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Skyfall, de Sam Mendes, 2012 6 novembre, 2012

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© Sony Pictures Releasing France

Le revoilà, enfin. Quatre ans après l’aride Quantum of Solace, six ans après le palpitant Casino Royale, et 50 ans après le premier, James Bond contre Dr No, le plus célèbre des agents secrets britanniques est de retour.

Changement de style, dans Skyfall, le nouvel ennemi c’est Internet. James Bond 2.0 a effectué ses mises à jour. Terminées les intrigues archaïques post-Guerre Froide contre les Russes ou la Corée du Nord, la franchise adapte son scénario au nouvel ordre mondial : celui dans lequel les puissances occidentales n’arrivent plus à identifier l’ennemi, et font face à une menace diffuse et endémique, où le facteur risque ne provient pas d’une arme nucléaire mais d’un virus informatique.

Et puis c’est la crise. La boutique est en liquidation. Fini le déballage de gadgets et de haute technologie. Le nouveau Q (un jeune génie de l’informatique, interprété par le très pince-sans-rire Ben Whishaw) n’est plus le Père Noël. Pour tout cadeau, 007 reçoit un revolver codé à ses empreintes digitales et une radio. Côté voiture, on est bien loin de Casino Royale ou Meurs un autre jour, sortes d’annexes du Mondial de l’auto, avec leurs défilés de Lamborghini et de Porsche. Dans Skyfall, on revient à l’essentiel : la sublime et mythique Aston Martin DB5 (qui fête elle aussi ses cinquante ans), reprend du service.

L’artillerie lourde, on s’en passe aussi. Coincé dans les Highlands écossaises, 007 se retrouve armé d’un seul fusil de chasse, et M (oui oui) fabrique des bombes avec un peu de dynamite, des clous et des ampoules cassées. On supprime le kitsch et l’exotisme lourdingues, qu’on remplace par le charme gris et pluvieux de Londres et de l’Ecosse.

Daniel Craig, subtil et brutal à la fois, tel un tigre qu’on a envie de caresser mais pas d’énerver, a le costume de 007 désormais soudé à la peau. Javier Bardem, le méchant est redoutable. Décalé, névrosé, manipulateur comme le Chiffre et terrifiant comme Jaws, il parvient à s’imposer comme un personnage majeur de la franchise. Le rire, qui manquait un peu au personnage depuis que Daniel Craig en a revêtu le costume, est à nouveau au rendez-vous et conduit à cette conclusion : les anglais sont définitivement les rois de l’humour. Et peut-être aussi de la chanson. Le générique, gothique et crépusculaire, est bien servi par la magnifique interprétation d’Adele.

Mais le plus grand intérêt du film à mes yeux est de recentrer l’histoire sur la relation passionnante entre M et Bond. 007, c’est l’homme insaisissable, qu’aucune femme ne parvient à contrôler… exceptée M. Face à elle, James ressemble plus que jamais à un  garçon buté mais un peu contrit qui vient de faire des bêtises. La formidable Judi Dench crée à nouveau ce mélange savoureux  d’indifférence, de froideur et de cruauté, mais dissimule dans les tréfonds de son cœur un attachement fort pour son agent. Dans Skyfall, on la sent toujours plus déchirée entre sa névrose de perfection et de loyauté dans l’accomplissement de sa mission, et la mise en danger permanente de celui qui l’exécute, 007.

Austère, artisanal, dense et visuellement bluffant, Skyfall allie modernisme et retour aux sources : le mélange est décapant. Un cran au dessus, c’est certainement l’un des meilleurs films de toute la franchise.

 

 

Paperboy, de Lee Daniels, 2012

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Paperboy, de Lee Daniels, 2012 dans Recemment vus en salle metropolitan-filmexport-225x300

© Metropolitan FilmExport

Quand Lee Daniels, entraîne une pléiade de stars dans les méandres du bayou floridien, ça donne un film délirant mais… un peu raté.

