, pourtant, que le terrorisme international n’est plus incarné par un seul mouvement ni par un seul homme, qu’il revêt une multitude de facettes. C’est un réseau nébuleux, incarné (ou plutôt désincarné) par des individus impossible à identifier, des ombres. Seule contre tous, elle passe des jours, des nuits, des mois, des années à écouter des bribes de conversation téléphoniques, à s’abîmer les yeux sur des photos floues, des films de caméras de vidéosurveillance, des parcours sur des cartes, des itinéraires satellites qui démultiplient les pistes à l’infini.

Ainsi, Zero Dark Thiry révèle au grand public que le succès de la capture de Ben Laden revient essentiellement à une femme. Bien sûr, on ignore si elle existe réellement, ou si son personnage est une sorte de mélange de trois agents de la CIA qui existent bel et bien (Barbara Sude, Jennifer Matthews et Gina Bennett). On sait seulement qu’un militaire, dans son livre intitulé No Easy Day, fait précisément référence à une femme qu’il dénomme Jen. Pour interpréter le rôle de la cérébrale Maya, K. Bigelow a fait appel à Jessica Chastain, qui livre une magnifique performance. Évanescente, diaphane, sa silhouette vacillante comme une flamme dans la tempête  contraste avec la détermination et la force qui l’habitent. Elle incarne le personnage de Maya avec un savant mélange de froideur et d’intensité. Si bien qu’on ne peut imaginer aucune autre actrice le faire à sa place.

Kathryn Bigelow adopte un point de vue très intéressant sur cette traque. La véritable équipe était en grande majorité féminine. Mais elle refuse d’attribuer la réussite des recherches sur Ben Laden au fait que les femmes auraient quelque chose en plus (ou en moins) que les hommes pour mener ce type d’investigations. Elle montre simplement que cette femme là, Maya, est la meilleure, point barre. La scène où elle observe, impuissante, les deux hélicoptères décoller pour Abbottabad, est extraordinaire. Tout son travail, sa vie, repose sur ce groupe de soldats qu’elle ne connaît même pas. Elle est l’origine, le cerveau et la fin de cette mission. Les scènes finales de l’opération sont haletantes et sans aucun héroïsme déplacé. Filmées en mode minium de fusillades/maximum d’effet,  elles instaurent un climat de forte tension alors que l’on en connait parfaitement l’issue.

Peu importe les polémiques, Zero Dark Thirty est un film magistral, et Kathryn Bigelow est une grande cinéaste. Elle prouve à son tour qu’il serait aujourd’hui grand temps de féminiser l’expression « metteur en scène ».

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Django Unchained, de Quentin Tarantino, 2013

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Voilà la nouvelle livraison de Monsieur Tarantino. Quatre ans après Inglorious Basterds, il en remet une couche pour notre plus grand plaisir. Car il nous avait laissé un peu sur notre sur notre faim, avec son avant dernier film, tant il était jubilatoire. L’idée est peut être sacrilège, mais on aurait aimé qu’il dure une heure de plus, ou qu’il en fasse une suite. Mais Quentin Tarantino a fait mieux que ça : il a créé une sorte de « super Inglorious Basterds », plus long, plus fort, plus grand. Il n’est pas forcément de meilleure qualité, mais on en a en plus grande quantité. Oui, Django Unchained appelle forcément la comparaison avec son grand frère Inglorious. Le style, le sujet, la mise en scène, les personnages se répondent dans un écho permanent mais jamais assourdissant.

Le principe de base est le même : c’est une histoire de vengeance. L’action se déroule dans le Sud des États-Unis, à la veille de la guerre de Sécession. Django (Jamie Foxx), un esclave, rencontre un jour le docteur Shultz, un dentiste en reconversion professionnelle devenu chasseur de primes (Christoph Waltz). Ce dernier ayant besoin de lui pour débusquer ses nouvelles cibles, le libère, puis décide de l’aider à retrouver et venger sa femme Broomildha (Kerry Washington), esclave dans la plantation du puissant Calvin Candie (Leonardo DiCaprio).

