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Toutes nos envies, de Philippe Lioret 17 avril, 2012

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 19:26

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Tout commence un matin, à la sortie d’une école primaire. Claire (Marie Gillain), une jeune maman, vient chercher sa fille Mona, et se fait interpeller par Céline, elle aussi venue chercher ses enfants. « Je suis la maman de Léa. C’est vous qui avez donné les 12 euros pour la sortie scolaire ?, lui demande-t-elle. Je suis désolée mais je ne fais pas la manche madame. » Une scène embarrassante, mais rien de grave en apparence. Jusqu’à ce que Céline se retrouve par hasard au tribunal face à Claire. La première est endettée à hauteur de 18 200 euros, et la seconde est la juge chargée d’instruire son dossier. Le litige l’oppose à une société de crédit et 5 autres créanciers. Entre crédits à la consommation et pénalités de retard, Céline a la corde au cou. Parallèlement, Claire apprend qu’elle est condamnée par une tumeur au cerveau inopérable. Elle décide de garder son secret pour elle, préserver le bonheur de sa famille et s’engager à corps perdu dans une procédure contre les sociétés de crédit pour sauver la famille de Céline. Pour cela, elle fait appel à un juge chevronné habitué de ce type d’affaires (Vincent Lindon). Ils lient tous les deux une relation très forte.

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Toutes nos envies risquait de pencher vers le mélodrame facile et illustratif… Le piège est évité. Il porte un regard réaliste sur le surendettement, ses victimes et ses combattants. Il alterne de façon habile entre l’histoire personnelle de Claire, qui lutte pour la vie d’une autre mais pas pour la sienne (elle refuse tout traitement), et l’avancée de l’affaire contre les sociétés de crédits qui condamnent Céline. Le film ne s’encombre donc pas de la lourdeur solennelle des films de tribunaux ni du pathos des drames sociaux mal faits. Les acteurs sont admirables. Vincent Lindon en juge désenchanté qui retrouve la foi en la justice, est touchant. Marie Gillain, en jeune juge pyromane, est bouleversante, et trouve enfin un premier rôle à la hauteur de son talent. Certes, la portée de l’oeuvre n’est pas considérable. Il ne possède pas l’intensité des films-dossiers/thrillers politiques qui ont marqué le genre (Erin Brokovitch de Soderbergh ou Révélations de Michael Mann, par exemple), mais c’est un beau film. Il dénonce le harcèlement à l’encontre des plus précaires, des familles modestes, les mises en demeure, les expulsions, les contrats de souscription truffés d’irrégularités… Mais aussi les incohérences du système judiciaire (Claire qui fait l’objet d’une requête pour suspicion légitime et écope d’une procédure disciplinaire alors qu’elle fait simplement son travail). Car comme le dit Lindon, « le crédit c’est la consommation, et la consommation c’est le système. On n’y touche pas. ». Toutes nos envies est un drame doux-amer et pertinent, à voir.

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L’exercice de l’Etat, de Pierre Schoeller (2011) 16 mars, 2012

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 18:35

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L’exercice de l’Etat immerge le spectateur dans le quotidien d’un ministre (en l’occurrence le ministre des transports), Bertrand St Jean au sein d’un gouvernement fictif (qui fait indirectement référence au gouvernement actuel). La temporalité du film se centre sur les quelques jours où Bertrand St Jean est sur la sellette : après avoir monté une stratégie de communication démentant toute éventualité de réforme du statut des gares », Bercy et Matignon le poignardent dans le dos et annoncent la réforme du statut des gares. De manière classique, le film déroule le dilemme d’un responsable politique qui doit faire un choix : rester fidèle à ses convictions politiques, et démissionner, ou bien faire le ménage au sein de son cabinet et de son administration, rester en place et avaler des couleuvres.