L’histoire se déroule à la fin des années 1960. Ward (Matthew McConaughey) et Yardley (David Oyelowo), deux journalistes, reviennent dans le pays de leur enfance, une petite ville de Floride, pour enquêter sur la condamnation à mort d’un certain Hillary Van Wetter (John Cusak), dont ils sont persuadés qu’il est victime d’une erreur judiciaire. Ils mènent leurs investigations aux côtés du petit frère de Ward, Jack (Zac Efron), un simple livreur de journaux (paperboy, en anglais). L’enquête les conduit à rencontrer un curieux personnage, Charlotte (Nicole Kidman). Fascinée par les prisonniers et folle amoureuse du condamné qu’elle connaît à peine, elle est prête à tout pour le faire libérer.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Lee Daniels ne fait pas dans la dentelle. Il réalise ici un polar brûlant qui s’égare dans un labyrinthe de genres et d’ambiances (comédie, mauvais polar, horreur, amour, film politique sur la ségrégation…). Il plonge le spectateur dans la moiteur poisseuse des villes en perdition de la « Bible Belt », qui vivent au ralenti en attendant d’être avalées par la jungle du sud des Etats-Unis. Les personnages sont tous névrosés, dévorés par leurs obsessions et par les moustiques, et dégoulinants de sueur. Ils constituent une sorte d’échantillon sociologique caricatural qui répertorie les tares d’une population dégénérée (que John Cusak, terrifiant, synthétise très bien). Matthew McConaughey est borderline à souhait, Nicole Kidman vit une sorte de résurrection ultra-ironique en poupée quinquagénaire trash et désabusée, mais on la distingue à peine sous des litres de mascara et de rouge à lèvre. Quand à Zac Efron, amoureux transi, unique personnage censé, marginal au début et essentiel à la fin, il est le seul zeste de fraîcheur du film. Il forme avec Kidman un couple totalement improbable, mais serait plus convaincant si Lee Daniels ne s’obstinait pas à le déshabiller les trois quarts du temps. La mise en scène ultra kitsch donne l’impression que le film a été tourné avec une application Instagram. On s’appesantit sur l’ambiance glauque de l’Amérique profonde au détriment du scénario pour finalement ne mettre en valeur ni l’un, ni l’autre. Sur ce thème, le générique de True Blood qui dure 30 secondes est plus réussit que ce long-métrage d’1h48. Obscène, absurde, bouillant et un peu exaspérant, Paperboy s’emmêle les pinceaux et m’a laissée circonspecte. Dans le genre enquête flashback des années 1960, j’ai vu des épisodes de Cold Case plus réussis.

 

 

Amour, de Michael Haneke, 2012

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Amour, de Michael Haneke, 2012 dans Recemment vus en salle les-films-du-losange-223x300

© Les Films du Losange

Voilà LE nouveau Haneke, LA Palme d’or 2012. C’est sûr, on l’attendait. Alors que la plupart des films marquants du dernier Festival de Cannes sont déjà sortis, Amour se faisait désirer. Surtout pour moi, qui suis une aficionados de premier rang du réalisateur autrichien.

So What ?

Déjà, le film commence par le pire, une scène choc atroce et gratuite comme Haneke sait si bien les faire. Comme ça on s’en débarrasse, c’est fait, et on peut passer à autre chose. Apparaissent ensuite les deux acteurs extraordinaires, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, qui mettent tout le monde d’accord par leur performance. L’histoire peut se résumer à ceci : un couple âgé très amoureux, elle qui tombe malade, et lui qui reste à ses côtés pour la soutenir. Le film est bien sûr infiniment plus complexe, et dresse une liste exhaustive et chronologique de toutes les questions inhérentes à cette situation douloureuse qui concerne potentiellement tout le monde.