Voilà pour le pitch, et le casting quatre étoiles.

Si ces deux films sont si plaisants à regarder, c’est qu’ils ne s’appesantissent pas sur la véracité du propos historique. Tarantino balaie immédiatement cette « entrave » d’un revers de la main, en usant d’un ton décalé et anachronique (première scène : la grosse molaire en carton pâte montée sur un ressort sur la carriole de Waltz). A partir de là, place au pur entertainment. Tarantino est tellement doué qu’il peut se permettre d’être manichéen à outrance, et ça ne choquera jamais personne. C’est même là toute l’essence comique de ses films. Ainsi, les méchants sont toujours plus méchants, et se font toujours dégommer par les gentils toujours plus gentils. Il étanche la soif de vengeance qui sommeille dans chaque spectateur. Dans Inglorious, tout le monde jubilait devant la facilité avec laquelle la bande des basterds, menée par Brad Pitt, scalpait du nazi à tour de bras. Dans Django Unchained, chacun se délecte de l’aisance avec laquelle Christoph Waltz et Jamie Foxx éclatent les cervelles de tous les blancs esclavagistes grâce à leur gâchette supersonique. On retiendra tout particulièrement le long affrontement verbal entre DiCaprio et Waltz pendant la scène du dîner (semblable à la scène de la taverne dans Inglorious Basterd, durant laquelle l’officier allemand découvre la supercherie). Les deux acteurs crèvent l’écran. Il est d’ailleurs intéressant d’avoir inversé les rôles (schématiquement, Dicaprio incarne généralement le gentil et Waltz le méchant).

Il n’y a aucune recherche de réalisme, dans le cinéma délirant de Tarantino, et ça soulage, ça fait du bien. La polémique sur sa vision de l’esclavage est donc par définition complètement caduque.

Bourré de second degré, rythmé, intense, Django Unchained est un film totalement exaltant. Tarantino, lui-même drogué au cinéma, nous rend à chaque film un peu plus addicts. Tout ce qu’on veut, c’est une autre dose.

 

 

Skyfall, de Sam Mendes, 2012 6 novembre, 2012

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© Sony Pictures Releasing France

Le revoilà, enfin. Quatre ans après l’aride Quantum of Solace, six ans après le palpitant Casino Royale, et 50 ans après le premier, James Bond contre Dr No, le plus célèbre des agents secrets britanniques est de retour.

Changement de style, dans Skyfall, le nouvel ennemi c’est Internet. James Bond 2.0 a effectué ses mises à jour. Terminées les intrigues archaïques post-Guerre Froide contre les Russes ou la Corée du Nord, la franchise adapte son scénario au nouvel ordre mondial : celui dans lequel les puissances occidentales n’arrivent plus à identifier l’ennemi, et font face à une menace diffuse et endémique, où le facteur risque ne provient pas d’une arme nucléaire mais d’un virus informatique.

Et puis c’est la crise. La boutique est en liquidation. Fini le déballage de gadgets et de haute technologie. Le nouveau Q (un jeune génie de l’informatique, interprété par le très pince-sans-rire Ben Whishaw) n’est plus le Père Noël. Pour tout cadeau, 007 reçoit un revolver codé à ses empreintes digitales et une radio. Côté voiture, on est bien loin de Casino Royale ou Meurs un autre jour, sortes d’annexes du Mondial de l’auto, avec leurs défilés de Lamborghini et de Porsche. Dans Skyfall, on revient à l’essentiel : la sublime et mythique Aston Martin DB5 (qui fête elle aussi ses cinquante ans), reprend du service.

L’artillerie lourde, on s’en passe aussi. Coincé dans les Highlands écossaises, 007 se retrouve armé d’un seul fusil de chasse, et M (oui oui) fabrique des bombes avec un peu de dynamite, des clous et des ampoules cassées. On supprime le kitsch et l’exotisme lourdingues, qu’on remplace par le charme gris et pluvieux de Londres et de l’Ecosse.

