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Le Capital, Costa-Gavras, 2012 23 novembre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 18:17

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Costa-Gavras s’attaque dans son nouveau film au monde de la haute finance. Il raconte l’ascension fulgurante de Marc Tourneuil (Gad Elmaleh), propulsé au sommet d’une banque française sur le point d’être avalée par un groupe américain. Entre montages financiers complexes, OPA sauvages, plans sociaux ravageurs et guérillas internes sanguinaires, Tourneuil est très vite confronté au choix cinématographique classique qui oppose l’intégrité à l’argent.

Le film suit le schéma conventionnel de la mutation d’un individu dont l’âme est gangrenée par l’appât du gain. Gad Elmaleh interprète au premier degré un golden boy glacial et désabusé, un peu trop figé. Sa volonté d’effacer son personnage de one-man show le pousse à faire preuve d’un excès de rigidité.

Costa Gavras fait déballer aux acteurs tout un jargon financier difficilement intelligible pour les non-initiés, qui peut causer de réactions opposées : soit on se laisse bercer par ce flot continu de chiffres, de pourcentages et de calculs en renonçant à y déceler une quelconque poésie, soit on décroche.

Truffé de phrases à l’emporte-pièce qui sonnent creux (« l’argent est le maître, mieux tu le sers, mieux il te traite… »), le film est un coup d’épée dans l’eau. On y assiste, impuissants, à l’éternel triomphe du capitalisme roi, des marchés incontrôlables, des banquiers et des traders.

La meute de loups affamés est cependant bien interprétée par un casting cinq étoiles : Gabriel Byrne, trop rare au cinéma, joue génialement le requin sans scrupules made in Wall-Street. Il s’oppose au personnage du brillant Hippolyte Girardot qui joue très finement le dernier héraut d’un système où l’Etat aurait encore son mot à dire. Pour le reste, Bernard Le Coq, Daniel Mesguish et Philippe Duclos composent un organigramme à la fois lâche et féroce. Les femmes sont peu représentées, mais convaincantes (la fascinante Natacha Régnier et la vénéneuse Liya Kebede).

Finalement, Costa-Gavras crée un film rythmé, mais balisé et conventionnel. On finit par s’ennuyer un peu dans les couloirs feutrés des hôtels particuliers parisiens et on s’assoupit sur les sofas en cuir des yachts floridiens. Le Capital se prend un peu trop au sérieux, manque beaucoup d’ironie, et on repense à Chabrol avec une certaine nostalgie.

 

 

Skyfall, de Sam Mendes, 2012 6 novembre, 2012

Classé dans : Films coups de coeur,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:30
Skyfall, de Sam Mendes, 2012 dans Films coups de coeur 20264211.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

© Sony Pictures Releasing France

Le revoilà, enfin. Quatre ans après l’aride Quantum of Solace, six ans après le palpitant Casino Royale, et 50 ans après le premier, James Bond contre Dr No, le plus célèbre des agents secrets britanniques est de retour.

Changement de style, dans Skyfall, le nouvel ennemi c’est Internet. James Bond 2.0 a effectué ses mises à jour. Terminées les intrigues archaïques post-Guerre Froide contre les Russes ou la Corée du Nord, la franchise adapte son scénario au nouvel ordre mondial : celui dans lequel les puissances occidentales n’arrivent plus à identifier l’ennemi, et font face à une menace diffuse et endémique, où le facteur risque ne provient pas d’une arme nucléaire mais d’un virus informatique.

Et puis c’est la crise. La boutique est en liquidation. Fini le déballage de gadgets et de haute technologie. Le nouveau Q (un jeune génie de l’informatique, interprété par le très pince-sans-rire Ben Whishaw) n’est plus le Père Noël. Pour tout cadeau, 007 reçoit un revolver codé à ses empreintes digitales et une radio. Côté voiture, on est bien loin de Casino Royale ou Meurs un autre jour, sortes d’annexes du Mondial de l’auto, avec leurs défilés de Lamborghini et de Porsche. Dans Skyfall, on revient à l’essentiel : la sublime et mythique Aston Martin DB5 (qui fête elle aussi ses cinquante ans), reprend du service.

