Page ciné d’Elsa

Bienvenue sur mon blog

 

Toutes nos envies, de Philippe Lioret 17 avril, 2012

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 19:26

Toutes nos envies, de Philippe Lioret dans Placard à archives 19777518.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20110713_025416-225x300

Tout commence un matin, à la sortie d’une école primaire. Claire (Marie Gillain), une jeune maman, vient chercher sa fille Mona, et se fait interpeller par Céline, elle aussi venue chercher ses enfants.  « Je suis la maman de Léa. C’est vous qui avez donné les 12 euros la sortie scolaire ?, lui demande t elle ? Je suis désolée mais je ne fais pas la manche madame. » Une scène gênante, mais rien de grave en apparence. Jusqu’à ce que Céline se retrouve par hasard au tribunal face à Claire. La première est endettée à hauteur de 18 200 euros exactement, et la seconde est la juge qui instruit son dossier. Le litige l’oppose à une société de crédit et 5 autres créanciers. Entre crédits à la consommation et pénalités de retard, Céline a la corde au cou. Parallèlement, Claire apprend qu’elle est condamnée par une tumeur au cerveau inopérable. Elle décide de garder son secret pour elle, préserver le bonheur de sa famille et s’engager à corps perdu dans une procédure contre les sociétés de crédit pour sauver la famille de Céline. Pour cela, elle fait appel à un juge chevronné habitué de ce type d’affaires (Vincent Lindon). Ils lient tous les deux une relation très forte.

19805551.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20110902_023000-300x199 dans Placard à archives

Toutes nos envies sentait à plein nez le mélo facile et illustratif… mais pas du tout. C’est un regard touchant et réaliste porté sur le surendettement, ses victimes et ses combattants. Il alterne de façon habile entre l’histoire personnelle de Claire, qui lutte pour la vie d’une autre mais pas pour la sienne (elle refuse tout traitement), et l’avancée de l’affaire contre les sociétés de crédits qui condamnent Céline. On évite donc la lourdeur solennelle des films de tribunaux et le côté pathos  des drames sociaux. Les acteurs sont admirables. Vincent Lindon en vieux juge désenchanté qui retrouve la foi en la justice, est touchant. Marie Gillain, en jeune juge pyromane, est bouleversante, et trouve enfin ici un premier rôle à la hauteur de son talent. Alors le résultat est assez singulier. Certes, c’est un petit film. Il n’a pas l’intensité des films-dossiers/thrillers politiques dont je raffole (type Erin Brokovitch de Soderbergh ou Révélations de Mann), mais c’est un beau film. Il dénonce le harcèlement à l’encontre des personnes précaires, les mises en demeure, les expulsions, les contrats de souscription truffés d’irrégularités… Mais il dénonce aussi et surtout les incohérences flagrantes du système judiciaire français (Claire qui fait l’objet d’une requête pour suspicion légitime et écope d’une procédure disciplinaire alors qu’elle fait simplement son travail). Car comme le dit Lindon, « le crédit c’est la consommation, et la consommation c’est le système. On n’y touche pas. ». Toutes nos envies est un drame doux-amer et pertinent, et j’aime ça.

19805555.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20110902_023141-300x20019805545.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20110902_022901-300x199

 

 

L’exercice de l’Etat, de Pierre Schoeller (2011) 16 mars, 2012

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 18:35

L'exercice de l'Etat, de Pierre Schoeller (2011) dans Placard à archives 19796503.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20110816_015804-225x300

 

C’est le film politique qu’on attendait depuis un petit moment dans le cinéma français, et il comble assez bien les attentes.

L’exercice de l’Etat raconte la vie d’un ministre des transports, un certain Bertrand St Jean au sein d’un gouvernement fictif (mais qui fait indirectement référence au gouvernement actuel). St Jean est sur la sellette, et pour cause : après avoir fait une campagne de communication en mode « Je ne serai pas le ministre de la réforme du statut des gares », Bercy (et Matignon) le poignardent dans le dos et annoncent… la réforme du statut des gares. Le dilemme (schématiquement) du personnage est donc celui-ci : rester fidèle à ses convictions politiques, démissionner et avaler son chapeau, ou bien éjecter les pions importants des son cabinet, rester en place et avaler une bouteille de whisky pour faire passer la pilule.