Daniel Craig, subtil et brutal à la fois, tel un tigre qu’on a envie de caresser mais pas d’énerver, a le costume de 007 désormais soudé à la peau. Javier Bardem, le méchant est redoutable. Décalé, névrosé, manipulateur comme le Chiffre et terrifiant comme Jaws, il parvient à s’imposer comme un personnage majeur de la franchise. Le rire, qui manquait un peu au personnage depuis que Daniel Craig en a revêtu le costume, est à nouveau au rendez-vous et conduit à cette conclusion : les anglais sont définitivement les rois de l’humour. Et peut-être aussi de la chanson. Le générique, gothique et crépusculaire, est bien servi par la magnifique interprétation d’Adele.

Mais le plus grand intérêt du film à mes yeux est de recentrer l’histoire sur la relation passionnante entre M et Bond. 007, c’est l’homme insaisissable, qu’aucune femme ne parvient à contrôler… exceptée M. Face à elle, James ressemble plus que jamais à un  garçon buté mais un peu contrit qui vient de faire des bêtises. La formidable Judi Dench crée à nouveau ce mélange savoureux  d’indifférence, de froideur et de cruauté, mais dissimule dans les tréfonds de son cœur un attachement fort pour son agent. Dans Skyfall, on la sent toujours plus déchirée entre sa névrose de perfection et de loyauté dans l’accomplissement de sa mission, et la mise en danger permanente de celui qui l’exécute, 007.

Austère, artisanal, dense et visuellement bluffant, Skyfall allie modernisme et retour aux sources : le mélange est décapant. Un cran au dessus, c’est certainement l’un des meilleurs films de toute la franchise.

 

 

De Rouille et d’Os, de Jacques Audiard. 20 mai, 2012

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Pas facile de parler d’un film qui, de 1, est très haut placé dans le palmomètre du Festival de Cannes, de 2 est pas mal placé dans le box office non plus, et de 3, est bien placé également dans l’échelle des chef d’œuvres. Ca fait beaucoup pour un seul film!

C’est quand même assez ahurissant, ce coup de force de réaliser un nouveau long métrage qui fasse quasiment oublier le dernier (Un Prophète), alors que celui-là même avait fait oublier tous les autres ou presque.

Voici donc l’histoire d’une rencontre entre deux êtres écorchés. Ali, père de famille à la rue, tente de survivre avec son gamin sur les bras, et débarque sur la Côte d’Azur où il est embauché comme videur dans une boîte où il rencontre Stéphanie, dresseuse d’orques au Marineland d’Antibes. Lors d’une représentation, un accident survient, elle tombe à l’eau et se réveille plus tard à l’hôpital amputée des deux jambes. Ils lient une relation diptyque, entre reconstruction et autodestruction. Ali, pour gagner de l’argent, se bat à main nue dans des combats clandestins, alors que Staphanie essaie de reprendre le dessus sur son corps diminué. Le coup de maître d’Audiard, c’est de faire d’un film qui s’annonçait atroce et laborieux une œuvre magnifique. Le miracle produit tient de la mise en scène, qui atteint par moments des états de grâce (la scène de l’accident, les scènes de combat…). La caméra d’Audiard est une sorte de prisme qui transforme l’obscurité en lumière et qui fait du film une sorte d’oxymore permanent. De fait, les scènes les plus dures sont marquées au fer rouge d’un lyrisme stratosphérique.

Les acteurs sont parfaits. Matthias Schoenaerts, c’est la grande révélation, et il interprète ce personnage avec un subtil mélange d’animalité et de sensibilité, comme un lion blessé. Marion Cotillard, a bien fait de revenir en France après quelques errements hollywoodiens. Elle est époustouflante. L’ensemble est bien servi par des seconds rôles bouleversants et par une BO aérienne, grave et incantatoire (notamment Wash de Bon Iver, et State Trooper, extrait du sublime album de Springsteen, Nebraska, ainsi que Firewater par Django Django pour le générique final).

En somme, De Rouille et d’Os, c’est de l’art brut, sauvage, brûlant, organique et gracieux. C’est du cinéma comme on aime, du cinéma puissant.