Pour mener la réforme, une fine équipe : Olivier Gourmet (St Jean), Michel Blanc (directeur du cabinet), et Zabou Breitman (conseillère communication). Le tout constitue un film dont les séquences s’enchaînent à tambour battant, entre déplacements sur le terrain, réunions, points presse, débriefings,  conflits interministérielles, matinales, avec une seule préoccupation: l’image. Rattraper 5 points de sondage par ci et désamorcer un conflit social par là. Le film est ponctué de dialogues savoureux, comme celui qui intervient entre St Jean et Pauline, ex-femme et conseillère en communication. La scène se déroule dans une voiture après une rencontre mouvementée avec les syndicats : « Ton seul problème, c’est que tu es flou. Tu es un objet politique non identifié, tu n’as pas d’image, pas d’histoire, lui reproche-t-elle. – Alors à quoi je te paye depuis toutes ces années ? Je pourrais te virer, ce serait le début de l’histoire », lui répond le ministre. 

L’immersion dans l’exercice du pouvoir s’effectue ici avec une précision étonnatne. Pierre Schoeller réalise un bon film politique, habile et bien écrit.

 

 

Hunger, de Steeve McQueen. 6 décembre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 12:42

 

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La sortie imminente de Shame mercredi prochain, qui fait déjà beaucoup de bruit, est l’occasion de revenir sur la collaboration de Steeve McQueen et Michael Fassbender. 

Hunger relate l’histoire de Bobby Sands, un républicain Irlandais membre de l’IRA, détenu dans une prison d’Irlande du Nord avec de nombreux autres prisonniers politiques. Le film se déroule en 1981, durant les 6 semaines qui précèdent la mort de Bobby Sands, pendant l’épreuve de force qui opposa Margaret Thatcher aux prisonniers. Le mouvement est déclenché par le refus du gouvernement britannique d’accorder aux membres de l’IRA le Special Category Status, le statut de prisonnier politique. Ils deviennent ainsi des criminels de droit commun, et se voient privés de nombreux droits civiques et politiques. Afin de protester, après une grève de l’hygiène, Bobby Sand lance une grève de la faim, suivie au fur et à mesure par les autres codétenus (dont 10 sont morts aussi) 

La question du conflit en Irlande du Nord a été largement exploitée au cinéma, et souvent de façon magistrale (Le vent se Lève, Au nom du père, Bloody Sunday, Michael Collins…). Mais Hunger ne ressemble à aucun autre long-métrage du genre. 

Il s’agit d’un film éprouvant, écorché, presque insupportable. La première partie du film décrit les conditions de détention des prisonniers, les tortures, les mauvais traitements. Un style radical, une esthétique dénudée et glauque, et une absence totale de musique constituent la mise-en-scène jusqu’au-boutiste adoptée par McQueen. Puis, Michael Fassbender apparaît. Méconnaissable, il ressemble au fantôme de lui-même, squelettique (il a perdu 14 kg pour le rôle). Il surgit dans une scène cathartique de torture. 

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Mais le coup de maître n’est pas là. Il se situe au milieu du film, dans la scène de dialogue entre Bobby/Michael et le père Dominic Moran (Liam Cunningham), au cours d’un long plan séquence de 17  minutes. Bobby annonce à Moran son intention de commencer une grève de la faim, et ce dernier tente de l’en dissuader, ce qui donne naissance à un dialogue sublimement écrit. Le personnage de Bobby est persuadé que c’est la seule issue possible, pour que tous ces siècles de combat ne soient pas vains. Moran, en homme de foi, se préoccupe de savoir si Bobby commet en fait un suicide, et veut le convaincre que la solution politique n’est pas dans la mort mais dans la négociation. 

-          So what’s your statement by dying ? demande-t-il à Bobby. Just highlighting British intransigence, so what? Are you looking for martyrdom? 

-         No. You think God is gonna punish me?, répond Bobby. 

-         Well if it’s not for the suicide, He’d have to punish you for your stupidity.