L’artillerie lourde, on s’en passe aussi. Coincé dans les Highlands écossaises, 007 se retrouve armé d’un seul fusil de chasse, et M (oui oui) fabrique des bombes avec un peu de dynamite, des clous et des ampoules cassées. On supprime le kitsch et l’exotisme lourdingues, qu’on remplace par le charme gris et pluvieux de Londres et de l’Ecosse.

Daniel Craig, subtil et brutal à la fois,, a le costume de 007 désormais soudé à la peau. Javier Bardem, le méchant, est redoutable. Décalé, névrosé, manipulateur comme le Chiffre et terrifiant comme Jaws, il parvient à s’imposer comme un personnage majeur de la franchise. L’humour, qui manquait un peu au personnage depuis que Daniel Craig en a revêtu le costume, est à nouveau au rendez-vous et conduit à cette conclusion : les anglais sont définitivement les rois du rire. Et peut-être aussi de la chanson. Le générique, gothique et crépusculaire, est bien servi par la magnifique interprétation d’Adèle.

Mais le plus grand intérêt consiste à recentrer l’intrigue sur la relation passionnante entre M et Bond. 007, c’est l’homme insaisissable, qu’aucune femme ne parvient à contrôle, exceptée M. Face à elle, James ressemble plus que jamais à un  garçon buté mais un peu contrit qui vient de faire des bêtises. La formidable Judi Dench crée à nouveau cet alliage savoureux d’indifférence, de froideur et de cruauté, mais dissimule au fond de son cœur un attachement fort pour son agent. Dans Skyfall, on la sent toujours plus déchirée entre son objectif de perfection et de loyauté dans l’accomplissement de sa mission, et la mise en danger permanente de celui qui l’exécute, 007.

Austère, artisanal, dense et visuellement bluffant, Skyfall allie modernisme et retour aux sources : le mélange est décapant. Un cran au dessus, c’est certainement l’un des meilleurs films de toute la franchise.

 

 

Paperboy, de Lee Daniels, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:28
Paperboy, de Lee Daniels, 2012 dans Recemment vus en salle metropolitan-filmexport-225x300

© Metropolitan FilmExport

Lorsque Lee Daniels, entraîne une pléiade de stars dans les méandres du bayou floridien, cela rend un film délirant mais… un peu raté.

L’histoire se déroule à la fin des années 1960. Ward (Matthew McConaughey) et Yardley (David Oyelowo), deux journalistes, reviennent dans le pays de leur enfance, une petite ville de Floride, pour enquêter sur la condamnation à mort d’un certain Hillary Van Wetter (John Cusak), dont ils sont persuadés qu’il est victime d’une erreur judiciaire. Ils mènent leurs investigations aux côtés du petit frère de Ward, Jack (Zac Efron), un simple livreur de journaux (paperboy, en anglais). L’enquête les conduit à rencontrer un curieux personnage, Charlotte (Nicole Kidman). Fascinée par les prisonniers et folle amoureuse du condamné qu’elle connaît à peine, elle est prête à tout pour le faire libérer.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Lee Daniels ne fait pas dans la dentelle. Il réalise un polar brûlant qui s’égare dans un labyrinthe de genres et d’ambiances (comédie, film policier, horreur, romance, film politique sur la ségrégation…). Il plonge le spectateur dans la moiteur poisseuse des villes en perdition de la « Bible Belt », qui vivent au ralenti en attendant d’être avalées par la jungle du sud des Etats-Unis. Les personnages sont tous névrosés, dévorés par leurs obsessions, et dégoulinants de sueur. Ils constituent une sorte d’échantillon sociologique caricatural d’une communauté abandonnée (que John Cusak, terrifiant, synthétise très bien). Matthew McConaughey est borderline à souhait, Nicole Kidman vit une sorte de résurrection ultra-ironique en poupée quinquagénaire trash et désabusée, mais on la distingue à peine sous des litres de mascara et de rouge à lèvre. Quand à Zac Efron, amoureux transi, unique personnage rationnel, marginal au début et essentiel à la fin, il est le seul zeste de fraîcheur du film. Il forme avec Nicole Kidman un couple improbable, mais serait plus convaincant si Lee Daniels ne s’obstinait pas à le faire apparaître torse nu la plupart du temps. La mise en scène kitsch donne l’impression que le film a été filtré sur Instagram. Il s’appesantit sur l’ambiance glauque d’une bourgadede l’Amérique profonde au détriment du scénario pour finalement ne mettre en valeur ni l’un, ni l’autre. Sur ce thème, le générique de True Blood qui dure 30 secondes est plus réussit que ce long-métrage d’1h50. Obscène, absurde et un peu exaspérant, Paperboy s’emmêle les pinceaux. Dans le genre enquête flashback des années 1960, certains épisodes de Cold Case sont beaucoup plus réussis.