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Une vie meilleure, de Cédric Kahn. 28 janvier, 2012

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Il y a plusieurs catégories de films : ceux que l’on attend avec impatience, sont acclamés par la critique, et dont on est finalement un peu déçu. Et il y a ceux qu’on va voir un peu par hasard, parce qu’on s’est trompé sur l’horaire d’un autre film, et qui sont de vraies bonnes surprises. Une vie meilleure, c’est un peu ça, en ce qui me concerne.  Je ne connaissais pas Cédric Kahn, le réalisateur, et je ne connais pas beaucoup mieux Leila Bekhti depuis le succès de Tout ce qui brille. Et je ne suis pas non plus une inconditionnelle de Guillaume Canet, qui me laisse toujours un peu sur ma faim, un peu comme un DiCaprio à la française : je sais qu’il est très doué, mais je ne suis jamais complètement emballée. En voyant l’affiche, j’ai cru que c’était une comédie sentimentale niaiseuse.

C’est en regardant le crash-test du Grand Journal, accompagné de la bande annonce, que je me suis dit que ça valait peut être le coup. Au final : aucun regret.

Yann est cuisinier dans une cantine, Nadia serveuse et mère célibataire, du moins jusqu’à leur rencontre. Ils tombent très amoureux, et lors d’une promenade à la campagne, ils ont un coup de cœur pour un vieux restaurant en ruine près d’un lac. Leur rêve d’acheter le lieu et de lancer leur propre entreprise prend forme peu à peu. Ils contractent un prêt immobilier, et, sans apport personnel, se lancent dans une manœuvre périlleuse pour glaner l’argent qui leur manque : cumuler plusieurs crédits revolving, sorte de prêts à la consommation. Les travaux commencent, le rêve devient réalité… Mais, juste avant l’ouverture, un problème de mise-aux-normes survient. Peu à peu, tout s’écroule. Yann et Nadia plongent dans la spirale infernale du surendettement, une proposition de travail au Canada les sépare,  et Yann se retrouve seul avec l’enfant sur les bras. A partir de là, il perd pied et glisse dans une sorte de terrible descente aux enfers. Guillaume Canet est excellent. Il interprète sans hésitation et sans fioriture un personnage qui se débat au quotidien, avec acharnement et dignité, comme un animal blessé, prenant peu à peu conscience qu’il est totalement pris au piège. Dans le contexte social et économique actuel, c’est un film qu’il faut voir sans recul, tel quel. Il raconte la vie de tous ceux qui ont tenté de vivre une vie meilleure, mais qui se sont fait rattraper par la dure loi d’un système qui ne donne pas sa chance à tout le monde. Très bien mis en scène, Une vie meilleure est un film étonnant. Noir, rude, tendu, c’est un drame social particulièrement bien mené par Cédric Kahn, qui pourrait bien devenir le Ken Loach de chez nous.

 

 

Le Cahier, de Hana Makhmalbaf. 2008. 25 octobre, 2011

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Quelques mots sur ce bijou du cinéma moyen-oriental, sorti il y a deux ans de cela.

Je connais très mal le cinéma  iranien, et pour cause, on ne peut pas dire qu’il soit des plus populaires.

Mais le conte que nous livre ici la réalisatrice est assez incroyable. J’ai découvert le film il y a un an environ, en faisant des recherches pour un séminaire sur l’Afghanistan dans le cadre de mon master. Par curiosité, j’ai commencé à regarder le début, dans un état d’esprit « bon, ok,  juste pour voir… »

Mais je me suis rapidement faite happer par l’histoire. On suit le parcours de Bakhtay, une jeune afghane, d’environ 7 ans, qui vit dans un village isolé des montagnes d’Afghanistan. Le site en lui même est sublime, et tragiquement connu pour ses statues gigantesques de Bouddhas qui avaient été dynamitées par les talibans en 2001. Bakhtay garde tous les jours son petit frère à la maison, jusqu’au jour où elle entend son petit voisin lire un livre. Fascinée par l’histoire, elle se met en tête d’aller elle aussi à l’école pour apprendre à lire. Mais pour cela, elle doit trouver le moyen de s’acheter un cahier. Par delà cette quête enfantine, elle devra surmonter également les obstacles dus à sa condition non pas d’enfant, mais de femme, au milieu d’un néo-fondamentalisme islamiste ultra-répressif.

