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Superstar, de Xavier Giannoli, 2012 5 septembre, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 14:53

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Les avis sont partagés sur le nouveau film de Xavier Giannoli. Adapté du roman de Serge Joncour, L’Idole, il narre l’histoire de Martin Kazinski, un monsieur-tout-le-monde qui devient brutalement célèbre sans savoir pourquoi. L’idée est Kafkaïenne, mais la mise en scène américanisante altère la force du sujet.

L’intérêt du film est de nous faire oublier la question fondamentale qui taraude tout le monde et surtout le principal intéressé : « pourquoi ? ». Au lieu d’essayer à tout prix d’y répondre, Giannoli se lance dans une analyse du système médiatique, de ses rouages et de son absurdité. Martin se retrouve complètement piégé sans même avoir mis un seul doigt dans les engrenages de cette mécanique folle qui s’emballe pour rien. Le cercle vicieux du « buzz qui attire les médias qui attirent le buzz » est impossible à rompre. Il est assez intéressant d’observer l’envers du décor, où sont tirées les ficelles du pouvoir dans cette dictature du spectacle. On évolue dans les coulisses, les régies, les bureaux, où bruissent murmures, rumeurs, complots et manigances, qui se propagent à toute vitesse comme un virus informatique. Ils alimentent le flot continu d’images, qui remplit tout l’espace, comble tout les silences, et creuse pourtant une faille abyssale : celle de l’information, aspirée comme dans un trou noir.

Pour incarner le fameux Martin qui ?, Kad Merad colle bien au personnage, mais sa palette de jeu se résume au tandem panique /incompréhension. Cécile de France est très convaincante, comme à son habitude, même si son rôle de journaliste aux convictions piétinées par la course à l’audience n’a rien d’innovant. Inspirée et bouleversante, elle est mise en valeur par la caméra d’un metteur en scène un peu amoureux d’elle. Les héros du film, ce sont les personnages secondaires. Louis-Do De Lencquesaing, cynique, mesquin, lucide et désabusé, incarne à la perfection le producteur qui manipule le système. Ben, est excellent : il interprète avec une facilité déconcertante le présentateur narcissique, mégalo, puéril et capricieux.

  En somme, Superstar est un film très « divertissant ». Giannoli réalise une critique aiguë de la célébrité, à travers une construction en pyramide d’un film qui suit pas à pas la fameuse règle médiatique « on lèche, on lâche et on lynche ». Le bémol, c’est qu’il enfonce des portes ouvertes : la célébrité n’est que superficialité. Tout le monde le sait déjà.

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Kad Merad

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Ben

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Louis-Do de Lencquesaing

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Cécile de France

 

 

360, de Fernando Meirelles, 2012 31 juillet, 2012

Classé dans : Films vraiment pas... obligatoires!,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 22:00

360, de Fernando Meirelles, 2012 dans Films vraiment pas... obligatoires! 20151529.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx-221x300

Fernando Meirelles est un brillant metteur en scène, avec au compteur The Constant Gardener, La Cité de Dieu et Blindness. Mais avec 360, il accuse une sérieuse dégringolade. Pourtant, le concept du film-chorale conduit souvent à de belles surprises. Mais il faut faire preuve d’une bonne dose d’originalité pour le réussir. Certains américains sont passés maîtres en la matière, comme Robert Altman (Short Cuts), ou  Paul Thomas Anderson (Magnolia), Chez les Français, Klapish (Paris) sait y faire.

Mais le nouveau long-métrage du réalisateur brésilien se perd dans un imbroglio d’histoires sans queue ni tête. Il exploite sans profondeur la théorie de la deuxième chance et des choix cruciaux qui donnent à la vie un tournant irréversible, à travers de nombreux personnages qui se croisent. Ces grandes questions philosophiques sont difficiles à traiter au cinéma, et de nombreux réalisateurs s’y sont cassés les dents avant lui (sauf récemment Jaco Van Dormael avec son Mr. Nobody). Dommage, car une pléiade de bons acteurs sont réunis pour aider Meirelles dans sa périlleuse exploration de l’âme humaine : Anthony Hopkins, Jude Law (qui rejoue Closer entre adultes consentants), et Rachel Weisz. Pourtant, ce sont les seconds rôles qui s’en sortent le mieux (notamment Ben Foster dans le rôle d’un délinquant sexuel au bord de la récidive et Moritz Bleibtreu en requin du Dow Jones manipulateur). Le film est un prêchi-prêcha philosophique fade et paresseux, une sorte de puzzle auquel il manque une pièce et laisse un arrière-goût d’inachevé.