-         And you for your arrogance. Cause my life is real life. Not some theological exercise. You need the revolutionaries. You need the cultural political soldier to give life a pulse. Freedom is everything. It’s a time to keep your beliefs pure. I believe that united Ireland is right, and just. Putting my life on the line is not the only thing I can do.. It’s the right thing.” 

Posant donc des questions fondamentales, Steeve McQueen signe un très grand film politique, une douloureuse piqûre de rappel, dans une où ceux, trop rares, qui veulent encore se battre pour leurs convictions politiques, sont obligés de clamer à tous les autres: « Indignez-vous ! »

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28 jours plus tard VS 28 semaines plus tard. 29 novembre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 16:50

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Après la déception causée par le très mollasson Contagion, il était grand temps de se lancer dans une quête de films d’anticipation/catastrophe bactériologique corrects. Le diptyque 28 jours/28 semaines plus tard offre, dans ce genre, une alternative intéressante.

Le concept est simple : 28 jours plus tard est le premier film de deux volets. Tout commence à Londres, lorsque qu’un groupe d’activistes fait irruption dans un centre de recherche et libère des singes de laboratoire, porteurs d’un virus extrêmement contagieux (par la salive et le contact du sang contaminé). Lorsqu’un être humain contracte le virus, il est immédiatement animé d’une rage incontrôlable. En 28 jours, les stades exposition/infection/épidémie/dévastation sont atteints. L’Angleterre n’est plus qu’un no man’s land. Les hommes se sont tous entretués, et les plus chanceux ont été évacués. Il ne reste qu’une poignée de survivants, qui fuient les contaminés restants. Pendant ce temps, Jim était dans le coma suite à un accident survenu avant la pandémie. Le film suit ce personnage, son réveil, sa rencontre avec un groupe de survivants et leur fuite vers un camp militaire reculé dans les environs de Manchester, où les tous les autres survivants se seraient regroupés.

28 jours plus tard est un film terrifiant et cauchemardesque. Danny Boyle mobilise tout son art pour revisiter le film de zombies. Il agrémente le tout d’une morale atroce sur l’espèce humaine. Les premières scènes du film sont saisissantes : on suit le personnage de Jim, errant dans des rues désertes, poussiéreuses et silencieuses, passant devant tous les lieux emblématiques de Londres (Big Ben, Westminster, Piccadilly, Tower Bridge…). Les plans aériens ou filmés à la grue, éclairés d’une lumière apocalyptique grise et jaune, avec pour fond la montée en puissance du son-thème de John Murphy, In a heartbeat, sont magistraux. Le reste du film est survolté, glauque, violent et très gore. Cillian Murphy (précédemment vu dans Le vent se lève, de Ken Loach), qui joue Jim, est viscéralement habité par la peur et déchiré entre la raison et la bestialité qui l’animent pour se défendre. La scène où le groupe doit changer une roue de la voiture, coincé dans un tunnel assailli par des contaminés est remarquablement efficace.

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28 semaines plus tard, la suite, est réalisée par la même équipe, mais ne met pas en scène les mêmes acteurs. On échange un irlandais (Cillian Murphy) pour un écossais (Robert Carlyle, avec un accent pas plus compréhensible mais une interprétation non-moins efficace). Ce deuxième volet est en revanche relativement différent du premier dans sa mise-en-scène. 28 semaines plus tard, la pandémie est vaincue. L’Angleterre est placée sous la tutelle des Etats-Unis, dont les forces armées ont pour mission de reconstruire et repeupler les villes. On suit cette fois le parcours d’une adolescente et son petit frère qui reviennent à Londres et se réinstallent avec leur père. Mais le virus ressurgit. Comme dans un effet miroir avec le premier film, qui commençait dans le chaos et finissait avec la paix, le premier commence dans le calme avant que ne ressurgisse le chaos. On sent que  le réalisateur Juan Carlos Fresnadillo a bénéficié du succès du premier film, et qu’il devait avoir le double de son premier budget. Les effets spéciaux sont calibrés en conséquence, impliquant plus de spectacle et moins de réalisme. Londres bombardé au Napalm, snipers US en embuscade qui tirent à feu nourri sur la population… On dérive par moments vers un mélange de Call of Duty et Resident Evil, que certains peuvent trouver grotesque. Mais un scénario inventif relève le niveau global assez bas : à noter, la scène dans laquelle un enfant sert de chèvre au groupe et court dans une impasse pour révéler la position d’un sniper ou celle où les soldats américains enferment à double tour dans un hangar sans lumière un bon millier de civils pour les protéger sans savoir qu’un contaminé y est entré aussi. L’effet domino qui s’en suit est terrifiant.