 

 

Amour, de Michael Haneke, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:26
Amour, de Michael Haneke, 2012 dans Recemment vus en salle les-films-du-losange-223x300

© Les Films du Losange

Le nouveau Haneke, Palme d’or 2012 était très attendu. Alors que la plupart des films marquants du dernier Festival de Cannes sont déjà sortis, Amour se faisait encore désirer. Surtout pour les aficionados de premier rang du réalisateur autrichien.

Verdict?

Le film commence par une scène choc atroce et gratuite comme Haneke sait si bien les faire. Apparaissent ensuite les deux acteurs extraordinaires, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, qui mettent tout le monde d’accord par leur performance. L’histoire peut se résumer à ceci : un couple âgé très amoureux, elle qui tombe malade, et lui qui reste à ses côtés pour la soutenir. Le film est bien sûr infiniment plus complexe, et dresse une liste presque exhaustive et chronologique de toutes les questions inhérentes à cette situation douloureuse.

Le coup de force, c’est que tout est mis à plat sans jamais être formulé verbalement (la maladie, la question épineuse de l’euthanasie, les réactions de l’entourage…). Le film est silencieux, le langage se délite, les mots se vident de leur sens et disparaissent. Seules subsistent quelques notes de Schubert et de Bach, qui témoignent de l’obsession d’Haneke pour le piano et l’univers des grands concertistes (Emmanuelle Riva, ancien professeur de piano, référence à La Pianiste). La force du film, c’est de ne jamais tirer les larmes du spectateur, en traitant pourtant un sujet difficile qui se prête au cinéma au larmoyant. L’interprétation pudique et réservée de Jean Louis Trintignant évacue toute forme de pitié, de compassion déplacée ou de misérabilisme. Mais à force d’aspirer les émotions dans la froideur de sa mise-en-scène, Haneke finit par faire un nettoyage par le vide. On a l’impression d’errer non pas dans un appartement abandonné, mais dans un lieu qui n’a jamais été habité. Seule Isabelle Huppert, bouleversante, injecte un peu de vie et de chaleur dans ce film spectral. Minimaliste, ultra épuré, presque désincarné, Amour, c’est du cinéma brut, auquel on enlève presque toute sa substance, pour ne laisser que l’essentiel : deux acteurs et une caméra.

 

 

Rebelle, de Kim Nguyen (sortie le 28 novembre 2012)

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:25

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« Il faut d’abord que je t’explique comment je suis devenue soldat. Parce que sinon, quand tu sortiras, je ne sais pas si le bon dieu va me donner assez de force pour t’aimer. »

Cette phrase, c’est le début de Rebelle, le second long-métrage du réalisateur québécois Kim Nguyen. Komona, 14 ans, s’adresse à son futur enfant. Son père, c’est le commandant du régiment de l’armée rebelle dans laquelle elle a été enrôlée pour combattre contre les forces du gouvernement.

L’action se déroule dans un pays d’Afrique Subsaharienne (la volonté du metteur en scène est de ne pas le situer trop précisément). Komana, âgée de 12 ans, vit avec ses parents dans un village de pêcheurs lorsque celui-ci tombe aux mains des insurgés. Les familles sont tuées, et les enfants sont enlevés pour grossir les rangs de l’armée. Elle y rencontre Magicien, ils tombent amoureux, et décident de s’évader tous les deux.

La construction du film retrace la descente aux enfers de ces milliers d’enfants enrôlés dans la guerre, suivant un processus d’anéantissement psychologique utilisé par les groupes armés (meurtre des parents, violences physiques/exploitation sexuelle, lavage de cerveau, rites initiatiques, drogue, combat..).La mise-en-scène est intéressante.