Pour mener la réforme, une bonne équipe : Olivier Gourmet (St Jean), Michel Blanc (le directeur du cabinet), et Zabou Breitman (parfaite en dircom, Pauline). Le tout est un film dont les séquences s’enchaînent à tambour battant, entre déplacements sur le terrain, réunions, points presse, débriefings,  guerres interministérielles, matinales radio, le tout sans perdre l’art de la langue de bois et en conservant son image. Car c’est de ça qu’il s’agit, d’image, pour rattraper 5 points de sondage par ci et désamorcer le conflit social par là. Une des scènes clés, c’est le dialogue entre St Jean et Pauline, son ex-femme et conseillère en communication. La scène se déroule dans une voiture après une rencontre secouée avec les syndicats qui montent au créneau. : « Ton seul problème, c’est que tu es flou. Tu es un objet politique non identifié, tu n’as pas d’image, pas d’histoire, lui reproche-t-elle. – Alors à quoi je te paye depuis deux ans ? Je pourrais te virer, ce serait le début de l’histoire, lui répond le ministre. »

L’intérêt ne se situe donc pas dans le discours politique ou dans un quelconque militantisme, mais dans une sorte d’étude sociologique menée avec une précision assez chirurgicale du fonctionnement du pouvoir. Pierre Schoeller réalise donc un bon film politique, habile, haletant, bien écrit, avec des dialogues savoureux à souhait.

 

 

Hunger, de Steeve McQueen. 6 décembre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 12:42

 

hunger.jpg

Débriefing sur Hunger (2008). 

Avec la sortie imminente de Shame mercredi prochain, qui fait déjà pas mal de buzz, je me suis dit qu’il fallait que je me mette à jour sur le cas Steeve McQueen/Michael Fassbender. 

Hunger relate l’histoire de Bobby Sands, un républicain Irlandais membre de l’IRA, détenu dans une prison d’Irlande du Nord avec de nombreux autres prisonniers politiques. Le film se passe en 1981, durant les 6 semaines qui précèdent la mort de Bobby Sands, pendant l’épreuve de force qui opposa Margaret Thatcher aux prisonniers. Le mouvement est déclenché par le refus du gouvernement britannique d’accorder aux membres de l’IRA le Special Category Status, le statut de prisonnier politique. Ils deviennent ainsi des criminels de droit commun, et se voient privés de nombreux droits civiques et politiques. Afin de protester, après une grève de l’hygiène, Bobby Sand lance une grève de la faim, suivie au fur et à mesure par les autres codétenus (dont 10 sont morts aussi) 

J’ai toujours été sensible à la question du conflit en Irlande du Nord, qui a été largement exploitée au cinéma, et souvent de façon magistrale (Le vent se Lève, Au nom du père, Bloody Sunday, Michael Collins…). Mais Hunger ne ressemble à aucun autre long-métrage du genre. 

Bien sûr, c’est un film coup de poing, écorché, insupportable. La première partie du film est atroce. Elle décrit les conditions de vie des prisonniers, les tortures, les mauvais traitements. Un style radical, une esthétique dénudée et glauque, et une absence totale de musique constituent la mise-en-scène jusqu’au-boutiste adoptée par McQueen. Puis, Michael Fassbender apparait. Enfin, on suppose, on a des doutes, on s’interroge. Méconnaissable, il ressemblerait au fantôme de lui-même, complètement squelettique, ayant perdu 14 kg pour le rôle. Il surgit dans une scène cathartique de torture, comme possédé. 

hunger17.png

                  hunger07.jpg

Mais le coup de maître n’est pas là. Il se situe au milieu du film, dans la scène de dialogue entre Bobby/Michael et le père Dominic Moran (Liam Cunningham). C’est un long plan séquence de 17  minutes (j’ai compté). Bobby annonce à Moran son intention de commencer une grève de la faim, et ce dernier tente de l’en dissuader, ce qui donne naissance à un dialogue sublimement écrit. Le personnage de Bobby explique que c’est la seule issue possible, pour  que ces siècles de combat ne soient pas vains. Moran, en homme de foi, se préoccupe de savoir si c’est du pur suicide ou non, et explique que la solution politique n’est pas dans la mort mais dans la négociation. 