La réalisatrice transcrit ici un magnifique conte, mettant en scène des enfants non-acteurs, qui créent des instants de pureté aussi bien que de cruauté terrible. Évidemment, tout est une parabole dans ce film. Le petit univers des enfants est un modèle réduit de l’état dans lequel se trouve l’Afghanistan. Les jeux des gamins sont les reflets des séquelles laissées par les américains et par les talibans. C’est une analyse fine et (très) émouvante, qui ne s’encombre pas d’une morale superflue ou de détails inutiles. Bref, le Cahier (Buddha collapsed out of Shame, en anglais), est une vraie réussite.

 

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Polisse, de Maiwenn/ 21 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 20:13

 

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Ce n’est vraiment pas facile de faire la critique d’un film qu’on a adoré, parce qu’on a tellement de chose à en dire qu’il est difficile de synthétiser, et qu’on ne sait jamais par quoi commencer.

Dans ce film, on suit le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs de Paris-nord. Pas vraiment de fil conducteur, hormis l’arrivée dans la brigade du personnage de Maïwenn, photographe, mandatée par le ministère de l’Intérieur pour faire un livre de photo. Alors c’est vrai, c’était gagné d’avance pour moi puisque Polisse, c’est un film d’acteurs, et que j’adore les films d’acteurs. Mais c’est aussi plus que ça. C’est tout une science du  rythme, effréné, un montage saccadé qui ne laisse pas de place aux temps morts, parce que dans ce métier, l’attente, c’est la mort justement (d’un enfant disparu qu’on ne pourra pas retrouver, d’un autre qui se fait agresser en attendant que quelqu’un arrive…). Un rythme binaire construit donc l’histoire, passant sans transition de la sphère du boulot à la sphère privée, et très souvent des larmes aux rires. Le plus fort, c’est quand les choses s’inversent, bien sûr.Alors oui, ça peut paraître trop simple, trop manichéen, et tirer des ficelles un peu trop grosses. Maïwenn ne fait pas dans la dentelle.

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Elle ne fait pas dans le cérébral, et réalise un film qu’on regarde non pas avec sa tête mais avec ses tripes. En même temps, je pense que traiter de sujets aussi forts que la pédophilie, le proxénétisme ou  le viol avec des pincettes aurait relevé d’un certain pédantisme intellectuel parfaitement inutile. Ca peut paraître facile de faire pleurer en faisant le coup de la mère célibataire sans papiers qui décide de céder son enfant aux services sociaux, ou de l’extraction d’une bande de gamins qu’on arrache à leurs parents accusés de proxénétisme dans un camp de manouches. Mais c’est la vérité, et le tout est traité de façon tellement intelligente et sans misérabilisme que ça marche à tous les coups. Parce qu’il n’est pas question de flic super-héros ici, mais de pauvres âmes perdues qui tentent de faire du cas par cas, rongées par le remords de ne pas avoir de vision d’ensemble, et par leurs existences personnelles brisées. Pour incarner tout ça, une bande d’acteurs hors du commun. La clé, pour moi, c’est le binôme Karin Viard – Marina Foïs. L’une se bat encore pour sa vie, et semble perdue, l’autre semble tenir le cap mais a déjà abandonné au fond d’elle-même. La scène où elles entrent en conflit est ultra-violente. Karin Viard donne tout, sort de ses gonds, alors que Marina Foïs subit la déflagration de plein fouet. Le moment qui suit cette scène, lorsque tout le monde s’active pour passer l’éponge et remettre de l’ordre en plaisantant, montre une performance d’actrice hallucinante. La bande son est coupée pendant quelques secondes, et on voit Marina s’assoir lentement, décomposée, comme si elle venait de se prendre un balle en plein cœur.