On navigue caméra embarquée dans ce paysage chaotique et ravagé par un conflit qui dure depuis des décennies. Les acteurs, tous amateurs et pour la plupart issus des bidonvilles de Kinshasa, interprètent des enfants et des hommes qui se sont mués en machines de guerre. Le scénario est construit sur une sorte de balancier qui alterne des scènes de combat ou de détresse d’une violence exacerbée, et des instants de grâce emprunts d’un fort lyrisme. Les coupures son et les ralentis, injectés par petites doses dans l’ensemble, créent un effet d’hypnose sur le spectateur, et l’entraînent dans une déambulation sinistre, effrayante et fascinante à la fois. La magie, omniprésente dans cette zone de l’Afrique, est également introduite dans la mise-en-scène. Les fantômes blancs des défunts qui errent dans la jungle sur les zones de combat, ajoutent une dimension onirique à l’ensemble.

Kim Nguyen dépeint de façon singulière des situations où, souvent, on croit qu’un grigri peut combattre la mort, qu’une kalachnikov a plus de valeur que la vie d’un homme, et où l’on fait la fête sous une pluie de balles, au son des rafales et des tirs, et à la lumière d’un feu nourri. Le tout forme un film puissant, spectral et lyrique, qui égare le spectateur dans un paysage vaporeux et apocalyptique.

*Au sujet des enfants soldats : le livre d’A. Kourouma, Allah n’est pas obligé, Points, 2002.

 

 

Dans la maison, de François Ozon (2012) 11 octobre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 17:27

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François Ozon était attendu au tournant après le succès de Potiche. Dans la Maison présente un intérêt majeur, c’est qu’il réunit les qualités de ses long-métrages précédents sans en reproduire les défauts. Abouti et maîtrisé, il relate l’histoire d’un professeur de français, Germain (Fabrice Luchini) désabusé par son métier. La nouvelle rentrée scolaire amène sur les bancs de sa classe un singulier personnage, qui va peut-être bouleverser le cours de sa vie routinière.

Claude de son prénom, lui rend une rédaction dans laquelle il décrit sur un ton satirique son intrusion tolérée mais néanmoins indiscrète et voyeuriste dans le quotidien de la famille Rapha (dont le fils est un élève de la classe). Germain, ravi d’avoir trouvé de quoi pimenter son propre quotidien et désireux de révéler tous les talents littéraires de son élève, l’incite à poursuivre l’étude de cette famille décrite comme « normale ». Claude bouleverse peu à peu tout l’équilibre de la maison et sa présence agit comme le catalyseur d’une révolte latente des personnages contre l’ennui et la vacuité de leurs existences. Objet de désir, fantomatique, beau, diabolique, évanescent, angélique et pervers à la fois, le jeune Claude possède un talent : l’art subtil de la manipulation. Ainsi, la relation professeur/élève et la fascination respective de l’un envers l’autre s’en trouvent complètement renversée. En témoigne ce dialogue entre Luchini et Kristin Scott Thomas, qui joue sa femme : « Il te manipule : tu veux lui apprendre la littérature, mais c’est lui qui te donne une leçon ».

François Ozon réalise un coup de force en réussissant à associer dans le même film un scénario qui tient réellement la route et une analyse de la fiction, de la parodie et du processus de création. Pour ce faire, il manie et transforme avec dextérité les codes du thriller psychologique conventionnel en injectant des petites doses d’ironie et de loufoque dans les scènes où la tension devient trop forte. Le cadre en lui-même, témoigne de ce ton décalé qui est la marque de fabrique d’Ozon : il détourne les clichés du cinéma américain, en plaçant sa caméra tantôt dans un lycée public flambant neuf où les étudiants portent l’uniforme anglo-saxon, tantôt dans une maison sortie tout droit d’une série tv made in Hollywood. Il distille dans son film un certain nombre de détails et d’incohérences (scènes qui se répètent selon des angles narratifs différents, intrusion de la réalité dans le récit de fiction…).

Le film est bien servi par ses acteurs et notamment par le duo Fabrice Luchini/Ernst Umhauer, dont la relation est particulièrement troublante. Ils jouent successivement le père et le fils, le prof et l’élève, l’artiste et sa muse, les amants inavoués et le reflet de l’autre dans sa jeunesse. Ernest Umhauer est une révélation. Aidé par un physique qui le destine à interpréter, quelque soit le film, le personnage de l’ennemi charismatique, fascinant et dangereux, il ne lui en faut pas beaucoup plus pour faire des ravages devant une caméra.

Le tout constitue un  film riche, complexe, structuré, drôle et gracieux. Il manque encore à ce cinéma quelques aspérités, sur lesquelles le spectateur pourrait enfin trébucher et s’écorcher. François Ozon est peut être le meilleur élève de la classe. Mais il serait intéressant de le voir se transformer en cancre.