-          So what’s your statement by dying ? demande-t-il à Bobby. Just highlighting British intransigence, so fucking what? Are you looking for martyrdom? 

-         No. You think God is gonna punish me?, répond Bobby. 

-         Well if it’s not for the suicide, He’d have to punish you for your stupidity.

-         And you for your arrogance. Cause my life is real life. Not some theological exercise. You need the revolutionaries. You need the cultural political soldier to give life a pulse. Freedom is everything. It’s a time to keep your beliefs pure. I believe that united Ireland is right, and just. Putting my life on the line is not the only thing I can do, Don. It’s the right thing.” 

Posant donc des questions fondamentales, Steeve McQueen signe ici un très grand film politique. C’est une douloureuse piqûre de rappel, qui montre ce que c’est que d’avoir des convictions, des vraies, dans un monde où les rares qui en ont encore sont obligés de dire à tous les autres: « Indignez-vous ! »

504box348x490.jpg

 

 

 

28 jours plus tard VS 28 semaines plus tard. 29 novembre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 16:50

28jours.jpg  28semaines.jpg

Après la déception causée par le très mollasson Contagion, je me suis lancée dans une quête de films d’anticipation/catastrophe bactériologique. Le diptyque 28 jours/28 semaines plus tard offre, dans ce style, un cinéma un peu plus secoué.

Le concept est simple : 28 jours plus tard est le premier des deux volets, chronologiquement. Tout commence à Londres, lorsque qu’un groupe d’activistes fait irruption dans un centre de recherche et libère des singes de laboratoire, porteurs d’un virus extrêmement contagieux (par la salive et le contact du sang contaminé). Lorsqu’un être humain contracte le virus, il est immédiatement animé d’une rage incontrôlable. En 28 jours, les stades exposition/infection/épidémie/dévastation sont atteints. L’Angleterre n’est plus qu’un no man’s land. Les hommes se sont tous entretués, et les plus chanceux ont été évacués. Il ne reste qu’une poignée de survivants, qui fuient les contaminés restants. Pendant ce temps, Jim était dans le coma suite à un accident survenu avant la pandémie. Le film suit ce personnage, son réveil, sa rencontre avec quelques autres survivants et leur fuite vers un camp militaire reculé dans les environs de Manchester, où les tous les autres survivants se seraient regroupés.

28 jours plus tard est un film purement terrifiant et cauchemardesque. Danny Boyle emploie tout son art pour revisiter le film de zombies. Il agrémente le tout d’une morale atroce sur l’espèce humaine, sur les réactions des uns et des autres en temps de fin du monde. Les premières scènes du film sont saisissantes : on suit le personnage de Jim, errant dans les rues désertes, poussiéreuses et silencieuses, passant dans tous les lieux emblématiques de Londres (Big Ben, Westminster, Piccadilly, Tower Bridge…). Les plans aériens ou filmés à la grue, éclairés d’une lumière apocalyptique grise et jaune, avec pour fond la montée en puissance du son-thème de John Murphy, In a heartbeat, sont magistraux. Le reste du film est complètement survolté, glauque, violent et très, très gore. Cillian Murphy (précédemment vu dans Le vent se lève, de Ken Loach), qui joue Jim, est viscéralement habité par la peur, comme nous. Il est déchiré entre la raison et la bestialité qui l’anime pour se défendre. La scène où le groupe doit changer une roue de la voiture, coincé dans un tunnel assailli par des contaminés, c’est de l’adrénaline en intraveineuse.