Deux films à la fois très efficaces donc, novateurs mais grossiers par moments.

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Apocalypse Now vs Platoon. 14 novembre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 11:23

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En matière de films de guerre, deux films sur le Vietnam, Apocalypse Now et Platoon sortent du lot. Francis Ford Coppola et Oliver Stone sont sans conteste deux très grands réalisateurs, et leur oeuvre est titanesque dans les deux cas. 

Le premier, Apocalypse Now, est un des plus grands films de l’histoire du cinéma de l’avis de beaucoup de cinéphiles. Son tournage aussi apocalyptique que le sujet abordé a fait couler beaucoup d’encre. Magistralement filmé, éclairé et interprété, il est la quintessence de ce que l’on pouvait faire avec les moyens de l’époque (1979). Marlon Brando aussi puissant qu’interminable est l’attente avant son apparition mystique au fond de la jungle cambodgienne. La version longue du film offre notamment une scène excellente, celle de la plantation française, et du dîner au cours duquel le débat politique fait rage et pose des questions aussi pointues que sensibles. Martin Sheen est incroyable, physiquement et dans son jeu. La scène d’ouverture est une des scènes les plus fortes du cinéma : un long plan fixe sur la jungle paisible, avec pour bande son le titre The End des Doors. Soudain, une nuée ardente de napalm transforme ce paradis en enfer. La fin du film est une transe qui plonge dans la folie meurtrière des hommes, jusque là tapie au fond des temples fumants, dans les méandres du cours d’eau que remonte l’équipage de soldat jusqu’au Cambodge. Bref, Apocalypse Now est cérébral, contemplatif, romantique, intense, c’est un vrai chef d’œuvre.

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Dessus, Sam Bottoms (Lance), et dessous, Martin Sheen (Capitaine Willard), Apocalypse Now.

Platoon est un film plus violent, plus sauvage, moins cérébral, bien que la voix off de Charlie Sheen pose des questions très intéressantes sur l’absurdité de cette guerre. Plus récent (1987), c’est le fils de Martin qui reprend le flambeau du rôle principal, ce qui est émouvant et insolite à la fois. Oliver Stone est un vétéran du Vietnam au moment et sait de quoi il parle. Le réalisme de sa description est impressionnant. Dans Platoon, on assiste à la déchéance  d’un régiment d’infanterie envoyé au cœur de la bataille contre les Viêt-Congs en 1967. On les observe errer comme des âmes en peine sur un terrain bien connu de l’ennemi, et où ils s’égarent jour après jour davantage. Perdu dans la forêt tropicale, sous la pluie, dévorés par les insectes, ils meurent sous leurs propres bombes, et finissent par s’entretuer à cause de leurs divergences, par faute d’un commandement cohérent de l’Etat major américain. La performance de Willem Dafoe, qui joue le sergent Elias, et sa clairvoyance sont saisissantes : « Nous allons perdre cette guerre, dit-il à Taylor (Sheen). – Et pourquoi ?, répond ce dernier. – Parce que ça fait trop longtemps qu’on fout la raclée à tout le monde. Cette fois-ci, c’est notre tour. » Bref, Platoon, c’est un film à haute-tension, surpuissant, remarquable.