 

 

The We and the I, de Michel Gondry, 2012 14 septembre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 22:02

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Michel Gondry est certainement un ovni du cinéma, et en même temps un excellent réalisateur. Avec ce nouveau film, il confirme encore davantage cette idée. The We and the I se présente sous la forme d’un docu-fiction, qui suit en temps réel dans un huit-clos un groupe d’adolescents tout au long du trajet de bus qui les ramène chez eux dans le Bronx, après le dernier jour d’école.

Etonnant, innovant et créatif, ce long-métrage plonge au cœur de la jeunesse américaine (ici celle des quartiers populaires) comme si on y était. Il place le spectateur dans une position de sociologue en immersion. Gondry fait l’analyse (sans jamais être didactique) d’un microcosme social, où une bande de petits tyrans font la loi et où les autres obéissent. Mais il serait schématique de résumer ce film complexe de façon aussi manichéenne. Car les liens que tissent ou ne tissent pas les personnages vont bien au-delà des simples rapports de force. Certes, on assiste à beaucoup de cruauté, mais derrière le langage fleuri et le côté Jackass se cache une profonde humanité. On la décèle, en creusant un peu sous la surface, dans des regards, des non-dits et des silences. Sans jamais approfondir et intellectualiser à outrance, Gondry parvient à brosser un portrait de la jeunesse américaine, de ses angoisses et ses doutes. Bien servi par des acteurs amateurs très doués qui jouent leurs propres rôles, une mise en scène pleine d’énergie et une BO électro entraînante, le film pose un regard sincère et clairvoyant sur la jeunesse d’aujourd’hui. Celle qui entre dans l’âge adulte au moment d’une crise économique planétaire, celle qui grandit avec le numérique et l’Internet, celle qui pour la première fois a un niveau de vie inférieur à celui de la génération qui la précède.

En somme, The We and the I accomplit un challenge : celui de conserver une grande spontanéité, sans jamais rien laisser au hasard.

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Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:28

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Le nouveau film de Pascal Bonitzer est assez étrange, pour toute personne qui ne connaît pas son univers cinématographique.  Il raconte l’histoire d’un personnage, Damien (Jean-Pierre Bacri), un professeur de civilisation chinoise, qui voit son existence routinière bouleversée par une certaine Zorica, qu’il ne connaît même pas, mais dont le destin dépend indirectement de lui, par une suite d’effets en chaîne. Zorica est menacée d’expulsion. Par l’intermédiaire d’un ami commun, la femme de Damien (Kristin Scott Thomas) va lui demander d’intervenir dans ce dossier. En effet, le père de Damien n’est autre que le président du Conseil d’Etat (interprété par l’incroyable Claude Rich), avec qui il ne s’entend pas du tout.

Cherchez Hortense est déroutant dans le sens où il part  de l’histoire d’un seul personnage et se déploie dans de multiples directions, tant et si bien qu’il est difficile de savoir où Pascal Bonitzer veut en venir. Il n’en est pas moins un film touchant, voire drôle (la scène du resto japonais notamment). L’humour et l’émotion naissent de tous les quiproquos, malentendus et problèmes de communication qui interfèrent entre les personnages et les placent dans des situations cocasses, inconfortables et émouvantes. Jean-Pierre Bacri est drôle et bouleversant sans changer vraiment de registre. Il rajoute simplement une touche de fragilité à son personnage, qui lui va bien. Les autres acteurs sont justes (KST, Isabelle Carré…).

Le tout forme un patchwork qui mêle une histoire de couple à la dérive, des rapports familiaux compliqués, la question de l’immigration et des contrôles d’identité, un ado insupportable, un adultère, des histoires d’amour naissantes, une fascination pour la culture asiatique, un intérêt pour le milieu politique et les coulisses du pouvoir, et  les tribulations d’une bande de copains dépressifs.

Tant et si bien qu’au final on a un peu l’impression que le réalisateur s’est dit : « vu que j’arriverai jamais à tourner tous les films que je voudrais tourner, je vais tous les faire dans un seul ».