28dayslatercillianmurphy.jpg  28days1.jpg

28 semaines plus tard, c’est la suite du premier, donc, réalisée par (plus ou moins) la même équipe, mais pas les mêmes acteurs. On échange un irlandais (Cillian Murphy) pour un écossais (Robert Carlyle, avec un accent pas plus compréhensible mais une interprétation non-moins efficace). Ce deuxième volet est malgré tout assez différent du premier dans sa mise-en-scène. 28 semaines plus tard, la pandémie est vaincue. L’Angleterre est placée sous la tutelle des Etats-Unis, dont les forces armées ont pour mission de reconstruire et repeupler les villes. On suit cette fois le parcours d’une adolescente et son petit frère qui reviennent à Londres et se réinstallent avec leur père. Mais bien sûr, le virus ressurgit. Comme dans un effet miroir avec le premier film, qui commençait dans le chaos et finissait dans le calme, le premier commence dans le calme avant que ne ressurgisse le chaos. On sent que  le réalisateur Juan Carlos Fresnadillo a bénéficié du succès du premier film, et qu’il devait avoir le double de budget. Les effets spéciaux sont calibrés en conséquence, donnant plus de spectacle et moins de réalisme. Londres bombardé au Napalm, snipers US en embuscade qui tirent à feu nourri sur la population… On dérive par moments vers un mélange de Call of Duty et Resident Evil, que certains ont trouvé grotesque. Mais un scénario inventif relève le niveau global assez bas : je garde la scène ou le gamin sert de chèvre au groupe et court dans une impasse pour révéler la position d’un sniper. Je valide celle où les soldats américains enferment à double tour dans un hangar sans lumière un bon millier de civils pour les protéger… sans savoir qu’un contaminé y est entré aussi. L’effet domino qui s’en suit est juste terrifiant.

Deux films à la fois très efficaces donc, novateurs mais grossiers par moments. J’aime cette vision de fin du monde, l’absence de morale, la victoire par chaos de la lâcheté et de la cruauté des hommes, et le portrait peu flatteur des forces armées, à l’inverse des films hollywoodiens type Michael Bay. Oui, c’est gore, ça plait aux ados, mais ce sont aussi deux films à très, très haute tension.

18766492r640600b1d6d6d6fjpgqx20070510111602.jpg 18766496r640600b1d6d6d6fjpgqx20070510111637.jpg

 

 

Apocalypse Now vs Platoon. 14 novembre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 11:23

apocalypsenow1.jpg platoon1.jpg

J’aime beaucoup les films de guerre, et le duo « spécial Vietnam » Apocalypse Now/Platoon est un poids lourd en la matière. Francis Ford Coppola et Oliver Stone sont deux très grands réalisateurs, bien sûr, et leur travail est titanesque dans les deux cas. Je ne vais donc pas m’appliquer à faire une analyse très poussée sur les deux films, car cela représente un travail trop important, ni les comparer car ils ne sont pas comparables.  Mais j’ai revu ces deux long-métrages il y a peu de temps, et l’émotion a été aussi forte que la première fois.  

Le premier, Apocalypse Now, est un des plus grands films de l’histoire du cinéma de l’avis de beaucoup de monde. Avec un tournage aussi apocalyptique que le sujet du film, il a fait couler beaucoup d’encre. Magistralement filmé, magistralement éclairé et interprété, il est la quintessence de ce que l’on pouvait faire avec les moyens de l’époque (1979). Marlon Brando est bien sûr aussi puissant que longue est l’attente avant son apparition mystique au fond de la jungle cambodgienne. La version longue du film offre notamment une scène excellente, celle de la plantation française, avec un dîner interminable où le débat politique fait rage et pose des questions aussi pointues que sensibles. Martin Sheen est magnifique, physiquement et dans son jeu. La scène d’ouverture est pour moi une des scènes les plus fortes du cinéma : un long plan fixe sur la jungle paisible, avec pour fond sonore The End des Doors. Et soudain, une nuée ardente de napalm transforme ce paradis en enfer. La fin du film est une transe absolue, qui nous plonge dans la folie meurtrière des hommes, des indigènes, des américains, jusque là tapie au fond des temples fumants, dans les méandres du cours d’eau que remonte l’équipage de soldat jusqu’au Cambodge. Bref, Apocalypse Now est cérébral, contemplatif, romantique, intense, c’est un vrai chef d’œuvre.

apocalypsenow51.jpg  apocalypsenow14g1.jpg

Dessus, Sam Bottoms (Lance), et dessous, Martin Sheen (Capitaine Willard), Apocalypse Now.