 Le coup de force, c’est que tout est mis à plat, sans jamais être formulé verbalement (la maladie, la question épineuse de l’euthanasie, les réactions de l’entourage…). Le film est silencieux, le langage se délite, les mots se vident de leur sens et disparaissent. Seules subsistent quelques notes de Schubert et de Bach, qui témoignent de l’obsession d’Haneke pour le piano et l’univers des grands concertistes (Emmanuelle Riva, ancien professeur de piano, ça nous rappelle quelque chose). La force du film, c’est de ne jamais tirer les larmes du spectateur, en traitant un sujet ultra larmoyant. L’interprétation pudique et réservée de Jean Louis Trintignant efface toute trace de pitié, de compassion déplacée ou de misérabilisme. Mais justement, à force d’aspirer les émotions dans la froideur de sa mise-en-scène, Haneke finit par faire un nettoyage par le vide. On a l’impression d’errer non pas dans un appartement abandonné, mais dans un lieu qui n’a jamais été habité. Seule Isabelle Huppert, bouleversante, injecte un peu de vie et de chaleur (c’est pour dire !) dans ce film spectral et fantomatique. Minimaliste, ultra épuré, presque désincarné, Amour, c’est du cinéma brut, auquel on enlève presque toute sa substance, pour ne laisser que l’essentiel : deux acteurs et une caméra. Dommage, moi je préfère quand Haneke fait lui aussi partie de l’équation

 

 

Rebelle, de Kim Nguyen (sortie le 28 novembre 2012)

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:25

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« Il faut d’abord que je t’explique comment je suis devenue soldat. Parce que sinon, quand tu sortiras, je ne sais pas si le bon dieu va me donner assez de force pour t’aimer. »

Cette phrase, c’est le début de Rebelle, le second long-métrage du réalisateur québécois Kim Nguyen. Komona, 14 ans, s’adresse à son futur enfant. Le père, c’est le commandant du régiment de l’armée rebelle dans laquelle elle a été enrôlée pour combattre contre les forces du gouvernement.

L’action se déroule dans un pays d’Afrique Subsaharienne, (c’était la volonté du metteur en scène de ne pas situer trop précisément), qui fait clairement référence à la République Démocratique du Congo, puisque le film y a été tourné, et que certains détails permettent de le déduire (le passage dans les mines de coltan). Komana, alors âgée de 12 ans, vit avec ses parents dans un village de pêcheurs lorsque celui-ci tombe aux mains des insurgés. Les familles sont tuées, et les enfants sont enlevés pour grossir les rangs de l’armée. Elle y rencontre Magicien, ils tombent amoureux, et décident de s’évader tous les deux.

La construction du film en elle-même n’a rien d’original. Elle retrace la descente aux enfers de ces milliers d’enfants enrôlés dans la guerre par les rebelles , en suivant le processus d’anéantissement psychologique utilisé par les groupes armés (schématiquement : meurtre des parents, violences physiques/exploitation sexuelle, lavage de cerveau, rite initiatique de la distribution d’armes, drogue, combat). Le scénario est donc assez normatif, mais la mise-en-scène plutôt intéressante.

On navigue caméra embarquée dans ce paysage chaotique et ravagé par un conflit qui dure depuis des décennies. Les acteurs, tous amateurs et pour la plupart issus des bidonvilles de Kinshasa, interprètent des enfants et des hommes qui se sont mués en machines de guerre, sans jamais être outranciers ou caricaturaux. Le scénario est construit sur une sorte de balancier qui alterne des scènes de combat ou de détresse d’une violence exacerbée, et des instants de grâce qui atteignent un lyrisme quasi stratosphérique. Les coupures son et les ralentis, qui sont injectés par petites doses dans l’ensemble, créent un effet d’hypnose sur le spectateur, et nous entraînent dans une déambulation sinistre, effrayante et fascinante à la fois. La magie, omniprésente dans cette zone de l’Afrique, est également introduite dans la mise-en-scène. Les fantômes blancs des défunts (en contraste avec la chair déchirée  suintante de sang), qui errent dans la jungle sur les zones de combat, ajoutent une dimension poétique à l’ensemble.