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Batman The Dark Knight Rises, de Cristopher Nolan, 2012 30 juillet, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 12:47

Batman The Dark Knight Rises, de Cristopher Nolan, 2012 dans Recemment vus en salle 201147484.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120522_0910384

Voici donc le tentpole de l’été. Les tentpoles, ce sont cette nouvelle génération de blockbusters survitaminés sur lesquels les distributeurs misent leur chiffre de l’année. Nouvelle stratégie commerciale donc, car s’ils préféraient parier sur trois ou quatre films à gros budget par an, désormais les businessmen hollywoodiens mettent le paquet sur un seul film, ou deux maximum.. Cet été, le combat a lieu entre  The amazing Spiderman, le challenger de Sony Pictures, et The Dark Knight Rises, le rouleau compresseur de Warner.

Deux films assez différents, puisque Christopher Nolan a décidé de revenir à un cinéma d’action plus traditionnel, en tournant en 35 et 70mm, quand la pellicule est censée disparaître du filon hollywoodien à l’orée 2013. Le résultat prouve qu’il a fait le bon choix. Pour une fois, on a l’impression de regarder un vrai film et non une compilation de cinématiques de jeux vidéo.

Même sans  être fan de Batman, les deux films de Christopher Nolan ont une empreinte très singulière. Certes, il faut prendre quelques précautions avant d’aller voir « Batman TDKR ». S’armer de patience, d’abord, car l’action est longue à mettre en place. Il est aussi utile de faire un petit débriefing sur les épisodes précédents pour ne pas être complètement perdu. Enfin, rabaisser son degré d’exigence pour fermer les yeux devant les incohérences du film. Après tout, Hollywood reste une machine à vendre du rêve, et il est parfaitement vain de calculer le degré de plausibilité du récit (comment Batman qui pèse deux tonnes avec son armure ne passe-t-il pas à travers la glace alors que tous les autres oui ? »).

Malgré tout, au bout de trois quarts d’heure, le film prend un puissant coup d’accélérateur tel le décollage d’un avion.Visuellement, tout d’abord, l’univers de Nolan est bluffant. Noir, crépusculaire et glacial, tout y est. Les scènes de combat rapproché sont d’une certaine lourdeur (Christian Bale a l’air un engoncé dans son costume), mais contrastent avec des scènes de course-poursuite spectaculaires et aériennes. La Batpod (moto de Batman), reste la grande réussite concernant des effets spéciaux, au point qu’elle fait passer les BMW 1200 GS des hommes de Bane pour des mobylettes.

L’OST lyrique d’Hans Zimmer est réussie. L’esthétique apocalyptique du film, qui transforme Gotham en un no man’s land, un territoire dévasté par un cataclysme où s’installe une sorte de régime anarchico-totalitaire ultra répressif, est fascinante.

En somme, Batman TDKR n’est pas aussi intéressant que l’opus précédent, mais c’est un film maîtrisé de bout en bout.

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Mains armées, de Pierre Jolivet, 2012 24 juillet, 2012

Classé dans : Films vraiment pas... obligatoires!,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 14:09

Mains armées, de Pierre Jolivet, 2012 dans Films vraiment pas... obligatoires! 20097158.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120503_031919-225x300

Le problème des films policiers français, c’est qu’ils sont soit très réussis soit très mauvais. Statistiquement, c’est environ une chance sur deux, là où les américains sont experts de l’exercice. Mains armées ne se situe malheureusement pas dans la première catégorie.

Le film évoque la rencontre de Lucas (Roschdy Zem), le père, commandant de police à Marseille, et Maya, la fille (Leila Bekhti), jeune flic aux stups à Paris. Une affaire de trafic d’armes de guerre appartenant à l’OTAN et tombées dans les mains d’un réseau yougoslave les conduit à reprendre contact.