 

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Les autres comédiens apportent chacun une touche personnalisée au film avec leurs histoires. L’une vit un divorce très douloureux, l’autre n’arrive pas à tomber enceinte et sombre dans l’anorexie, une autre se bat avec l’alcool, les couples battent de l’aile, d’autres n’arrivent pas à se créer. Joey Starr crève l’écran, même dans un rôle stéréotypé de gros dur au cœur tendre. La séquence où il assiste à la séparation d’une mère et de son enfant révèle toute sa puissance de jeu. Duvauchelle, blafard, est perpétuellement au bord de l’implosion. Notamment lorsqu’il interroge un homme proche du pouvoir accusé de viol sur son enfant, qui passe aux aveux avec une fierté infecte en sachant qu’il passera entre les filets de la justice. Ceci vient poser les questions de l’égalité devant la justice bien sûr, mais surtout de la différence entre la loi, et la morale. La courte apparition de Sandrine Kimberlain qui joue la femme du monstre est bouleversante. Le tout rend les acteurs très attachants, et Maïwenn les filme si bien. Sans maquillage, avec une lumière crue, les traits tirés. C’est le parti pris d’un film ambiance documentaire, filmé sans voyeurisme. D’ailleurs, elle élimine cette potentielle accusation en jouant le rôle de la photographe, qui est elle-même accusée de donner dans le spectacle de la misère par le personnage de Fred. La seule chose que je lui reproche c’est de ne pas arriver à lâcher son rôle d’actrice. Son histoire d’amour avec le personnage de Joey Starr n’apporte rien au film, et me donne l’impression (puisqu’elle se mettait en scène avec lui également dans Le Bal des actrices) qu’elle profite de ses films pour créer cette relation fictive avec lui. Mais jusque là, j’adore ses trois long-métrages, même si son cinéma est très jeune, et il me tarde de voir ce que ça donnera dans quelques années quand elle aura pris de la bouteille.

La fin du film, c’est un état de grâce et un choc intense. Il est certain que le tout n’est pas parfait, loin de là, mais c’est un film coup de poing, ça fait du mal et c’est ça qui est bon.

 

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Benda Bilili!

Classé dans : Films coups de coeur,Placard à archives — elsalauravietnam @ 20:02

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Comme le titre de leur premier album, le film Banda Bilili est Très Très Fort.

Il commence dans la poussière des rues défoncées et fumantes de Kinshasa, la chaotique capitale de République Démocratique du Congo. Un groupe de musiciens éclopés y traînent leur misère et leurs rêves sur leurs vélos triporteurs rouillés ou des vieux chariots, qu’ils font avancer à la force de leurs bras.

Curieux, je me suis dit en regardant les premières scènes du film. Car la dernière fois que j’avais entraperçu le groupe, ils portaient des smokings impeccables et enflammaient la foule sur le plateau de Denisot au Festival de Cannes.

Effectivement, c’est un gouffre qui sépare ces deux scènes. Un gouffre dans lequel nous plonge le documentaire de Renaud Barret et Florent de la Tullaye. Ils les ont suivis pendant cinq longues années, des dortoirs pourris en Afrique à leur tournée européenne.

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Au début, il y a Ricky. Un sexagénaire paraplégique fou de musique, qui joue comme il peut avec quelques uns de ses amis d’un dispensaire pour handicapés. Avec une seule pauvre guitare acoustique qui ressemble plus à une cagette de mandarines qu’à une guitare, ils jouent. Toute la journée, ils se fabriquent des instruments avec les déchets qui jonchent le sol. Et à partir de cet amas d’objets abandonnés, ils créent des rythmes de rumba afro endiablée. Et pourtant, je ne suis pas du tout une inconditionnelle des musiques urbaines ou des rythmes africains. Le fil conducteur de l’histoire, c’est Roger. Au début, c’est un gamin de douze ans, qui dort sur le sol dans les rues. Roger ne parle presque pas, il n’ouvre pas la bouche, parce qu’il n’a aucune raison de sourire. Il est tout seul, et il serre très fort contre lui son satongé, une boite de conserve sur laquelle sont accrochés un morceau de bois et un fil, avec lequel il construit des tonnes de mélodies différentes. C’est le son qui manquait au groupe de Ricky pour sortir du lot, et ce dernier le prend sous son aile. Ils répètent à longueur de journée sur leur coin de trottoir crasseux, et le soir, ils retournent dormir, dans leurs cartons. Leurs seules armes pour survivre : leur talent et leur optimisme sans faille.