Kim Nguyen dépeint donc de façon très singulière un pays où, trop souvent, on croit qu’un grigri peut combattre la mort, qu’une kalachnikov a plus de valeur que la vie d’un homme, et où on fait la fête sous une pluie de balles, au son des rafales et des tirs, et à la lumière d’un feu nourri. Le tout forme un film puissant, spectral et lyrique, qui nous égare dans un paysage sublime, vaporeux et apocalyptique.

*Au sujet des enfants soldats : le livre d’A. Kourouma, Allah n’est pas obligé, Points, 2002.

 

 

Dans la maison, de François Ozon (2012) 11 octobre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 17:27

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que François Ozon était attendu au tournant après le succès de Potiche. Dans la Maison présente un intérêt majeur, c’est qu’il réunit les qualités de ses long-métrages précédents sans en reproduire les défauts. Abouti et maîtrisé, il relate l’histoire d’un professeur de français, Germain (Fabrice Luchini), qui désespère de voir un jour le niveau d’écriture de ses élèves s’élever au dessus du « je raconte mon week-end, j’ai mangé une pizza et j’ai regardé la télé » (ou plutôt « je rakonte mon w/e, G manger 1 pizza é G regarder la tv »). Mais la nouvelle rentrée scolaire amène sur les bancs de sa classe un singulier personnage, qui va peut-être modifier le cours de sa vie routinière.

Claude de son prénom, lui  rend une rédaction dans laquelle il décrit sur un ton satirique son intrusion tolérée mais néanmoins indiscrète et voyeuriste dans le quotidien de la famille Rapha (dont le fils est un élève de la classe). Germain, ravi d’avoir trouvé de quoi pimenter son propre quotidien et désireux de révéler tous les talents littéraires de son élève,  l’incite à poursuivre l’étude sociologique de cette famille « normale ». Claude bouleverse peu à peu tout l’équilibre de la maison et sa présence agit comme le catalyseur d’une révolte latente des personnages contre l’ennui et la vacuité de leurs existences. Objet de désir, fantomatique, beau, diabolique, évanescent, angélique et pervers à la fois, le jeune Claude possède le plus grand des talents : l’art subtil de la manipulation. Ainsi, la relation typique professeur/élève et la fascination respective de l’un envers l’autre s’en trouvent complètement renversée. En témoigne ce dialogue entre Luchini et Kristin Scott Thomas, qui joue sa femme : « Il te manipule : tu veux lui apprendre la littérature, mais c’est lui qui te donne une leçon ».

François Ozon réalise un coup de force en réussissant à rassembler dans le même film un scénario qui tient réellement la route et une analyse de la fiction, de la parodie et du processus de création. Pour ce faire, il manie et transforme avec dextérité les codes du thriller psychologique conventionnel en injectant des petites doses d’ironie et de loufoque dans les scènes où la tension devient trop forte. Le cadre en lui-même, témoigne de ce ton décalé qui est la marque de fabrique d’Ozon : il détourne les clichés du cinéma américain, en plaçant sa caméra tantôt dans un lycée public de banlieue flambant neuf où les étudiants portent l’uniforme anglo-saxon, tantôt dans une maison sortie tout droit d’une série tv made in Hollywood. Il distille dans son film un certain nombre de détails et d’incohérences (scènes qui se répètent selon des angles narratifs différents, intrusion de la réalité dans le récit de fiction…).

Le film est bien servi par ses acteurs et notamment par le duo Fabrice Luchini/Ernst Umhauer, dont la relation est particulièrement troublante. Ils jouent successivement le père et le fils, le prof et l’élève, l’artiste et sa muse, les amants inavoués et le reflet de l’autre dans sa jeunesse. Ernest Umhauer est, de façon assez attendue, la révélation. Aidé par un physique qui le destine à interpréter, quelque soit le film, le personnage de l’ennemi charismatique, fascinant et dangereux, il ne lui en faut pas beaucoup plus pour faire des ravages devant une caméra.