Platoon est un film plus violent, plus sauvage, moins cérébral, quoi que la voix off de Charlie Sheen pose des questions très intéressantes sur l’absurdité de cette guerre. Plus récent (1987), c’est le fils de Martin qui reprend le flambeau du rôle principal, ce que j’ai toujours trouvé émouvant et insolite à la fois. Oliver Stone en est un vétéran au moment où il réalise le film, donc il sait de quoi il parle. Et le réalisme de sa description est impressionnant. Dans Platoon, on s’y croirait, tout simplement. On assiste à la déchéance  d’un régiment d’infanterie envoyé au cœur de la bataille contre les Viêt-Congs en 1967. On les observe, errer comme des âmes en peine, sur un terrain bien connu de l’ennemi, et où ils s’égarent jour après jour davantage. Perdu dans la forêt primaire, sous la pluie, bouffés par les insectes, ils meurent sous leurs propres bombes, et finissent par s’entretuer à cause de leurs divergences, par faute d’un commandement cohérent des élites politiques et de l’Etat major américain. J’ai adoré la performance de Willem Dafoe, qui joue le sergent Elias, et sa clairvoyance : « Nous allons perdre cette guerre, dit-il à Taylor (Sheen). – Et pourquoi ?, répond ce dernier. – Parce que ça fait trop longtemps qu’on fout la raclée à tout le monde. Cette fois-ci, c’est notre tour. » Bref, Platoon, c’est un film à haute-tension, surpuissant, remarquable.

12832454gal1.jpg  goblinplatoon.jpg

A gauche, Willem Dafoe (Elias), et à droiten Tom Berenger. Deux sergents, deux visions différentes de la guerre pour un même régiment. Platoon. 

Deux points de vue différents (américains malgré tout), adoptés sur un des évènements les plus dramatiques du 20ème siècle.

Mais dans tous les cas, ce sont deux films extraordinaires, pour un public averti.

  

annexbrandomarlonapocalypsenow101.jpg

Marlon Brando sur le tournage d’Apocalypse Now.

 

 

La Cité de Dieu, de Fernando Meirelles, 2002. 26 octobre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 11:27

lacitdedieu.jpg

Nombreux sont ceux qui ont détesté le film de Fernando Meirelles, pour le traitement du sujet un peu douteux. Moi je le trouve réussi.

La Cité de Dieu, c’est la favela brulante de Rio de Janeiro dans les années 1960/1970. Déjà à cette époque, la guérilla urbaine sévit. Les deux gangs rivaux se livrent tous les jours un combat sans merci. Le film suit le parcours, de l’enfance à l’âge adulte, de deux personnages principaux : d’un côté, Fusée, un gamin tout maigre qui, lassé de subir la violence, se met en tête de la dénoncer grâce à son appareil photo et devient photographe dans la cité de Dieu. De l’autre côté, Petit Dé. Il a une dizaine d’année lui aussi, et survit en accomplissant de sales petits boulots pour la pègre locale. Un jour, armé d’un pistolet automatique grand comme la moitié de son petit bras, il commet un carnage lors d’un cambriolage qui tourne mal. C’est le déclic. Peu de remords dans cette scène, l’expression de son visage trahit son objectif : il veut devenir le maître de la favela, et pour ainsi dire le messager de Dieu. Il commence une ascension fulgurante fondée sur le tiercé « gagnant » des favelas : trafic de drogue/course à l’armement/escalade de la violence.  

citededieu200211g.jpg

 