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A gauche, Willem Dafoe (Elias), et à droiten Tom Berenger. Deux sergents, deux visions différentes de la guerre pour un même régiment. Platoon. 

Deux points de vue différents (américains malgré tout), adoptés sur un des événements les plus dramatiques du 20ème siècle.

Mais dans tous les cas, ce sont deux films extraordinaires, pour un public averti.

  

 

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Marlon Brando sur le tournage d’Apocalypse Now.

 

 

La Cité de Dieu, de Fernando Meirelles, 2002. 26 octobre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 11:27

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La Cité de Dieu, c’est la favela brûlante de Rio de Janeiro qui fut le théâtre de flambées de violences dans les années 1960/1970. A cette époque, la guérilla urbaine sévit. Les deux gangs rivaux se livrent tous les jours un combat sans merci. Le film suit le parcours, de l’enfance à l’âge adulte, des deux personnages principaux : d’un côté, Fusée, un gamin maigrichon qui, lassé de subir la violence, se met en tête de la dénoncer grâce à son appareil photo et devient photographe. De l’autre côté, Petit Dé. Il a une dizaine d’année lui aussi, et survit en accomplissant des petits boulots pour la pègre locale. Un jour, armé d’un pistolet automatique, il commet un carnage lors d’un cambriolage qui tourne mal. Peu de remords dans cette scène, l’expression de son visage trahit son objectif : il veut devenir le maître de la favela. Il entame une ascension fulgurante dans le trafic de drogue, la course à l’armement et l’escalade de la violence.  

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Ultra violent, rapide, exalté, un peu convulsif, le film bat au rythme des pulsations du cœur de ses protagonistes : à mille à l’heure, avec la peur au ventre.  Fernando Meirelles, au lieu de faire l’éloge de la raison, contre toute attente, assume l’éloge de l’inconscience et de la cruauté. Car il n’y a que par l’inconscience qui aide à survivre dans cette zone de guerre. Ceux qui réfléchissent trop ont une espérance de vie largement moins longue.  Il dépeint cruellement les quartiers de Rio où la violence gratuite et tout est payant.

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Le Cahier, de Hana Makhmalbaf. 2008. 25 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur,Placard à archives — elsalauravietnam @ 15:51

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Quelques mots sur ce bijou du cinéma iranien, sorti il y a deux ans de cela.

Le conte que livre la réalisatrice Hana Makhmalbaf s’appuie sur l’histoire de Bakhtay, une jeune afghane âgée de 7 ans qui vit dans un village isolé des montagnes d’Afghanistan. Le site en lui même, sublime, est tragiquement connu pour ses statues gigantesques de Bouddhas qui avaient été dynamitées par les Talibans en 2001. Bakhtay garde tous les jours son petit frère à la maison, jusqu’au jour où elle entend son petit voisin lire un livre. Fascinée par l’histoire, elle se met en tête d’aller elle aussi à l’école pour apprendre à lire. Mais pour cela, elle doit trouver le moyen de s’acheter un cahier car l’école ne donne pas de matériel. Par delà cette quête enfantine, elle devra surmonter les obstacles dus à sa condition non pas d’enfant, mais de femme, dans une région dirigée par un néo-fondamentalisme islamiste ultra-répressif.

La réalisatrice transcrit ici un magnifique conte, mettant en scène des enfants (non-acteurs), qui créent des instants de pureté aussi bien que de cruauté terrible. Tout est une parabole dans ce film. Le petit univers des enfants est un modèle réduit de l’état dans lequel se trouve la région. Les jeux des gamins sont les reflets des séquelles causés par les Américains et par les Talibans. Le film livre une analyse fine et émouvante qui ne s’encombre pas d’une morale superflue ou de détails inutiles. Bref, le Cahier (Buddha collapsed out of Shame, en anglais), est une vraie réussite.