Le tout constitue un  film riche, complexe, structuré, drôle et gracieux. Dommage, il manque encore à ce cinéma quelques aspérités, sur lesquelles le spectateur pourrait enfin trébucher, tomber, s’écorcher. François Ozon est peut être le meilleur élève de la classe. Mais il serait intéressant de le voir se transformer en cancre.

 

 

The We and the I, de Michel Gondry, 2012 14 septembre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 22:02

The We and the I, de Michel Gondry, 2012 dans Recemment vus en salle 20200389.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

Michel Gondry est à mes yeux un ovni du cinema, et en même temps un de mes réalisateurs préférés. Avec ce nouveau film, il confirme encore davantage cette idée. The We and the I se présente un peu sous la forme d’un docu-fiction, qui suit en temps réel dans un huit-clos un groupe d’adolescents tout au long du trajet de bus qui les ramène chez eux dans le Bronx, après le dernier jour d’école.

Complètement étonnant, innovant et créatif, ce long-métrage nous plonge au cœur de la jeunesse américaine (pas défavorisée, mais pas loin) comme si on y était. Il place le spectateur dans une position de sociologue en immersion dans une approche quasi participative. Gondry fait l’analyse (sans jamais être didactique) d’une sorte microcosme social, un échantillon représentatif d’une mini-société où une bande de petits tyrans font la loi et où les autres obéissent. Mais il serait schématique de résumer ce film très complexe de façon aussi manichéenne. Car les liens que tissent ou ne tissent pas les personnages vont bien au-delà des simples rapports de force. Certes, on assiste à beaucoup de cruauté, mais derrière le langage fleuri et le côté Jackass se cache une profonde humanité. On la décèle, en creusant un peu sous la surface, dans des regards, des non-dits et des silences. Sans jamais approfondir et intellectualiser à outrance quoi que ce soit, Gondry arrive à brosser un portrait de la jeunesse américaine, de ses angoisses et ses doutes existentiels. Bien servi par des acteurs amateurs très doués qui jouent leur propre vie, une mise en scène pleine d’énergie et une BO électro entraînante, le film pose un regard sincère et clairvoyant sur la jeunesse d’aujourd’hui. Celle qui entre dans l’âge adulte au moment  d’une crise économique planétaire, celle qui grandit avec le numérique et l’Internet, celle qui pour la première fois a un niveau de vie moins bon que la génération qui la précède.

En somme, The We and the I accomplit un exploit : celui de conserver une énorme spontanéité, sans jamais rien laisser au hasard.

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Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:28

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Le nouveau film de Pascal Bonitzer est assez étrange, pour toute personne qui ne connaît pas son univers cinématographique.  Il raconte l’histoire d’un personnage, Damien (Jean-Pierre Bacri), un professeur de civilisation chinoise, qui voit son existence routinière bouleversée par une certaine Zorica, qu’il ne connaît même pas, mais dont le destin dépend indirectement de lui, par une suite d’effets en chaîne. Zorica est menacée d’expulsion. Par l’intermédiaire d’un ami commun, la femme de Damien (Kristin Scott Thomas) va lui demander d’intervenir dans ce dossier. En effet, le père de Damien n’est autre que le président du Conseil d’Etat (interprété par l’incroyable Claude Rich), avec qui il ne s’entend pas du tout.

Cherchez Hortense est complètement déroutant dans le sens où il part  de l’histoire d’un seul personnage et se déploie dans de multiples directions, tant et si bien qu’il est difficile de savoir où Pascal Bonitzer veut en venir. Il n’en est pas moins un film très touchant, voire extrêmement drôle (la scène du resto japonais notamment). L’humour et l’émotion naissent de tous les quiproquos, malentendus et problèmes de communication qui interfèrent entre les personnages et les mettent dans des situations cocasses, inconfortables et émouvantes. Jean-Pierre Bacri est drôle et bouleversant sans même changer vraiment de registre par rapport à d’habitude. Il rajoute simplement une touche de fragilité à son personnage, ce qui lui va très bien. Tous les autres acteurs sont justes et touchants (KST, Isabelle Carré…).