Ultra violent, rapide, rock & roll, trash, exalté, flou, un peu convulsif, le film bat au rythme des pulsations du cœur de ses protagonistes : à mille à l’heure, avec la peur rivée aux tripes.  Ce que j’aime dans le choix de Meirelles, c’est qu’au lieu de faire l’éloge de la raison, contre toute attente, il assume l’éloge de l’inconscience et de la cruauté.  Il n’y a que par l’inconscience que l’on peut survivre là bas. Ceux qui réflechissent trop ont une espérance de vie largement moins longue.  Et parce que la vie dans les quartiers chauds de Rio, je suppose que c’est ça. De la violence gratuite, dans un monde où tout est payant.

photolacitededieucidadededeus20013.jpg

 

 

 

Le Cahier, de Hana Makhmalbaf. 2008. 25 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur,Placard à archives — elsalauravietnam @ 15:51

lecahier.jpg

Quelques mots sur ce bijou du cinéma moyen-oriental, sorti il y a deux ans de cela.

Je connais très mal le cinéma  iranien, et pour cause, on ne peut pas dire qu’il soit des plus populaires.

Mais le conte que nous livre ici la réalisatrice est assez incroyable. J’ai découvert le film il y a un an environ, en faisant des recherches pour un séminaire sur l’Afghanistan dans le cadre de mon master. Par curiosité, j’ai commencé à regarder le début, dans un état d’esprit « bon, ok,  juste pour voir… »

Mais je me suis rapidement faite happer par l’histoire. On suit le parcours de Bakhtay, une jeune afghane, d’environ 7 ans, qui vit dans un village isolé des montagnes d’Afghanistan. Le site en lui même est sublime, et tragiquement connu pour ses statues gigantesques de Bouddhas qui avaient été dynamitées par les talibans en 2001. Bakhtay garde tous les jours son petit frère à la maison, jusqu’au jour où elle entend son petit voisin lire un livre. Fascinée par l’histoire, elle se met en tête d’aller elle aussi à l’école pour apprendre à lire. Mais pour cela, elle doit trouver le moyen de s’acheter un cahier. Par delà cette quête enfantine, elle devra surmonter également les obstacles dus à sa condition non pas d’enfant, mais de femme, au milieu d’un néo-fondamentalisme islamiste ultra-répressif.

La réalisatrice transcrit ici un magnifique conte, mettant en scène des enfants non-acteurs, qui créent des instants de pureté aussi bien que de cruauté terrible. Évidemment, tout est une parabole dans ce film. Le petit univers des enfants est un modèle réduit de l’état dans lequel se trouve l’Afghanistan. Les jeux des gamins sont les reflets des séquelles laissées par les américains et par les talibans. C’est une analyse fine et (très) émouvante, qui ne s’encombre pas d’une morale superflue ou de détails inutiles. Bref, le Cahier (Buddha collapsed out of Shame, en anglais), est une vraie réussite.

 

buddhamainstd.jpg

 

 

 

Benda Bilili! 21 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur,Placard à archives — elsalauravietnam @ 20:02

bendabilili.jpg

Comme le titre de leur premier album, le film Banda Bilili est Très Très Fort.

Il commence dans la poussière des rues défoncées et fumantes de Kinshasa, la chaotique capitale de République Démocratique du Congo. Un groupe de musiciens éclopés y traînent leur misère et leurs rêves sur leurs vélos triporteurs rouillés ou des vieux chariots, qu’ils font avancer à la force de leurs bras.

Curieux, je me suis dit en regardant les premières scènes du film. Car la dernière fois que j’avais entraperçu le groupe, ils portaient des smokings impeccables et enflammaient la foule sur le plateau de Denisot au Festival de Cannes.

Effectivement, c’est un gouffre qui sépare ces deux scènes. Un gouffre dans lequel nous plonge le documentaire de Renaud Barret et Florent de la Tullaye. Ils les ont suivis pendant cinq longues années, des dortoirs pourris en Afrique à leur tournée européenne.