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Puis, Renaud et Florent arrivent à leur arranger une rencontre avec une maison de disque de Kinshasa. Il s’en suit la réalisation du rêve qui les habite tous : le défi de leur vie, aller en Europe pour donner des concerts. Il en résulte une des scènes les plus fortes que j’ai vues : les Benda Bilili débarquent en plein après midi sur la scène des Eurockéennes. Devant eux : un immense terrain vague, et deux ou trois « lève-tôt » égarés. Ils s’installent, avec leurs « meules » tordues et leurs instruments poubelles, dans la bonne humeur, en riant, comme au pays, comme si de rien était. « Tu vas voir, lance Ricky, avec son fort accent congolais : après le concert, tu vas chopper plein de chéries ! » Ce qui suit est incroyable. En trente secondes, le bouche à oreille circule, et des centaines de  personnes se transforment en une foule en délire.

Violent, intense, magique, ce film est une vraie claque. Aucune morale, encore moins de compassion, c’est du courage et de la force à l’état pur. Comme le dit un des gamins d’une dizaine d’année qui traîne dans le groupe, à son copain, après que le dispensaire ait brûlé: « Tu sais, un homme n’est jamais vraiment fini avant la fin ».

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La Vida Loca, de Christian Poveda. 15 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 17:48

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« On vit pour tuer, on tue pour vivre ». C’est ce qu’explique un adolescent, gringalet, peut être pas encore dix-huit ans. Et pourtant, des 18 il en a à la pelle. 18 sur le torse, 18 sur les joues, 18 sur le front. Il est couvert de tatouages. C’est le signe de son appartenance, ou plutôt de sa soumission aux Maras 18, un des deux gangs les plus violents du Salvador. Petit pays d’Amérique centrale, oublié du reste du monde. En moyenne 10 jeunes sont tués par jour dans les quartiers chauds de San Salvador. Sans raison réelle, un regard de travers, une conversation qui dérape. Absurde, donc. Comme si les anciennes civilisations pré-colombiennes avaient perpétué les traditions de sacrifices humains. Comme s’il fallait chaque jour verser sur le goudron brûlant des rues crasseuses suffisamment de sang. 

Le film de Poveda montre le quotidien de ces jeunes combattants des rues. Depuis 20 ans, ils se livrent une guerre sans merci et sans but. Une guerre qui est née dans les rues de Los Angeles au début des années 1990, et qui a été importée ici lorsque les hommes sont rentrés au pays, ramenant avec eux toute leur rancœur. Les Maras, comme ont les appelle, sont divisés entre deux gangs rivaux, les Maras Salvatrucha et les Maras 18. Ce sont ces derniers que le réalisateur de ce documentaire a réussi, avec l’accord du chef du gang, à filmer pendant un an. Le film repose sur l’imbrication de plusieurs histoires, le parcours de jeunes salvadoriens qui ont tous un point commun : ils meurent avant la fin du film. L’histoire est donc ponctuée de très violents fondus au noir agrémentés à chaque fois du nombre de coup de feu qui ont tué la victime. Puis, l’image réapparait, souvent la même : un corps dans le caniveau, que l’on emballe dans un sac poubelle. On s’attache à chaque fois à suivre les histoires des gens, avant qu’ils soient arrachés à la vie et au film, et que l’on n’entende plus jamais parler d’eux. On marche dans les rues de la ville, on les suit, allant à la fête d’un copain ou à l’enterrement d’un autre, rendant visite au juge pour mineur, se faisant tatouer, s’investissant dans un commerce de boulangerie avec ONG, vacant à différents trafics d’armes ou de drogue.