Le tout forme un patchwork qui mêle une histoire de couple à la dérive, des rapports familiaux compliqués, la question très actuelle de l’immigration et des contrôles d’identité, un ado insupportable, un adultère, des histoires d’amour naissantes, une fascination pour la culture asiatique, un intérêt pour le milieu politique et les coulisses du pouvoir, et  les tribulations d’une bande de potes dépressifs.

Tant et si bien qu’au final on a un peu l’impression que le réalisateur s’est dit : « vu que j’arriverai jamais à tourner tous les films que je voudrais, je vais tous les faire dans un seul ».

Néanmoins,  le résultat donne à voir un film très original constitué d’une suite de situations très banales.

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A perdre la raison, de Joachim Lafosse, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:19

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Joachim Lafosse semble adorer mettre en scène les faits divers les plus glauques et tordus (ce dont j’ai horreur d’habitude). Il avait déjà réalisé dans ce genre Nue Propriété, que j’avais trouvé assez atroce (en tant que tel et à regarder). Avec A perdre la raison, il s’est lancé un défi bien particulier : faire revivre le duo d’acteurs Tahar Rahim/Niels Arestrup qui avait irradié le chef-d’œuvre de Jacques Audiard, Un Prophète en 2009. Entreprise périlleuse, donc, car les parachuter tous les deux dans un film, un univers et un scénario complètement différents en essayant de conserver la même alchimie relève d’un numéro d’équilibriste. Le problème majeur, c’est que leur relation dans A perdre la raison est fondée sur les mêmes principes que dans Un prophète : dominant-dominé, père-fils, maître et esclave. Il aurait été intéressant que les rapports s’inversent. Tahar Rahim y interprète le personnage de Mounir, un jeune immigré marocain protégé depuis son enfance par André, un riche docteur qui a joué un rôle à la fois trouble et protecteur dans sa famille démunie (mariages blancs pour obtenir des papiers, investissements dans l’immobilier au Maroc…) Le jour où Mounir tombe très amoureux de Murielle (Emilie Dequenne) et qu’ils décident tout deux pour des raisons financières de s’installer chez André, les choses commencent à dégénérer. Murielle arrête d’enseigner, fait 4 enfants, et se retrouve en quelque sorte prisonnière et étouffée dans une cellule dorée où elle ne manque de rien. Finalement, les rôles s’inversent, et c’est Emilie Dequenne qui prend la place de Tahar Rahim, se retrouvant persécutée de façon insidieuse par Niels Arestrup. Elle joue les héroïnes tragiques, totalement annihilée, envahie par une maternité débordante et délaissée par un mari broyé par la gratitude, la culpabilité et la terreur envers son bienfaiteur. Le film progresse vers le dénouement tragique avec une intensité dramatique qui serait presque étouffante si des moments de répit ne venaient pas le ponctuer. Les scènes lumineuses où toute la famille se retrouve au Maroc offrent de courts instants de soulagement (notamment grâce à  la relation complice qui se noue  entre Murielle et la mère de Mounir, comme si cette dernière était la seule à la comprendre alors qu’elles ne parlent pas la même langue).

Toute la force du film réside dans le harcèlement, distillé à dose homéopathique dans les scènes grâce à la superbe interprétation de Niels Arestrup qui est selon moi un des plus grands acteurs que le cinéma français ait connu. Il glisse quelques réflexions, au compte goutte, tout en douceur. Grand-père modèle, bienfaiteur de toute la famille, et pourtant tyran en puissance. Le pouvoir de cet acteur, c’est de parvenir à glacer le sang du spectateur sans déployer aucun effort. Il suffit qu’il soit là. Un geste, un haussement de sourcil, une phrase à peine articulée. Cette façon bien à lui de ne pas regarder son interlocuteur quand il parle ou de lui planter dans les yeux son regard bleu acier pendant une fraction de seconde l’instant d’après. Il montre un jeu d’une puissance phénoménale.