19442472r760xfjpgqx20100504101551.jpg

Au début, il y a Ricky. Un sexagénaire paraplégique fou de musique, qui joue comme il peut avec quelques uns de ses amis d’un dispensaire pour handicapés. Avec une seule pauvre guitare acoustique qui ressemble plus à une cagette de mandarines qu’à une guitare, ils jouent. Toute la journée, ils se fabriquent des instruments avec les déchets qui jonchent le sol. Et à partir de cet amas d’objets abandonnés, ils créent des rythmes de rumba afro endiablée. Et pourtant, je ne suis pas du tout une inconditionnelle des musiques urbaines ou des rythmes africains. Le fil conducteur de l’histoire, c’est Roger. Au début, c’est un gamin de douze ans, qui dort sur le sol dans les rues. Roger ne parle presque pas, il n’ouvre pas la bouche, parce qu’il n’a aucune raison de sourire. Il est tout seul, et il serre très fort contre lui son satongé, une boite de conserve sur laquelle sont accrochés un morceau de bois et un fil, avec lequel il construit des tonnes de mélodies différentes. C’est le son qui manquait au groupe de Ricky pour sortir du lot, et ce dernier le prend sous son aile. Ils répètent à longueur de journée sur leur coin de trottoir crasseux, et le soir, ils retournent dormir, dans leurs cartons. Leurs seules armes pour survivre : leur talent et leur optimisme sans faille.

19442475r760xfjpgqx20100504101552.jpg

Puis, Renaud et Florent arrivent à leur arranger une rencontre avec une maison de disque de Kinshasa. Il s’en suit la réalisation du rêve qui les habite tous : le défi de leur vie, aller en Europe pour donner des concerts. Il en résulte une des scènes les plus fortes que j’ai vues : les Benda Bilili débarquent en plein après midi sur la scène des Eurockéennes. Devant eux : un immense terrain vague, et deux ou trois « lève-tôt » égarés. Ils s’installent, avec leurs « meules » tordues et leurs instruments poubelles, dans la bonne humeur, en riant, comme au pays, comme si de rien était. « Tu vas voir, lance Ricky, avec son fort accent congolais : après le concert, tu vas chopper plein de chéries ! » Ce qui suit est incroyable. En trente secondes, le bouche à oreille circule, et des centaines de  personnes se transforment en une foule en délire.

Violent, intense, magique, ce film est une vraie claque. Aucune morale, encore moins de compassion, c’est du courage et de la force à l’état pur. Comme le dit un des gamins d’une dizaine d’année qui traîne dans le groupe, à son copain, après que le dispensaire ait brûlé: « Tu sais, un homme n’est jamais vraiment fini avant la fin ».

19442471r760xfjpgqx20100504101551.jpg

 

 

Il était une fois en Amérique, de Sergio Leone. 15 octobre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 16:49

 

iltaitunefoisenamrique.jpg

Quelle saga épique que ce film magistral de 3h40. 10 ans de la vie de Sergio Leone, pour mettre en scène cette histoire incroyable. 

D’ordinaire, je ne raffole pourtant pas des films de gangsters. Mais il faut avouer que celui là est a mérité ses gallons de grand classique. 

J’avais déjà beaucoup apprécié le roman dont est tiré le film. Rien n’est oublié dans l’adaptation cinématographique. Elle raconte la vie du fameux Noodles (Robert de Niro), de son meilleur ami Max (James Wood), et de leurs comparses, Patsy et Cockeye. Tous les quatre grandissent dans le New York des années 30, au milieu de la violence et de la pauvreté du Lower East Side, qui était à l’époque un ghetto Juif. Ils s’en sortent en montant leur business de trafic d’alcool pendant la Prohibition, et signent un pacte de partage de leur fortune, pour la vie. Mais lorsque la prohibition se termine, il faut rebondir, et c’est à partir de là que les choses se gâtent. Devenus le grand chef de la pègre, Max commence sérieusement à avoir la folie des grandeurs, tandis que Noodle, plus lucide, a d’autres préoccupations…