Un air de désespoir plane, derrière la musique entêtante et envoutante des Tres Coronas. La vision d’une impasse lugubre située au fin fond d’une zone de non droit, abandonnée par les pouvoirs locaux dont le rôle est purement punitif. Et cette question, du juge, qui s’adresse à un délinquant sur le fil du rasoir : « comment voulez-vous que les autorités fassent respecter les droits humains si vous-même ne le faites pas ? »

La Vida Loca est le témoignage de la misère, sans morale, qui va au-delà de l’engagement et du courage, jusque dans la mort, puisqu’il a coûté la vie à Christian Poveda, son réalisateur. Pris pour un indic, il a été tué par balles quelques jours avant la sortie en salle du film.

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Sweet Sixteen, de Ken Loach. 13 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur — elsalauravietnam @ 19:35

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Je ne suis pas une fine connaisseuse du très prolifique réalisateur anglais Ken Loach, mais je suis régulièrement cueillie par ses films, notamment depuis le magnifique Le Vent se lève. J’aime sa façon de raconter son pays, l’acuité avec laquelle il fait l’analyse sociologique des évènements historiques ou des milieux défavorisés. C’est dans une banlieue sinistrée par le chômage près de Glasgow en Ecosse que se situe l’action de Sweet Sixteen. 

Liam, 15 ans, ne va bien sûr plus au lycée, et y vit en montant de petits trafics et en squattant tantôt chez des copains, tantôt chez sa grande sœur, célibataire avec un bambin sur les bras. Leur mère, sous l’influence de son petit ami, un caïd local, purge sa peine de prison. Pour sa sortie à venir, Liam se met en tête de lui acheter une caravane loin du béton avec vue sur la baie. Pour cela, il décide de passer à la vitesse supérieure, et se lance dans le trafic de cocaïne.

Il est difficile de se motiver pour regarder un film de Loach un soir de semaine après le travail sans se dire « Pfff, soirée déprime, la flemme ! et si on se re-matait plutôt Love Actually ? ». Et pourtant, il est important de tenir le coup, parce qu’au final, au moment d’aller se coucher, on se dit toujours : « ça c’est du vrai cinéma. »

Et tout est dans le mot « vrai ». C’est ce qui résume le mieux la filmographie de Loach, et plus particulièrement Sweet Sixteen. Ultra réaliste, caméra embarquée, il nous entraîne dans la grisaille des banlieues misérables au fil des aventures de Liam. La boule au ventre, on le voit se faire irrésistiblement aspirer par la pègre locale dans une descente aux enfers. On vit réellement l’angoisse qui saisit les tripes de Martin Compston, l’acteur principal, et comme lui, on a la rage au ventre pour qu’il s’en sorte. Viscéral, donc, c’est le mot qui qualifie cette analyse sociologique de la misère qui frappe les anciennes villes industrielles du pays. Et aucun lieu commun, aucun cliché, pourtant, ne vient créer du misérabilisme. D’ailleurs, ce n’est pas la pègre, qui finit par piéger le jeune combattant des rues. C’est sa propre famille, la motif de tous ses espoirs, et paradoxalement de sa perte. Sa mère, junkie, soumise à son dealer/amant, et sa sœur qui n’en peut plus de nettoyer les plaies (au propre comme au figuré). La scène clé, la voici : Liam va rendre visite à sa mère en prison, et se fait embarquer par le petit ami de celle-ci, Stan, trafiquant de drogue. Ce dernier lui donne des mini doses d’héroïne, lui demande de les cacher dans ses gencives, et lui ordonne de les faire passer à sa mère au parloir. C’est le déclic, Liam fait capoter le plan, et se fait rouer de coups par son beau père, qui le laisse sur le bord de la route. C’est là que surgit l’instinct de survie, qui le fait aller flirter avec la mort.

En somme, une fois de plus, le cinéma de Ken Loach c’est celui qui marche sur la corde raide, mais qui contrairement aux personnages qu’il fait vivre, ne dérape jamais.

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