Mains armées possédait pourtant des arguments intéressants. Mais il est paralysé par un sérieux problème de rythme. Il est long à commencer, long à se développer, et long à se terminer. Aborder une question aussi complexe que celle du trafic d’armes requière un scénario solide et permettrait des rebondissements en chaîne. La relation entre les personnages est chronophage et l’enquête s’égare dans ses ramifications. Il aurait été judicieux de trancher entre les deux. L’ensemble est assez convenu, surtout la fin, et le sujet complètement survolé. Le défaut majeur de ce long-métrage, c’est un sujet trop ambitieux mis en scène avec un sérieux manque d’ambition.

Côté casting, Roschdy Zem sauve la mise. Il incarne de façon inspirée un enquêteur fin, taiseux et taciturne. Leila Bekhti passe un peu à côté de son personnage. Emouvante  jeune recrue déjà fatiguée, elle est ternie par le parti pris de la réalisation. Marc Lavoine en chef des stups peu fréquentable est caricatural, usant et abusant d’un jargon qui n’apporte rien au film et ponctue une phrase sur deux (« Yougo » pour « yougoslave », « kil » pour « kilos de drogue », « filoche » pour filature)

Mains armées est un film prudent, éparpillé et qui manque d’atmosphère.

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Holy Motors, de Leos Carax, 2012. 19 juillet, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 15:19

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En deux mois sont sortis en salles deux films (en compétition à Cannes tous les deux également) dont l’action se déroule principalement dans une limousine.

Mais la ressemblance s’arrête presque là. Avec Holy Motors, Leos Carax réussit ce que David Cronenberg, avec Cosmopolis, a raté. Car lorsque le second s’acharne à vouloir donner toutes les réponses aux interrogations du spectateur, le premier essaie plutôt de poser toutes les questions. On devine dans les deux longs métrages les raisons de cet intérêt soudain pour ces kilomètres de carrosserie rutilante et de sièges en cuir. Condensés de luxe, de pouvoir et de haute technologie, elles représente l’apogée de la finance-reine et le catalyseur de la colère des citoyens indignés.

Roulant au pas, elles véhiculent des hommes pressés, vitrines de rêve aux vitres fumées, à la fois prisons roulantes et bunkers dorés, les limousines au cinéma renferment tous les paradoxes. Ce sont des palaces ambulants véhiculant des hommes statiques, figés au sommet de leur empire, ne pouvant pas monter plus haut. Elles cheminent sans direction, comme si elles tournaient en rond, avant de retourner à la case départ (le garage). Elles sont le moteur bien huilé d’un éternel recommencement.  Dans ces deux cas précis, les films se déroulent au cours du laps de temps durant lequel la mécanique se dérègle, avant de reprendre son court. Au moment où le système se grippe. Comme dans La Structure des révolutions de T. Kuhn, les deux metteurs en scène tentent de décrypter les mécanismes de la crise, et s’intéressent au moment de basculement, à la phase extraordinaire, et non pas à la phase « ordinaire».

Dans Cosmopolis, Eric Packer/Robert Pattinson est la clé de voûte du système, à la fois ultime tyran et premier condamné. Il s’isole de la fureur de la foule insurgée dans l’habitacle capitonné de son véhicule qu’il aménage en lieu de vie, de débauche et de perdition. Dans Holy Motors, Alex Oscar/Denis Levant constitue plutôt la courroie de transmission du système. Le film divisé en 9 volets (en plus de l’introduction, de l’entracte et de la fin), est construit autour de 9 rendez–vous sur une journée. A chacun d’entre eux, Monsieur Oscar se déguise en un nouveau personnage. La limousine se transforme en une loge de théâtre où s’entassent masques, perruques et déguisements. La mise en abîme commence là, et le film se déroule, échappant à toute rationalité. Schématiquement, chaque personnage incarne un mal qui ronge la société et gangrène les rapports humains (dans l’ordre, entre autres : la haute-finance, la misère, le cyberspace, l’idéal de beauté, l’amour illusoire, l’hypocrisie…).