La réussite du film, tient à deux choses : la première, c’est qu’elle ne donne aucune explication précise, et la deuxième, c’est qu’il n’est même pas utile de préciser qu’il est basé sur des faits réels pour en apprécier l’horreur.

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A cœur ouvert, de Marion Laine, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:11

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Mila et Javier sont un couple de chirurgiens cardiaques. Ils tiennent toute la journée le cœur des patients dans leurs mains. Fous amoureux l’un de l’autre, leur relation prend paradoxalement un tournant passionnel et destructeur lorsque Mila tombe enceinte.

Javier sombre dans l’alcool et est éloigné du bloc opératoire. Dans une tentative de sauver leur histoire, ils prennent la décision de partir vivre en Amérique du Sud.

Le film de Marion Laine est à la fois étrange et intéressant. Il dissèque la psychologie de ses personnages et met en relief la pression extrême à laquelle on peut être confronté lorsque l’on se trouve face à un choix. La descente aux enfers d’un couple fusionnel, c’est archi-rabâché au cinéma, mais pourtant Marion Laine la filme de façon originale, romantique et passionnée. Le tout est porté par un duo d’acteur dont la relation est toxique et explosive : Edgar Ramirez, avec son accent espagnol et son interprétation fiévreuse, dévore le personnage de Juliette Binoche, sensuelle, grave et loufoque à la fois. Petit hommage au second rôle Hippolyte Girardot, un acteur très intéressant. Rien de révolutionnaire dans ce film, mais ça se regarde sans problème.

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Do not disturb, Yvan Attal, 2012 8 septembre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 18:14

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Un petit mot sur le nouveau film d’Yvan Attal, que j’ai vu en avant-première.

Remake d’un film américain (Humpday de Lynn Shelton), il raconte l’histoire de deux potes de longue date, Ben et Jeff, qui se retrouvent après des années et se lancent lors d’une soirée arrosée un pari fou : réaliser un film pour un festival US-hard.

L’intérêt de Do Not Disturb, c’est qu’il est tellement bien écrit, bien interprété et bien ficelé, qu’il nous fait complètement oublier la question lancinante qu’on se pose au début : vont-ils le faire, ou pas ? Jamais trash ni vulgaire, le film creuse au contraire une réflexion très intéressante sur les regrets, les choix qu’on fait, les itinéraires qu’on prend, la vie qu’on mène et celle dont on rêve. Car derrière le portrait d’une amitié forte se cachent des doutes et des déceptions : Jeff, le baroudeur libre comme l’air renvoie à Ben en pleine face l’image de son existence rangée et de son conformisme. A l’inverse, l’audace de Ben pour en sortir renvoie à Jeff sa lâcheté et son hypocrisie. Aucun narcissisme ni aucune complaisance dans l’exposition des problèmes existentiels d’un groupe de bobo parisiens. Yvan Attal (que j’adore, par ailleurs) réalise un film drôle et décalé. Il pose sa patte pleine d’originalité sur un scénario bien écrit. François Cluzet est désinhibé et hilarant, et quant aux actrices du film, elles forment un trio de choc qui fonctionne à mort : Casta-Argento-Gainsbourg, c’est une idée de casting complètement lumineuse. Mordant et sincère, Do not disturb est bourré de scènes et de répliques savoureuses. Son seul défaut est d’être un peu élitiste et très parisien (je ne suis pas certaine que tout le monde rigole pour les bonnes raisons, ça peut tourner au foutage de gueule généralisé). Mais il a surtout une grande qualité : rien n’y est jamais tout noir. Ni tout blanc.

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