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A perdre la raison, de Joachim Lafosse, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:19

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Joachim Lafosse semble adorer mettre en scène les faits divers les plus glauques. Il avait déjà réalisé Nue Propriété, qui était assez atroce. Avec A perdre la raison, il s’est lancé un défi bien particulier : faire revivre le duo d’acteurs Tahar Rahim/Niels Arestrup qui avait irradié le chef-d’œuvre de Jacques Audiard, Un Prophète en 2009. Entreprise périlleuse, donc, car les parachuter tous les deux dans un film, un univers et un scénario complètement différents en essayant de conserver la même alchimie relève d’un numéro d’équilibriste. La difficulté majeure, c’est que leur relation dans A perdre la raison est fondée sur les mêmes logiques que dans Un prophète : dominant-dominé, père-fils, maître et esclave. Il aurait été intéressant que les rapports s’inversent. Tahar Rahim y interprète le personnage de Mounir, un jeune immigré protégé depuis son enfance par André, un riche médecin qui a joué un rôle à la fois trouble et protecteur au sein de sa famille démunie restée au pays (mariages blancs, investissements douteux dans l’immobilier…). Le jour où Mounir tombe très amoureux de Murielle (Emilie Dequenne) et qu’ils décident tout deux pour des raisons financières de s’installer chez André, la situation commence à dégénérer. Murielle cesse d’enseigner, fait 4 enfants, et se retrouve en quelque sorte prisonnière et étouffée dans une cellule dorée où elle ne manque de rien. Les rôles s’inversent, et c’est Emilie Dequenne qui prend la place de Tahar Rahim, se retrouvant persécutée de façon insidieuse par Niels Arestrup. Elle est totalement annihilée, envahie par une maternité débordante et délaissée par un mari broyé par la gratitude, la culpabilité et la terreur envers son bienfaiteur. Le film progresse vers le dénouement tragique avec une intensité dramatique presque étouffante si des moments de répit ne venaient pas le ponctuer. Les scènes lumineuses où toute la famille se retrouve au Maroc offrent de courts instants de soulagement (notamment grâce à  la relation complice qui se noue  entre Murielle et la mère de Mounir, comme si cette dernière était la seule à la comprendre alors qu’elles ne parlent pas la même langue).

Toute la force du film réside dans le harcèlement, distillé à faible dose grâce à la superbe interprétation de Niels Arestrup un des plus grands acteurs que le cinéma français ait connu. Il glisse quelques réflexions, au compte goutte, en douceur. Grand-père modèle, et pourtant tyran en puissance. Le pouvoir de cet acteur, c’est de parvenir à glacer le sang du spectateur sans déployer aucun effort. Il suffit qu’il soit là. Un geste, un haussement de sourcil, une phrase à peine articulée. Cette façon bien à lui de ne pas regarder son interlocuteur quand il parle ou de lui planter dans les yeux son regard bleu acier pendant une fraction de seconde l’instant d’après. Il montre un jeu d’une puissance phénoménale.

La réussite du film, tient à deux choses : la première, c’est qu’elle ne donne aucune explication précise, et la deuxième, c’est qu’il n’est même pas utile de préciser qu’il est basé sur des faits réels pour en comprendre l’horreur.

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A cœur ouvert, de Marion Laine, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 16:11

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Mila et Javier sont un couple de chirurgiens cardiaques. Ils tiennent toute la journée le cœur des patients dans leurs mains. Fous amoureux l’un de l’autre, leur relation prend paradoxalement un tournant passionnel et destructeur lorsque Mila tombe enceinte.

Javier sombre dans l’alcool et est éloigné du bloc opératoire. Dans une tentative de sauver leur histoire, ils prennent la décision de partir vivre en Amérique du Sud.

Le film de Marion Laine est à la fois étrange et intéressant. Il dissèque la psychologie de ses personnages et met en relief la pression extrême à laquelle on peut être confronté lorsque l’on se trouve face à un choix. La descente aux enfers d’un couple fusionnel, c’est archi-rabâché au cinéma, mais pourtant Marion Laine la filme de façon originale, romantique et passionnée. Le tout est porté par un duo d’acteur dont la relation est toxique et explosive : Edgar Ramirez, avec son accent espagnol et son interprétation fiévreuse, dévore le personnage de Juliette Binoche, sensuelle, grave et loufoque à la fois. Petit hommage au second rôle Hippolyte Girardot, un acteur très intéressant. Rien de révolutionnaire dans ce film, mais ça se regarde sans problème.

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