C’est une riche analyse du déclin des démocraties occidentales actuelles que Leos Carax livre, tout en y superposant avec adresse une réflexion autodiégétique sur le cinéma. Le moment clé réside probablement dans la scène des retrouvailles avec le personnage de Kylie Minogue. On croirait qu’à cet instant, les personnages tombent leur masque et vivent enfin la réalité, en se remémorant une histoire d’amour passée. Mais la scène, superbement filmée dans l’immeuble désaffecté de la Samaritaine, glisse doucement sur la pente de la fiction au fur et à mesure que les personnages montent vers le toit. Ce dialogue magnifique est l’ultime et vaine tentative de retrouver l’authenticité perdue.

A la fois lugubre et drôle, horrible et beau, étrange et fascinant, Holy Motors est une aventure cinématographique déroutante poussée à l’extrême.

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Bel Ami, de Declan Donnellan et Nick Ormerod. 2012.

Classé dans : Films vraiment pas... obligatoires!,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 10:28

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Quelques mots sur le premier long métrage de ce jeune duo britannique.

Il s’agit d’une relecture (en diagonale) du roman de Maupassant relatant les péripéties de Georges Duroy, un jeune homme ambitieux qui se hisse du statut d’employé des Chemins de fer au sommet de la sphère politico-médiatiques parisiennes en nouant des relations passionnées avec les épouses de personnalités influentes.

Cette nouvelle adaptation de Bel Ami n’est pas des plus réussies. Elle réunit les défauts d’une première réalisation (mise en scène trop léchée, un peu laborieuse), sans bénéficier des avantages (fraîcheur, regard nouveau). La description du Paris du XIXème, qui hésite entre une plongée dans les bas-fonds glauques (maisons closes, piaules miteuses) des mauvais quartiers et le luxe outrancier des salons privés et des boudoirs n’a rien d’innovant. Quant aux performances des acteurs, elles sont inégales. Robert Pattinson, enfin débridé, instinctif, livre une interprétation un peu trop fiévreuse du personnage et donne l’impression d’être engoncé dans son costume, étouffé sous le poids de ce nouveau défi d’acteur. Il force son jeu et récite son texte de façon théâtrale. Le personnage glacial et désabusé de Cosmopolis lui allait mieux. Le trio féminin est assez déséquilibré. La performance majestueuse d’Uma Thurman, personnage libre et féministe d’avant-garde, éclipse un peu les autres. Christina Ricci est sans surprise, fraîche et grave à la fois, mais ni plus ni moins qu’à son habitude. Quant à Kristin Scott Thomas, son rôle est survolé. Anéantie par Georges Duroy, elle est trop souvent tournée en ridicule.

Le contexte politique et historique de l’intrigue est mis à l’écart et une place trop importante est accordée aux intrigues sentimentales entre les personnages.

En somme, cette adaptation de Bel Ami manque cruellement de Stephen Frears.

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La part des Anges, de Ken Loach 23 juin, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 21:30

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Le nouveau film de Ken Loach, commence un peu comme son précédent, Sweet Sixteen. Dans les quartiers défavorisés de Glasgow, Robbie, jeune père de famille au chômage, tente de tenir la tête hors de l’eau. Tout juste sorti de derrière les barreaux, il évite de peu une lourde peine de prison, et doit effectuer des heures de travaux d’intérêts généraux. Il rencontre Albert, Mo et Rhino, ainsi que Henri, l’éducateur qui les prend en charge. Ce dernier, grand connaisseur de whisky, les initie durant son temps libre à la dégustation de whisky. Cette nouvelle passion va bouleverser le cours de leurs existences, lorsque le quatuor se met en quête du dernier fut de Malt Mill, dont les enchères peuvent atteindre le million de livres.