 

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Benda Bilili! 21 octobre, 2011

Classé dans : Films coups de coeur,Placard à archives — elsalauravietnam @ 20:02

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Comme l’indique le titre de leur premier album, le film Banda Bilili est Très Très Fort.

Il commence dans la poussière des rues défoncées et fumantes de Kinshasa, la chaotique capitale de la République Démocratique du Congo. Un groupe de musiciens handicapés y traînent leur misère et leurs rêves sur leurs vélos triporteurs rouillés ou des vieux chariots, qu’ils font avancer à la force de leurs bras.

Une introduction qui se situe à des années lumières des smokings impeccables qu’ils portaient il y a quelques semaines alors qu’ils enflammaient la foule sur le plateau de Michel Denisot au Festival de Cannes.

Effectivement, c’est un gouffre qui sépare ces deux scènes. Un gouffre dans lequel nous plonge le documentaire de Renaud Barret et Florent de la Tullaye qui les ont suivis pendant cinq ans, des dortoirs miteux en Afrique à leur grande tournée européenne.

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Au début, il y a Ricky, un sexagénaire paraplégique fou de musique, qui joue comme il peut avec quelques uns de ses amis d’un dispensaire pour handicapés. Avec une seule pauvre guitare acoustique qui ressemble plus à une cagette de mandarines qu’à une guitare, ils jouent toute la journée, ils se fabriquent des instruments avec les déchets qui jonchent le sol. A partir de cet amas d’objets abandonnés, ils créent des rythmes de rumba afro endiablée. Le fil conducteur de l’histoire, c’est Roger, douze ans, qui dort à même le sol dans les rues. Roger ne parle presque pas et ne sourit jamais. Il est tout seul, et serre très fort contre lui son satongé, une boîte de conserve sur laquelle sont accrochés un morceau de bois et un fil, avec lequel il construit des centaines de mélodies différentes. C’est le son qui manquait au groupe de Ricky pour sortir du lot, et ce dernier le prend sous son aile. Ils répètent à longueur de journée sur leur coin de trottoir, et le soir, ils retournent dormir dans leurs cartons. Leurs seules armes pour survivre : leur talent et leur optimisme sans faille.

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Puis, Renaud et Florent leur arrangent une rencontre avec une maison de disque de Kinshasa. Il s’en suit la réalisation du rêve qui les habite tous, le défi de leur vie : aller en Europe pour donner des concerts. Il en résulte une des scènes les plus fortes : les Benda Bilili débarquent en plein après midi sur la scène des Eurockéennes. Devant eux : un immense terrain vague, et deux ou trois « lève-tôt » égarés. Ils s’installent, avec leurs « meules » tordues et leurs instruments rafistolés, dans la bonne humeur, en riant, comme au pays, comme si de rien était. « Tu vas voir, lance Ricky, avec son fort accent congolais : après le concert, tu vas chopper plein de chéries ! » Ce qui suit est incroyable. En trente secondes, le bouche à oreille circule, et des centaines de  personnes arrivent pour se transformer en une foule en délire.

Violent, intense, magique, sans compassion, Benda Bilili! c’est le courage et la force à l’état pur. Comme le dit l’un des enfants âgé d’une dizaine d’année qui traîne dans le groupe à son copain, après que leur dispensaire ait brûlé: « Tu sais, un homme n’est jamais vraiment fini avant la fin ».

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Il était une fois en Amérique, de Sergio Leone. 15 octobre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 16:49

 

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Quelle saga épique que ce film magistral de 3h40. Il a nécessité 10 ans de la vie de Sergio Leone, 10 longues années pour mettre en scène cette histoire incroyable. 

Parmi les films de gangsters, Il était une fois en Amérique mérite ses gallons de grand classique. 