Quelle aventure que ce film, magnifiquement filmé, qui passe au fil du montage du New York populaire des années 30, ses docks fumants et ses calèches, au New York flamboyant des années 70, ultra moderne et en plein boom. Les décors sont magnifiquement reconstitués, chaque plan est minutieusement travaillé. De Niro trouve là un des plus grands rôles de sa vie, tout comme James Wood, et leur relation fusionnelle et chaotique est passionnante. De mon point de vue, il en résulte une sorte de fascination pour le monde des gangsters, et comme une envie de vivre dangereusement. Ce film est une description encyclopédique, cruelle et violente de ce qu’est la Grosse Pomme, et une plongée sans retour dans l’Amérique telle qu’elle est vraiment, sous la surface.

18959089r760xfjpgqx20080708110824.jpg 19748140r760xfjpgqx20110526034948.jpg

 

 

 

Tom Boy, de Céline Sciamma. 13 octobre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 18:01

tomboy.jpg 

Coïncidence, j’expliquais dans ma dernière critique de We need to talk about Kevin, que j’avais du mal à supporter les enfants qui font du cinéma. Et pourtant, j’ai réussi à tenir 1 heure et 22 minutes devant un film dont la moyenne d’âge du casting culmine à 11 ans…

De nombreux films abordent la question du genre, bien que j’en aie vus peu (par exemple je n’ai  jamais regardé le fameux Boys don’t cry qui a valu l’oscar de la meilleure actrice à Hilary Swank). Mais je crois que Tomboy est la plus belle façon d’en parler.

Il raconte l’histoire de Laure, 10 ans, qui emménage avec ses parents et sa sœur cadette dans une petite ville tranquille à la fin de l’été. Elle rencontre alors Lisa, une autre petite fille de son âge, qui la prend pour un garçon. « Salut, t’es nouveau ici ? », c’est la phrase clé du film. « Oui, je m’appelle Michael », voilà ce que répond simplement Laure. Elle découvre les autres enfants du quartier sous sa nouvelle (ou plutôt très ancienne) identité. Mais problème, la rentrée scolaire approche à grands pas, et que va-t-il se passer lorsque dans la classe, l’institutrice fera l’appel en la désignant par son vrai prénom, Laure ?

Voici donc une question complexe, mais traitée avec beaucoup de simplicité, ce qui rend l’histoire très belle. Pas de naïveté, attention, mais juste une façon de filmer épurée (un seul appareil photo a été utilisé pour le film), harmonieuse, légère et très forte à la fois. Car on se prend immédiatement d’affection pour le petit Michael, dont on n’arrive pas à s’imaginer un instant qu’il puisse être une fille, et là n’est pas la question. Le point fort, c’est d’arriver à faire croire que la vérité est un mensonge, et vice versa. Michael n’est pas une fille, au fond de lui, donc il ne ment pas quand il se fait passer pour un garçon. Pour ce faire, l’ingrédient de la réussite : Zoé Héran, l’actrice qui joue le rôle principal. Un visage d’ange saupoudré de tâches de rousseur, des yeux d’un bleu intense, qui livre une remarquable performance. Elle atteint une rare intensité lorsque son secret est livré sur la place publique et que la cruauté des enfants jaillit.

Ajoutons à ceci les plus belles scènes du film : celles qui réunissent le personnage de Laure et sa petite sœur, Jeanne, interprétée par la pétillante Malonn Névala. La complicité qui les unit est extraordinaire. Surtout lorsque Jeanne découvre par hasard que son ainée se fait passer pour un garçon. Elle décide tout naturellement que c’est normal, se met à la protéger, ainsi que son secret, lui coupe les cheveux en douce devant le miroir de la salle de bain, et se vante auprès de toutes ses copines d’avoir un grand frère trop fort, qui la protège quand des garçons viennent l’embêter.

Tomboy est un film plein de grâce, sans fioritures, sans arrière-pensée, et d’une etonnante subtilité.

19697217r760xfjpgqx20110318105732.jpg

 

12
 
 

ICOLLYWOOD |
le cinéma |
belangel |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | megavod
| apollonide
| cinemafan