Le nouveau long-métrage de Ken Loach est un petit bijou. Remarquablement bien écrit, le scénario jongle entre émotion et humour avec une habileté sans faille. Tout en adoptant un ton beaucoup plus léger que d’habitude, le film ne manque pourtant pas de créer des personnages attachants. Les acteurs livrent d’excellentes performances, dans le cadre inusable de la petite-ville-provinciale-délavée/briques-rouges/météo rugeuse/accent écossais. Le concept de la fresque réaliste-sociale tient la route plus que jamais. Le coup de force de Ken Loach, c’est de parvenir à rendre palpitant un film qui n’a à la base aucun argument commercial solide : pléiade d’inconnus au casting, un sujet qui n’intéresse que les initiés (le whisky), et un cadre anti-exotique au possible. Parvenir à créer un suspense insoutenable dans une scène où un acteur est enfermé dans une remise, seul devant un fut de pur malt avec une frontale sur la tête demande un talent démesuré. La part des anges est un film vibrant, c’est fort, entraînant, rythmé, bien ficelé… et accrédite la thèse du « il n’en faut pas beaucoup pour faire du très bon cinéma ».

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Cosmopolis, de David Cronenberg. 3 juin, 2012

Classé dans : Films vraiment pas... obligatoires!,Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 22:39

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De toute évidence, David Cronenberg était très enthousiaste à l’idée d’adapter le roman de Don DeLillo, Cosmopolis. Un peu trop peut être, au vu de la complexité de l’œuvre. Cela s’annonçait pourtant très bien, avec une bande-annonce vendeuse. On pouvait s’attendre à un film décadent et survolté, mais le résultat est tout juste décadent, et pas du tout survolté (surtout si l’on remet Cosmopolis en perspective avec Existenz ou Les promesses de l’ombre, très réussis).

Cosmopolis relate l’histoire d’un golden boy de la finance, Eric Packer, qui se met en tête de traverser tout Manhattan en limousine pour aller chez un coiffeur situé de l’autre côté de la ville. Il avance à 10 km/h dans New York assiégée par un énorme soulèvement citoyen, une sorte de rassemblement d’indignés puissance 1000 visant à faire tomber une bonne fois pour toute le capitalisme sauvage qui affame la planète. L’idée est intéressante, l’esthétique apocalyptique du film également, et le roman dont il est l’adaptation, une oeuvre solide.

Mais le producteur s’est trompé de réalisateur. C’est David Fincher qu’il aurait fallu mettre aux commandes. Cosmopolis s’égare dans des méandres métaphysiques passionnants en eux-mêmes, mais délicats à mettre en scène. Comme si le roman à la base était de fait inadaptable à l’écran. Par conséquent, on a un peu l’impression de lire la copie d’un élève qui serait un petit génie mais qui aurait fait un énorme hors-sujet. Le contenu déborde du contenant. David Cronenberg a essayé de faire tenir tous les paradoxes, les tensions et les clivages du système économique, politique et social mondial dans 8 mètres de limousine et 1h48 de film : réducteur. Pour l’aider pourtant, un soutien de poids : le fameux Robert Pattinson qui interprète son personnage avec travail et conviction.

Ultra-verbeux, les dialogues sont débités à toute vitesse sans laisser place au silence fondamental qui inspire la réflexion. L’absence presque permanente de musique donne l’impression de visionner les rush plutôt qu’un film achevé. Il aurait suffit de n’importe quoi, un son electro récurrent pour mettre un peu de piment. Le film, trop prudent, comble la vacuité d’une mise en scène ratée par des flots ininterrompus de logorrhée verbale.

David Cronenberg doit son salut à l’actualité brûlante et aux événements qui secouent notre monde. Pour le reste, son film trop-plein est en fait une coquille vide. Même Fight Club était plus réussi.

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W.E, de Madonna. 31 mai, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 11:45

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Le titre sonne bizarrement, c’est vrai, et cause quelques bredouillements dans les billetteries des cinémas (faut-il dire « we » à l’anglaise, comme le pronom personnel, ou bien détacher le « w » et le «e », ou bien utiliser la version véritable signification du titre, « Wallis and Edouard »?) Mais finalement, ce titre est plutôt bien trouvé. Wallis et Edouard, un couple déchiré, souvent séparé, mais uni jusqu’au bout.