Le roman dont est tiré le film était déjà exceptionnellement bien écrit. Rien n’est oublié dans son adaptation cinématographique. Elle évoque la vie du fameux Noodles (Robert de Niro), de son meilleur ami Max (James Wood), et de leurs camarades, Patsy et Cockeye. Tous les quatre grandissent dans le New York des années 30, au milieu de la violence et de la pauvreté du Lower East Side, qui était à l’époque un ghetto Juif. Ils s’en sortent en montant leur business de trafic d’alcool pendant la Prohibition, et signent un pacte de partage de leur fortune. Mais lorsque la prohibition se termine, et qu’il faut rebondir, les choses se gâtent. Devenus le grand chef de la Pègre, Max commence a la folie des grandeurs, tandis que Noodle, plus lucide, se tourne vers d’autres préoccupations.

Il était une fois en Amérique est un film, magnifiquement filmé, qui passe au fil du montage du New York populaire des années 30, ses docks fumants et ses calèches, au New York flamboyant des années 70, ultra-moderne, à la croissance galopante. Les décors sont magnifiquement reconstitués, chaque plan est minutieusement travaillé. De Niro trouve là un des plus grands rôles de sa carrière, tout comme James Wood, et leur relation fusionnelle et chaotique est passionnante. Serio Leone met bien en scène sa fascination pour l’univers impitoyable des gangsters, pour ceux qui aiment vivre dangereusement. Ce film est une description encyclopédique, cruelle et violente et une plongée sans retour dans l’envers du décor du rêve américain.

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Tom Boy, de Céline Sciamma. 13 octobre, 2011

Classé dans : Placard à archives — elsalauravietnam @ 18:01

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Le pari réussi du nouveau film de Céline Sciamma, c’est de conserver intact pendant 1 heure et 22 minutes l’intérêt du spectateur devant un film dont la moyenne d’âge du casting culmine à 11 ans.

Tomboy évoque d’une belle manière la question du genre. Il brosse le portrait de Laure, 10 ans, qui emménage avec ses parents et sa sœur cadette dans une petite ville paisible à la fin de l’été. Elle rencontre alors Lisa, une autre enfant de son âge, qui la prend pour un garçon. « Salut, t’es nouveau ici ? », c’est la phrase clé du film. « Oui, je m’appelle Michael », voilà ce que répond simplement Laure. Elle découvre les autres enfants du quartier sous sa nouvelle (ou très ancienne) identité. Mais la rentrée scolaire approche à grands pas. Que va-t-il se passer lorsque dans la classe, l’institutrice fera l’appel en la désignant par son vrai prénom, Laure ?

Tomboy traîte une question complexe avec beaucoup de simplicité, sans naïveté. La mise en scène épurée (un seul appareil photo a été utilisé pour le film), harmonieuse, est légère et très forte à la fois. Le spectateur se prend immédiatement d’affection pour le petit Michael, dont on n’arrive pas à s’imaginer un instant qu’il puisse être une fille, et là n’est pas la question. Le film s’axe sur une inversion : la vérité est un mensonge, et vice versa. Laure n’est pas une fille au fond d’elle-même, elle ne ment donc pas quand elle se fait passer pour un garçon. Zoé Héran, l’actrice qui joue le rôle principal, avec sa bouille angélique, livre une remarquable performance qui atteint une rare intensité lorsque son secret est livré sur la place publique et que la cruauté des enfants jaillit.

De belles scènes ponctuent le film : celles qui réunissent le personnage de Laure et sa petite sœur, Jeanne, interprétée par la pétillante Malonn Névala. La complicité qui les unit est intéressante, notamment lorsque Jeanne découvre par hasard que sa soeur se fait passer pour un garçon. Elle décide tout naturellement que c’est normal, se met à la protéger, ainsi que son secret, lui coupe les cheveux en douce devant le miroir de la salle de bain, et se vante auprès de toutes ses copines d’avoir un grand frère trop fort, qui la protège quand des garçons viennent l’embêter.

Tomboy est un film plein de grâce, sans fioritures, sans arrière-pensée, et d’une etonnante subtilité.

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