Le deuxième long métrage de Madonna est foncièrement différent du premier, Filth and Wisdom, sorti dans les salles en 2008. W.E évoque l’histoire d’amour qui a scandalisé l’Angleterre et le reste du monde, avant la seconde guerre mondiale, entre Wallis Simpson, la roturière américaine doublement divorcée, et Edouard d’Angleterre, qui renonça au trône par amour pour elle. Le film est construit à l’intersection de deux histoires, deux personnages et deux époques : celle de Wallis, donc, et celle de Wally, une bourgeoise mal mariée vivant dans le New York contemporain. Le fil conducteur, c’est une exposition des effets personnels de Wallis Simpson, dans laquelle Wally erre jour après jour, chassant son ennui et sa tristesse, en s’identifiant à Wallis.

Le résultat est distrayant, mais reste un objet flou et pas très emballant. La mise en scène est particulièrement léchée, avec de nombreux effets (flou, décadrages, gros plans). Mais le film à force de pousser le raffinement un peu trop loin, évoquant parfois davantage une pub pour Chanel qu’un long métrage. Le résultat est un peu plat, surtout sur la fin, et l’écriture paresseuse et ronronnante. Malgré tout, on peut sentir toute la passion de Madonna pour cette histoire. La difficulté, c’est qu’elle en fait un objet trop personnel, modelé par elle et pour elle, une sorte de biographie en creux de ses angoisses existentielles de superstar à la fois adulée par des millions de fans et pourtant très seule. Le personnage interprété par Abby Cornish, qui titube sous le poids de la solitude dans cet immense appartement de l’Upper East Side lui ressemble un peu trop. Il en reste quelques scènes intéressantes, notamment celles qui permettent la rencontre de ses deux actrices, des instants qui oscillent entre grâce et cruauté.

En somme, peu surprenant, mais relativement touchant, à condition d’aimer ou de connaître les personnages au préalable (Wallis Simpson, ou Madonna).

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Sur la Route, de Walter Salles. 28 mai, 2012

Classé dans : Recemment vus en salle — elsalauravietnam @ 21:57

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Le passage inaperçu de Sur la route en compétition officielle au Festival de Cannes semble déjà ternir le succès de l’adaptation attendue du monument littéraire de J. Kerouac. Il serait pourtant assez injuste de jeter aux oubliettes ce film qui fait un peu injustement partie des grands oubliés de la croisette.

Le projet était certes ambitieux, et tout le monde ricanait déjà de l’enthousiasme avec lequel Walter Salles projetait de se tirer une balle dans le pied. Une adaptation au cinéma d’une œuvre telle que Sur la Route constitue un défi périlleux. Le réalisateur brésilien a pourtant démontré au cours de sa carrière de très solides qualités, notamment avec Carnets de Voyage. Egalement producteur, Salles a permis à Frida, ou encore La Cité de Dieu, deux excellents films, de voir le jour.

Sur la Route est, comme son nom l’indique, une sorte de road movie, le voyage d’un groupe de protagonistes de la contre-culture américaine dans les années 1950. On suit Dean Moriarty et Sal Paradise errant sans le sous à travers les Etats-Unis dans une sorte de voyage initiatique fiévreux et effréné. Au hasard des rencontres, les personnages à fleur de peau repoussent continuellement les limites, aidés par leurs addictions diverses (à la drogue, au sexe et à Marcel Proust principalement). L’ambiance créée par Walter Salles est réussie. Le spectateur voyage des clubs de jazz de la vibrante New York au soleil écrasant des plantations de cotons, des routes en ligne droite à perte de vue qui scindent en deux le grand ouest américain à la moiteur étouffante de la Louisiane.

Le message essentiel illustré par cette adaptation, c’est l’importance de prendre la route, sans savoir où elle mène. La photo est magnifique, vintage et solaire. Le casting est convainquant (notamment Kristen Stewart) et les acteurs donnent vraiment l’impression d’avoir parcouru des milliers de kilomètres ensemble à bord de la Hudson. Quelques longueurs sont à déplorer, ainsi qu’un petit manque de folie dans l’écriture, comme une impression d’avoir raté une marche, un peu à la manière de quelqu’un qui monte sur une dune de sable. On va haut, mais on redescend un peu à chaque pas. Contrairement à Carnets de voyage, qui n’offrait pas une seconde de relâchement, Sur la route s’effrite un peu sur la longueur. Malgré tout, c’est un pari tenu.

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